LIVRE I
que la crainte; il n'en sera pas moins vrai que {a crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ^ et que V amour de Dieu ne mettra dehors la crainte qu'après que la crainte de Dieu aura mis dehors Tamour du mal (1).
Or, voyez avec quel effroyable éclat les rigueurs de la justice divine fondent sur le Fils de Dieu fait homme pour se charger des iniquités du monde. Qu'est-ce que toute la vie de Jésus-Christ ? Une croix et un martyre incessant y nous dit l'auteur de V Imitation (2). Mais au dernier jour d'un supplice long de trente et quelques années, quelle est la faculté de l'âme, quelle est la partie du corps, qui, par d'affireuses tortures, n'a pas accompli cette parole prophétique : Les douleurs de Venfer m'ont investi (3) ?
La victime, triste jusqu'à la mort, supplie le Père d'élotgner le calice , et le Père, par son silence , répond : Tu l'épuiseras jusqu'à la dernière goutte. Si on la relève quand elle succombe, c'est que les bourreaux approchent, et qu'il est écrit qu'elle doit se livrer elle-même.
A la vue du Saint des saints traité comme un ver de (erre , devenu le jouet de la canaille et broyé pour nos crimes (4) , nul chrétien ne peut se faire illusion sur les suites éternelles d'une vie terminée dans l'oubli volontaire de Dieu et de sa loi. Si le croyant tremble en méditant la peinture que Jésus-Christ nous fait si fréquemment des priions du feu éternel , s'il voit s'évanouir les sophismes de .'incrédulité, plus profond encore est son saisissement quand 1 médite ces paroles de Jésus-Christ allant au Calvaire, ^argé de sa croix, le corps en lambeaux, la tète couronnée l^épines : Filles de Jérusalem^ ne pleurez pas sur moi^ mais pleurez sur vous et sur vos fils ; car^ si Von traite ainsi le bois vertj qu'en sera-^t-il du bois sec (5) ?
(1) PS. ex, 10. — Saint Jean, Prem, ép.^ iv» 19.
(2) Liv. n, XII, 7.
(3) PS. xvn, 6.
(4) PS. XXI, 7. — Isaïe, LU!, 6.
(6) Saint Luc, XXIII, 28, 31.
Au pied de la croix, pas de milieu : ou abjurer la foi au Christ, ou croire que le cceur impénitent se prépare des trésors de colère pour le jour du juste jugement de Dieu (l).
Comprenez-vous maintenant que le ténébreux mystère d'un Dieu mort pour expier les iniquités des hommes a son côté lumineux, et croyez-vous qu'il en Mlût moins pour déterminer les enfants de la terre à vivre d'une vie nouvelle, à pratiquer une loi qui proscrit jusqu'à V apparence du mal P
D. Non, il n'en fallait pas moins; et quand on considère la vie du grand nombre, on trouve qu'elle répond bien mal à cette explosion de la charité et de la justice divine ; on se demande ce que Jésus-Christ a obtenu en retour de son sacrifice.
B. L'histoire de dix-huit siècles vous répond que Jésus- Christ a obtenu d'une infinité d'hommes ce que jamais au-* cuue puissance divine ou humaine n'en avait pu obtenir : le sacrifice volontaire d'eux-mêmes.
. Tous les peuples idolâtres ont égorgé des hommes en l'honneur de leurs dieux ; quelques-uns ont pris les armes pour la défense ou la propagation de leur culte. Mais des victimes qui se soient présentées elles-mêmes au couteau par millions pour le triomphe de leur foi religieuse, c'est un spectacle que le christianisme seul a pu donner au monde.
Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renie luimême, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive.,. Quiconque n'est pas prêt à renoncer à tout ce qu'il possède pour me suivre^ n'est pas digne de moi. Quel langage pour les contemporains de Tibère et de Néron ! Et pourtant, du sein d'une société horriblement corrompue et avilie, on voit surgir d'innombrables légions d'hommes, de femmes, d'enfants, n'ayant d'autre passion, ce semble, que d'être conspués, dépouillés, torturés et mis à mort pour l'amour de
(1) Saint Paul, Ép, aux Rom., lî, 5.