‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 225 sur 230 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

allemands? Ils égorgèrent les disciples, au nombre de cent mille, et élevèrent le maître sur les autels, en lui disant: « Continue de prêcher à nos peuples l'horreur du papisme, mais fais-leur entendre que c'est à nons d'écraser le monstre et jde rétablir la vraie religion du Christ. » Luther obéit, accabla ses enfants de malédictions, dès qu*il les vit succomber dans la lutte , voua leur àme au démon , éleva jusqu'au ciel les lances teintes de leur sang , et , le lendemain de la boucherie de Frankenhausen , il écrivit : Ce sang, cest moi qui lai versé par ordre de Dieu , et quiconque a succombé dans celle lulte esl perdu corps et àme et appartient au démon {{). Reconnaissants envers l'homme qui les avait si bien aidés dans le massacre de l'Église catholique et des hordes anabaptistes , les princes chargèrent leurs officiers dans le département du culte et leurs gens de plume de diviniser aux yeux de leurs sujets lauteur du nouvel ordre de choses. Us furent servis à souhait; et, après trois siècles, le lâche scélérat qui, pour satisfaire son orgueil, vendit à quelques despotes le sang de Jé.sus- Christ, l'àme et le sang des peuples, est encore le (jlorieux évangéliste, ïimmortel réformateur.

Pour consolider leur œuvre de mort, les nouveaux papes comprirent qu'il fallait la propager, et que leurs cinquante églises royales, ducales, etc., fondées dans la boue et le sang, si elles restaient en face de l'Église universelle fondée au Calvaire, recevraient bientôt du bon sens publie leur vrai nom : Parcs à l'usage des moutons du despotisme. Les guerres longues et affreuses qui ne finirent que par le traité de Westphalie (1648), ayant convaincu les autocrates protestants que l'épée serait impuissante contre le c^itholicisme, les diplomates, les publicistes et juristes furent chargés de conquérir au schisme les gouvernements catholiques. Us n'ont négligé en effet aucune occasion de les ameuter contre le saint-siége et de faire briller à leurs

(I) V. Vie de Luther, par M. Aiidin, tom. H, cl». 9.

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yeux le8 avantages de la éuprëmatie gpiritacUc de l'Etat. Au commencement de ce siècle, on voit encore les cabinels de Saint-James, de Berlin et de Saint-Pétersbourg plaider cette cause auprès de Napoléon P"^, et le conjurer de rassurer tous les rois sur leurs trônes , en se déclarant chef religieux de la France (1).

En présence de ces faits, qu'on ne demande plus la cause des ravages de Tincrédullté dans les classes influentes; qu'on ne demande plus d'où vient le froid mortel de l'indifférence qui , en paralysant les plus nobles organes de la société européenne, a cruellement opprimé jusqu'ici la circulation au dedans et l'expansion au dehors de la sève chrétienne) bouillonnant toujours dans le sein des masses. La cause première et principale en est dans l'épouvantable abus que les potentats non catholiques ont fait ostensiblement, opiniâtrement, durant trois siècles, de la loi de Jésus-Christ. Cette loi parfaite de liberté (2) , descendue du ciel pour l'affranchissement et la réconciliation des membres de la femille humaine, qu'est-elle devenue entre leurs mains? Un instrument de despotisme, un moyen d'opprimer et de perdre les âmes de leurs sujets , un ferment de longues , de sanglantes discordes en Occident. Prenant le contre-pied de la maxime du Christ : Cherchez avant tout le règne de Dieu et sa justice , ils n'ont cessé de dire :

