‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 224 sur 230 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

qu'on a décorées du nom de réforme, a certainement exercé de grands ravages ; mais, ainsi que je l'ai d^à observé j k mal n'a été profond que dans les classes lettrées, qui ne sont pas le centième de la population générale. Et »core, dans cette minorité, la vérité chrétienne a constamment rallié a son drapeau, même en pays réformés, les plus nobles in« telligences. C'est seulement depuis un siècle que l'antichristianisme a osé se produire ouvertement dans l'école des encyclopédistes au Midi, et dans celle de Kant et de Goethe au Nord. Du sein des universités protestantes de rAIlemagnc, où il a fait de l'histoire de l'Évangile une fable, de l'existence même du Dieu créateur un conte ridicule, il a plus ou moins infiltré ses poisons dans les diverses universités de l'Europe. La franc-maçonnerie et l'illominisme de Weisbaupt lui ont recruté dans les rangs de la noblesse et de la bourgeoisie une multitude d'adeptes dévoués qui l'ont puissamment servi, qui le servent encore, dans les conseils et les hautes administrations de la plupart des gou* vemements.

Enfin, favorisé dans les derniers temps par une politique aveugle, l'anticbristianisme a pu centraliser ses forces, réunir en faisceau , sous le nom de Jeune Europe , toutes les sociétés secrètes, faire appel à l'universalité des vices et des mauvais instincts, recruter des armées d'égorgeurs et d'incendiaires très-capables d'un coup de main sur l'Europe et d'en faire un monceau de ruines. Mais, avec tout cela, le parti antichrétien est, comme toutes les bandes de brigands, une puissance artificielle , sans appui dans l'àme des peuples. Il n'a pour lui ni un canton, ni un village entier, ni même une famille. La rage de destruction qu'il souffle au cœur de ses soldats dans les antres où il les attire,

formes barbares de leur temps, et se soient voués avec passion à l'étude et presque au culte d'une société à la fois bien plus régulière et plus déve* loppée. Ainsi se formait cette école de libres penseurs qui apparaît dès le commencement du quinzième siècle. » M. Guizot , Cours (Thist. moderne , leçon XI.

s^éUint «i partie dèg qu'il» rentrent au foyer domestique. De là son cri : ▲ bas la famille 1

En somme » l'Europe est enonre chrélisane par le fond de ses entrailles, par Tesprit général de ses pcpulatioaa« £b déployant son influai programme et ses armées d'é-* gorgeurs, le socialisme a partout réveillé la foi endormie dans les âmes. Surprise y épouvantée par le hurlement des meutes féroces qui déjà s'en partageaient les sanglantes dépouilles, la société, indifférente en apparence ^ a fiiit comme l'incrédule aux prises avec la mjort; elle s'est tournée vers le Dieu de sa jeunesse, et a invoqué le Christ confire les bandes de l'enfer. Or, dans ce réveil de la foi, ne voje^vous pas la différence qu'il y a goitre les populations catholiques et les populations protestantes?

D. Les catholiques savent à quoi s'en tenir sur la loi du Dieu de leur jeunesse ; mais la religion du Dieu protestant) du Christ de la Bible, où est-elle?

B. Oui, tant que l'Europe sommeillait au sein d'une paix trompeuse, le petit peuple , égaré depuis des siècles par les diarlatans du schisme et de l'hérésie , sentait peu la besoin d'une rdîgion sérieuse^ positive, vivante. Content des fantèmes d'églises nationales que les classes supérieures entouraient encore de fuelque respect, il ne se las^ sait pas de croire aux vieux catéchismes que loi prêchaient tacgours des ministres doot Tincrédulitë était oonniie de tous, excepté de leudr troupeau. Mais aujourd'hui que, sous ks feux croisés du catholicisme et du sacialisiley ces fantèmes religieux s'évanouissent, et que les esprits de qudh' qae p(Mrtée se partagent entre les deux caiil{)S^ il fiiudra bien que les multitudes nous arrivent.

