‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 23 sur 230 · LIVRE U · texte numérisé non relu

LIVRE U

salem , jasqu a nos missionnaires qui vont annuellement se faire étrangler, déchiqueter, broyer, embrocher et dévorer en Asie et dans les îles de la mer du Sud. Pour ne rien dire des épouvantables boucheries de chrétiens qu'ouvrit Néron et que ferma Constantin, boucheries que renouvelèrent plus tard les Vandales, les Goths, etc., quelle trac#ide sang catholique marque tous les pas de l'Église ! Quel fleuve elle en répand en Europe au seizième siècle ! Quelle mer dans le Japon, qui voit, en 1637, marcher à la mort le reste de ses dix-huit cent mille chrétiens I

Accuser de fanatisme les milliers de pontifes et de prêtres qui Yont comme des agneaux au milieu des loups , pour transformer les loups en agneaux par la seule vertu de la parole du bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis ; — accuser de fanatisme ces hommes de Dieu et de Thumanité qui, In^avant sans ostentation et sans faiblesse les plus terribles supplices, sont morts en répétant la sublime prière du Maître : Seigneur, recevez mon âme, et pardonnez à mes bourreaux^ car ils ne savent ce qu'ils font , — accuser de fanatisme les millions de chrétiens qui les ont suivis à récha&ttd, alors que, pour les combler de faveurs , on ne leur demandait qu'une parole ; — confondre ces masses de héros, à qui nous devons l'honneur d'être chrétiens , avec quelques centaines de fanatiques qui, à force de violences et d'excès, se sont fait égorger ou brûler , quel outrage h l'histoire, au bon sens ! quel fanatisme de déraison !

Et ne croyez pas que le martyre soit toujours le résultat d'une éducation profondément chrétienne ou de la ferveur naturelle aux nouveaux convertis. Voyez les soldats de l'ar* mée d'Afrique, tombés au pouvoir du fanatisme musulman. On leur dit : Reniez le Christ pour Mahomet , ou mourez ! Hier peut-être, plusieurs d'entre ces braves s'inquiétaient aussi peu de la loi du Christ que de celle de Mahomet ; mais leur foi se réveillant sous le coup qui doit la perdre, tous répondent : Nous mourrons (1).

(1) « Les soldats français qui tombaient aux mains dos Arabes durant la

L'habitude^ toujours subsistaute , de mourir poar le Gbrist prouve non- seulement que le Christ a véca, mais que j ea mourant , il n'a pas cessé de vivre cl de régner sur les âmes ayec un incomparable empire. C'est la ré^ flexion, éclatante de bon sens, que le prisonnier de Sainte* Hélène adresMit ù Tun des compagnons de sa eaptivité, qui paraissait ne voir dans le Christ qu'un génie extraorffinaîre. Après une série de considérations très-propres à oonfimdre cette idée, Napoléon termine ainsi :

« Le plus grand miracle du Christ , sans contredit , c'est le règne de la charité. Lui seul , il est parvenu à élever le cœur des hommes jusqu'à l'invisible, jusqu'au sacrifice do temps ; lui seul, en créant celte immolation, a créé nû lien entre le ciel et la terre.

« Tons ceux qui croient sincèrement en lui ressentent cet amour admirable, surnaturel, supérirar; phénomène inexplicable, impossible à la raison et aux forces de l'homme; feu sacré donné à la terre par ce nouveau Prométbée, dont le temps, ce grand destructeur, ne peut ni user la force ni limiter la durée. Moi, Napoléon, c'est ce que j'admire davantage, parce que j'y ai pensé souvent, et c'est ce qui me prouve absolunent la divinîlé du Christ!!!

« J'ai passionnédes multitudes qui mourm^t pour moi. A Dieu ne plaise que je iorme aucune compsyraison entre l'enthousiasme des sokUts et la charité chrétieime, qui sont aussi différents que leur cause I

« Mais, enfm, il fallait ma présence, l'élex^tricité de mot] regard, mon accent, une parole de moi ^ alors, j'allumais le feu sacré dans ks cœurs... Certes, je possède le secret de cette puissance magique qui enlève l'esprit, mais je ne saurais le communiquer à personne ; aucun de mes généraux ne Ta reçu ou deviné de moi ; je n'ai pas davantage le se<^ret

guerre refusaient , fussent-ils nés dans la rne Monffelard , d'embrasser Tisla' misme pour sauver I<uir Tio. » M. L. Veiiillot, les Libres Penseurs,

LIVtlE I. Ï9

d*ëtcniÎ8Cï mon nom et mon anionf ûatà les ccÉtii^ , et d'y opérer des prodiges sans le secours de la matière.

«t Maintenant qne je sois à Sainte-Hélène..., maintenant que je sois seul cloué sur ce roc, qui bataille et conquiert des empires pour moi? Où sont les courtisans de mon infortune? Pense-t-on à moi? Qui se remue pour moi en Europe? Qui m'est demeuré fidèle? Où sont mes amis? Oui, deux ou trois que votre fidélité immortalise, vous partagez, vous consolez mon exil !

« Telle est la destinée des grands hommes ! Celle de César et d'Alexandre, et Ton nous oublie ! et le nom d'un conquérant , comme celui d'un empereur, n'egt plus qu'un thème de collège ! Nos exploits tombent sous la férule d'un pédant qui nous loue ou nous insulte.

« Que de jugements divers on se permet sur le grand Louis XIV ! A peine mort, le grand roi lui-même fut laissé seul , dans l'isolement de sa chambre à coucher de Versailles..., négligé par ses courtisans, et peut-être l'objet de la risée. Ce n'était plus leur maître î c'était un cadavre, un cercueil, une fosse, et l'horreur d'une imminente décomposition.

« Encore un moment , voilà mon sort et ce qui va m'arri ver à moi-même... Assassiné par l'oligarchie anglaise Je meurs avant le temps , et mon cadavre aussi va être rendu à la terre pour y devenir la pâture des vers.

« Voilà la destinée très-prochaine du grand Napoléon... Quel abtme entre ma misère profonde et le règne étemel du Christ, prêché, encensé, aimé, adoré, vivant dans tout l'univers... Est-ce là mourir? n'est-ce pas plutôt vivre? Voilà la mort du Christ ! voilà celle de Dieu ! »

L'empereur se tut , et comme le général Bertrand gardait (Clément le silence : « Si vous ne comprenez pas, » reprit l'empereur, « que Jésus-Christ est Dieu, eh bien ! j^ai eu tort de vous faire général ( 1 ) ! ! ! »

(1) Voy. Réjlegnons de Napoléon sur la divinité du christianisme, Solution de grands probl^mes, 1. 1, p. 336 ot suiv.

Concluons. — Si le spectacle de l'univers physique démontre l'action incessante de Téteruel Ordonnateur sur la matière, ainsi que nous Tavons vu dans l'étude du premier &ity le spectacle du christianisme toujours vivant dans cette nature humaine qui lui oppose tant de résistance, ne prouverait-il pas que le fondateur du monde chrétien est , comme le créateur du monde physique , l'être vivant par esLcellence ?

Pour le moment , bornons-nous à constater la réalité de la vie humaine et historique de Jésus-Christ, et, revenant à notre première comparaison, résumons ainsi nos preuves : Si nul ne peut révoquer en doute l'existence historique de Fempire romain sans faire preuve d'une rare folie ou d'une ignorance fabuleuse , comment qualifier convenablement les écrivassiers et discoureurs qui prétendent faire de Jésus-Christ un être de raison, une création fantastique ?

Page 1