(J) K Daas les conféreoces de Tilsiiti Tempereur Alexandre et le roi de Prusse sollicitèrent Napoléon sur un autre point , le même sur lequel nous TaTons yu sollicité par l'Anglais Pîtt , lors de son consulat. Alexandre lui faisait compliments sur compliments : « Et vous êtes un grand homme! et Tona êtes un béros ! un bomme providentiel pour cette époque de rétolutions! et il dépend de tous de rassurer tous les rois sur leurs trônes; mais pour cela il faut que vous-même soyez assis sur le vôtre avec foule la puissance nécessaire, et c'est où vous n'arriverez pas si vous n'êtes oe que je suis moi-même, le chef religieux de votre Ëtat. » Et» durant les huit jours que Napoléon passa avec le roi de Prusse, ce fut encore là le perpétuel sujet des discours et le plus ardent conseil de celui-ci : se faire tont à la fois chef politique ef religieux aux dépens du catholicisme. Napoléon se refusa aux instances de Tempereur et du roi, comme il s'était refusé aux instances de Pitt. ^> Rohrbacber, Histoire universelle de V Église catholique, tom. XXVIII, liv. 91.

{7) s. Jacques, Ép. cath*, I, 25.

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Cherchons avant tout à trôner sang contrôle ni partage sur la conscience de nos peuples, et faisons de la religion do Christ nne esclave au serrioc du lr(\ne. Celte politique impie, qui n*a été un mystère pour personne, comment n'aurait-elle pas accrédité dans les classes bourgeoises cet axiome de Tincrédulité : Les religions, nécessaires pour museler les mcLsses, ne sont que des moyens de gouvernement!

n y a sans doute une très-grande différence entre les princes, énormément criminels, qui foiïdèrent les papautés nationales, et leurs successeurs actuels qui les possèdent à titre d'héritage. Mais il n'en est pas moins vrai que ces papautés sont le plus affreux scandale qui ait été donné au monde , et qu'elles opposent un obstacle insurmontable à la restauration religieuse de l'Europe et au triomphe de l'Évangile dans les vastes continents de l'Asie et de l'AiWque. Tant que ces montagnes d'achoppement subsisteront dans le Nord, leurs pernicieuses influences se feront sentir d'un pôle à l'autre, et le fojer du christianisme universel restera impuissant à réchauffer l'Europe, à la rendre ce qu'elle était au sortir du moyen âge , le soleil de la civilisation universelle.

Or ces hauteurs hostiles aux lumières de la foi et aux ardeurs de la charité catholique, le volcan socialiste, dont elles ont fourni les éléments, est visiblement destiné à les faire trembler d'abord , puis , si elles résistent, à les faire sauter.

Et parce que le socialisme agitait naguère la France, parce qu'il agite encore quelques États catholiques, il ne faut pas s'imaginer qu'il soit français, espagnol, italien, belge ou autrichien. Protestant par essence, enfant du Nord par son origine, par son éducation, c'est là qu'il a grandi dans la science du mal, dans la haine de la civilisation chrétienne , dans l'étude des théories et des pratiques infernales de son plus habile maître, le bavarois Weishaupt. Il y a là, pour lui, tous les principes anticatholiques prêches

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et glorifiés depuis des siècles par le schisme et Thérésie, principes dont il ne fait que réclamer la franche application, n y a là, pour lui, toutes les aspirations au changement, toutes les haines contre Tordre de choses actuel ^ qu'ont soufflées au cœur de leurs adeptes les innombrables sectes qui, en Angleterre, en Prusse, en Russie, ont dépecé le cadavre des religions officielles.

Calculez le prodigieux dérangement des tètes produit par les divers illuminismes bibliques, depuis celui des anabaptistes de Munzer jusqu'à celui de Swedenborg , du piétiste Spener , de la baronne de Krudener, etc. Négligez les dix mille symboles de ces croyants à la Nimvelle Jérmalem^ pour réfléchir au dogme fondamental : « Le christianisme, incompris jusqu'à nous, ne peut déployer ce qu'il renferme de lumière et de vie sans une rupture totale avec les idées et les institutions du passé ; » dogme qui est le même dans le villageois piétiste ou svredenborgien et dans le sénateur russe que l'illustre auteur des Soirées de Saint-Pélersbourg a choisi pour organe de l'illumiuisme transcendant. Sans doute, le sénateur et le villageois ne s'accordent pas sur la définition de là Nouvelle Jérusalem^ mais tous deux sont persuadés qu'elle ne peut s'élever que sur les cendres de la Babylone actuelle.