De deux cboses l'une : ou le mouvement des masses vers la grande Eglise sera secondé par leurs chefs politiques, ou eeux-ci s'efforceront de l'entraver et de sauver leurs papautés absurdes par des replâtrages religieux. Dans le pre^ mier cas, le fléau, devenu inutile, disparaîtrait au chant de l'hymne ambroisienne, portant à l'univers la Bonne Nou-

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▼elle : L'Ëorope n'a plus qu'une religion ! Dans l'antre hypothèse, le fléau remplirait sa mission en abattant, ainsi que je le disais plus haut, les pics orgueilleux qui entre- UêMient les glaces de l'indifférence religieme. Ces pics, que déjà tous aperoeves, signalons-les encore mieux dans le dernier diapitre.

CONCLUSION

nu LIVRE IV ET DE TOUT L'OUVRAGR.

D^vré successivement de deux barbaries et transformé à fond par les sueurs et le sang des ouvriers de l'Évangile, l'Occident, il y a trois siècles et demi , offrait le divin spectacle de deux cents millions d'hommes vivant dans l'unité et l'égalité religieuses. Pontifes, empereurs et rois, clergé, magistrature, noblesse, peuple, tous également Soumis à la monarchie spirituelle du Christ, ne reconnaissaient à aucun homme, à aucune assemblée d'hommes, le droit d'ajouter ou de retrancher le moindre article à la charte divine, soit à la croyance catholique, connue même des enfants. La puissance spirituelle suprême, que tous vénéraient dans le vicaire de Jésus-Christ et le successeur de Pierre, limitée elle-même par la divine constitution de l'Église, n'était que le centre et la sauvegarde de l'unité , de l'égalité, de la liberté religieuse de tous. Dans leur gouvernement, qui datait de quinze siècles, les papes n'avaient point mis en oubli la maxime du Pontife éternel : Que le premier d'entre vous se fasse le serviteur de tous I et ils restaient généralement fidèles à leur titre de Serviteur des serviteurs de Dieu.

Pour qui connaît l'irrésistible influence de la société religieuse sur la société civile, il y avait, dans cette constitution chrétienne de l'Europe, une admirable garantie d'ordre et de liberté, un obstacle insurmontable à rétablissement du despotisme politique.

Goaunent périt cette unité religieuse si uéeessaire à la paix, à la grandeur de l'Europe et à ToBUvre divine de réyangélisation universelle? On le sait : un professeur de Wittemberg , condamné par Léon X pour qudqu^ thèses théologiques j entre en f ure^ir et invite les peuples et les princes à courir sus à l'Église de Tantechrist de Rome et à faire une même cendre du pape, des cardinaux, des évêques et de leurs défenseurs (l). La plupart des princes du Nord se déclarent pour le forcené, dépouillent d'une main et égorgent de l'autre l'Église de Jésus-Christ dans leurs États, fabriquent des églises et des religions au service de leur despotisme, et y poussent leurs sujets avec une violence et une brutalité incomparables.

Cependant, avant la consommation de leur abominable entreprise, les princes avaient reçu un avertissement qui eut dessillé des yeux moins fascinés par la cupidité et l'orgueil. La révolution religieuse était à peine commencée, que la révolution politique et sociale éclata, appliquant aux pouvoirs et aux domaines séculiers les anathèmes de Luther contre la puissance et les propriétés ecclésiastiques (2). La Bible dans une main, le fer et la torche dans Tautre, les anabaptistes se mirent à piller, à incendier les châteaux, à embrocher les châtelains et châtelaines, au cri : Mort, au nom du Christ, à tous les princes et seigneurs temporels ! Comme la Bible, la terre est à tous !

Au lieu de s'en prendre au véritable chef des égorgeurs et des incendiaires, que firent les princes et les seigneurs

(1) fiossuet, Histoire des variations^ lîv. 1, ch. 25.

(2) AU reste, dans le livre furibond du Magistrat séculier^ Luther avait déclaré une guerre à mort à tontes les puissances du siècle. « Voici , y dit^il , que Dieu livre les princes à leur sens réprouvé : il veut en finir avec eux ; leur règne est clos. Ils vont descendre dans la tombe couverts de la haine du genre humain, princes, évAques, prêtres, moines, polissons sur polissons. . . Que sont la plupart des grands? Des fous, des vauriens, et les plus grands vauriens qui vivent sous le soleil Princes, la main de Dieu est suspendue

sur vos tètes On vous tient pour polissons et belttres. .... Le peuple,

lasRé, ne peut supporter votre tyrannie et votre iniquité; Dieu ne le veut pas, etc. » V. Au(Hn, Vie de Luther ^ tom. II, ch. 6.

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