, Calculez le mépris et la haine des institutions quelconques du christianisme, qu'a semés dans toutes les classes le rationalisme germanique sous ses trois formes : Pie rationalisme théologique, descendu jusqu'à la formule de Strauss : Le Christ est une fable, et Dieu probablement un mot ; T le rationalisme philosophique de l'école de Rant, prétendant démontrer que, si Dieu n'est pas l'univers, il est impossible de savoir ce qu'il est, ni même s'il est; 3® le rationalisme littéraire de Goethe et de Louis Feuerbach, déclarant la religion du Christ absurde, inhumaine , et la société que nous lui devons, exécrable.

Calculez, enfin, les immenses travaux et la savante organisation des sociétés secrètes germaniques, depuis W'eis-

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haapt joaqo'à nos joun. Voyez avec quelle habileté elles savent exploiter les antipatliies et les sosoeptibilités nationales, tourner contre rAutriche la fidèle et chevaleresqœ Hongrie, raviver, exaspérer Tesprit polonais dans les provinces soumises à la Prusse, etc., etc. Considérez les puissantes ramifications qu*elles ont poussées jusqu'au cœur de la Russie, jusque sous les glaces de la Norwége, les sympathies ardentes qu'elles trouvent dans les populations industrielles de l'Angleterre.

Calculez, dis-je, tout cela, et vous verrez que le Nord renferme les éléments d'une effroyable conflagration.

Est-ce à dire qu'on doive désespérer du salut de ces États? N<m ; les forces qu'y possède le socialisme n'ont qu'un but : la destruction des montagnes d'erreurs , de préjugés , de haines, que le schisme et l'hérésie y ont entassées depuis tes siècles de Photius et de Lutlier. Ces peuples reviendront indubitablement à Tunité; mais sera-ce par la sage initiative et sous la conduite de leurs gouvernements ? Sera-ce h travers le feu des révolutions et sur les ruines des trùnes fidèles jusqu'à la fin à leur politique autichrétienne? La question est toute là. Le choix entn? les deux moyens de retour sera l'œuvre des potentats et de leurs conseillers. Comprendront-ils enfin que le socialisme n'est que le développement fatal du système antichrétien inauguré par leurs prédécesseurs, et que le sacrifice d'une suprématie religieuse absurde et impie est l'unique moyen de sauver leur couronne terrestre et d'en mériter une infiniment plus belle (1)? Confiants dans le secours d'en haut, dans le dé-

(1) « Ce fut rintérèt de ia souferaioeté mal entendu qui fit la n^folution du seizième siècle. On nia les dogmes de TÊglise pour lui voler ses biens. Aujourd'hui , ce même intérêt , bien entendu , produira une révolution contraire. Il faudrait que les souverains protestants eussent perdu le sens, pour ne pas apercevoir l'insigne folie qu'ils font de soutenir une religion qui pose en maxime le jugement particulier et la souveraineté du peuple, contre une autre religion qui soutient (indépendamment des preuves dont elle est environnée) que, contre notre légitime souverain, fâi-il même un Néron, nous n'nvons d'autre droit qne celui de notis laisser couper la tête en disant

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yoaement à toate épreuve de leurs sujets catholiques, dans la floumission et l'âme naturellement catholique des populations qui les respectent encore comme leurs chefs spiritoelsy donneront-ils au ciel et à la terre la plus grande de$ fêkê (1), parla déclaration solennelle de cette vérité qui est au fond de toute conscience dirétienne : Il n'y a qu'un Dieu^ qu'un Christ ; il ne doit y avoir qu^une foi , quune Êghse P Je l'ai déjà dit : dans cette hypothèse, l'Europe , un beau matin , serait tout étonnée de se trouver catholique, et le socialisme, tué du même coup que le protestantisme, ne vivrait plus que dans l'histoire.

Au lieu de cette noble et sainte inspiration , que nous avons lieu d'attendre de leur sagesse et des prières incessantes qui montent vers le trône du Maître miséricordieux du cœur des rois, les cabinets du Nord s'aveugleraient-ils jusqu'à protéger le socialisme comme un auxiliaire utile contre le progrès catholique? La recrudescence du fanatisme protestant , qui , sous l'influence anglaise, se manifeste en ce moment dans toute l'Europe , obtiendrait-elle la faveur des souverains et de nouvelles hostilités contre V£glis$ du Dieu vivant ? L'Attila socialiste profiterait sans doute de cette alliance pour agiter de nouveau le Midi et tâcher d'y laver dans une mer de sang la honte de ses défaites. Mais ses tentatives n'aboutiraient probablement qu^à consommer le réveil religieux des nations catholiques, à cimenter l'union de leurs chefe et à les rallier autour du divin étendard pour une nouvelle victoire de Lépante

Refoulé dans sa patrie et écumant de rage, l'enfant du Nord exécuterait l'ordre du ciel , et donnerait à ses alliés leur digne salaire^ en mettant le feu à la mine dont les ga-

respectueusement la vérité. Les pHnoes changèrent donc de religion dans le seizième siècle pour afoir de Targent , et ils en changeront dans le dix-neu- Tième pour conserrer leurs trônes (s'ils sont à temps). Il n*y a rien de si aisé que de trou?er Trais des dogmes qui s'accordent avec nos intérêLs les plus chers. » M. d« Mâistre^ Lettres et opuscules, tom. I, p. 276 (f ) SaiBt im, «11. XV.

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lerie» souterraines s'étendent de Dublin à Londres, de Londres à la Haye, de la Haye à Berlin, et de là se pro«loogent 9 les unes jusqu'à Saint-Pétersbourg et Moscou , les autres jusqu'à Drontheim, en passant par Copenhague et Stockholm*

Nous connaissons les affreux projets du socialisme en France, en Italie, et quiconque a étudié la marche des révolutions est convaincu que l'exécution dépasserait de beaucoup les horreurs du programme. Mais qui pourrait dire les exploits du monstre dans les pays où , depuis des siècles, les cours, les salons, les temples, les universités, les sociétés secrètes, la plume des écrivains, le pinceau des artistes, ont travaillé de concert à préparer de prodigieux amas de matières inflammables! L'embrasement serait tel, que les puissances catholiques n'arriveraient probablement que pour assister, l'arme au bras, au spectacle qu'offrit à l'armée de Titus la ville déicide. C'est ce que prévoyait , il y a près de quarante ans , M. de Maistre , quand, parlant de l'Angleterre et de la Russie , qui sont les deux pôles du monde anticatholique, il disait de la première : « J'ai l'œil sur l'Angleterre. Soyez sûr que de ce pays partira un jour quelque fusée à la Congrève qui nous donnera ime belle illumination, » et de l'autre : « Si une fois le peuple était ébranlé et commençait, au lieu des expéditions asiatiques, une révolution à l'européenne, je n'ai point d'expression pour vous dire ce qu'on pourrait craindre :

« Bella, horrida bella !

Et multo Nevam spumantem sanguine cerno (1). »

Prions, et prions sans relâche , pour que les lumières de la foi et les célestes ardeurs de la charité, dissipant la brume glaciale qui règne encore dans les hautes régions de la société européenne, préviennent l'explosion des feux de la justice divine, et que le Dieu des miséricordes nous donne

(1) V. Lettres et opuscules, tom. I, p. 218, 311.

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le pins ravissant des spectacles : le pacifique auto-da-fé des tristes erreurs qui, en déchirant la famille de Japhet, l'ont empêchée jusqu'ici de porter avec plus d'abondance la lumière dans les tentes de Sem^ et de lever l'anathème qui pèse toujours sur les enfants de Cham. Amen.

FTN.

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