QUESTIONS PRÉLIMINAIRES
Si le catéchwme catholique offre les caractères de la Térilable pliilosopliie.
D. Que peut-il y avoir de commun entre la philosophie et le catéchisme catholique ?
B. La philosophie n*a cessé de promettre aux hommes la vraie sagesse, soit la science universelle. En effet, le vrai sage serait un homme qui, supérieur aux préjugés et aux faiblesses vulgaires y réglerait en tout sa conduite d'après les pures lumières de la vérité et de la justice. C'est aussi ce que promet le catéchisme catholique; car ces deux mots, catéchisme catholique^ dérivés du grec, signifient instruction universelle. Éclairer les hommes sur tout ce qu'il leur importe de savoir, tel est donc le but commun de la philosophie et du catéchisme catholique. Quant au résultat, il y a quelque différence.
Bien que la philosophie se soit mise à l'œuvre plusieurs siècles avant l'apparition du catéchisme catholique, et qu'elle ait rangé sous ses drapeaux des esprits très-capables, il ne paraît pas que sa guerre à Tignorance humaine ait été jusqu'ici bien sérieuse. Depuis Thaïes de Milet et Pytbagore de BajnoB , qui fondèrent i il y a plus de vingtqttàtre ftièèteS| nos detix ]^lremièr(te écoles de philosophie , que d'écoles philosophiques l'Europe a vues naître et mourir dans son sein ! Toutes ont joui d'une existence plus ou moins longue et prospère ; toutes ont eu des docteurs fameux qui ont rempli de leurs élucubrations de gros et nombreux volumes. Cependant, quand on cherche les erreurs que les philosophes ont détruites et les vérités qu'ils ont découvertes, on voit que l'on pourrait écrire les unes et les autres sur l'ongle du petit doigt.
Disputant sans fin sur tout, les uns niant ce que les autres affirment, affirmant ce qu'ils nient) ceux-ci renversant le lendemain ce qu'ils avaient élevé la veille, les philosophes non chrétiens en sont encore, comme aux jours de Thaïes et de Pythagore ^ à discuter ces questions préliminaires : Qu'est-ce que la vérité? Qu'est-ce que la vertu? S'ils ont appris quelque chose aux hommes, ça été l'art fatal de tenir tout dans le doute et le mépris , de ne faire aucune différence entre la vérité et Terreur, la vertu et le vice (1). Or, quand un peuple en est là, il ne peut plus vivre.
Heureusement pour les peuples de l'Europe , ils possèdent depuis dix-huit cents ans un petit livre qui, répandailt une merveilleuse lumière sur tout ce que la fausse philosophie a embrouillé, ne laisse sans réponse aucune des questions qui intéressent l'humanité. Tel est l'éloge que faisait
(1) Entre dix mille aveux de ce fait, dus à nos piiiiosopiies non chrétiens citons celui de M. Pierre Leroux : « Dès mon enfance, dit-il, j'ai ouvert vos livres, ù pbiiosoplies; je m'en suis nourri vingt ans. Jamais Babel ne vit une plus grande confusion et tant de discorde. Au milieu de tous nos systèmes, rien n'est certain pour personne, que Tincertitade de toutes choses. » La Revue indépendante, 1. 1"".
nagnère du catéchisme catholique un philosophe cjui avait cessé d'y croire (1).
Renfermer en quelques pages toutes les vérités dont la connaissance est nécessaire aux hommes, c'était déjà beaucoup. Mais joindre à une grande brièveté une lucidité non moins grande, et mettre ce livre à la portée des plus simples, c'était tenter l'impossible , du moins au dire de la philosophie. Nous voyons, en effet, que les soi-disant sages de l'antiquité ne croyaient pas à la possibilité d'initier à la sagesse le commun des hommes. Pythagore, vénéré comme un oracle par ses contemporains^ n'eut jamais plus de quatre à cinq cents disciples, tous soumis à un rigoureux silence. Quoique moins exclusifs, Socrate, Platon, Aristote, Zenon, Cicéron, Sénèque, etc., ne confiaient leur doctrine qu'à un petit cercle d'élus , et ils tenaient pour incapables de sagesse le vulgaire des citoyens et la masse innombrable des esclaves. Aujourd'hui encore, les cours de philosophie ne sont accessibles qu'à une imperceptible minorité, tant on exige d'études préparatoires de ceux qui aspirent à les suivre.
En somme, la philosophie humaine , d'autant plus, fière qu'elle se sent plus pauvre, a toujours dit : « Je suis le privilège du petit nombre. »
Tout autre a été la conduite des auteurs du catéchisme
(1) <c 11 y a un petit livre qu'on fait apprendre aux enfants, el sur lequel
on les interroge à Téglise : lisez ce petit livre, qui est le catéchisme ; vous y
trouverez une solution de toutes les questions quej*ai posées, de toutes sans
exception. Demandez au chrétien d*où vient l'espèce humaine, il le sait ; où
elle va, il le sait; comment elle va, il le sait. Demandez à ce pauvre enfant,
qui de sa vie n'y a songé, pourquoi il est ici-has et ce qu'il deviendra après sa
Uiorty il vous fera une réponse sublime Origine du monde, origine de
l'espèce, question de race, destinée de l'homme en cette vie et en l'autre, rap- |>orts de Thomme avec Dieu, devoirs de Tiiomme avec ses semblables, droits lie l'iiomme sur la création, il n'ignore rien; et, quand il sera grand, il n*hésilera pas davantage sur le droit naturel, sur le droit politique , sur le droit des cens; car tout cela sort, tout cela découle avec clarté et comme de soi-même du christiaDisaie. Voilà ce que j'appelle une grande religion ; je la reconnais à te signe, qu'elle ne laisse sans réponse aucune des questions qui intéressent l'humanité. » M. Jouffroy, Mélanges philosophiques, p. 424.
4 LA PHILOSOPHIE JI>L GATECHISMfcl CATHOLIQUE.
catholique. Fidèles à Tordre du Maître : Allez donc, enseignez totitea les nations.,., ils ont entrepris de créer, et ils ont créé en effet des peuples de sages , qui n'ignorent rien de ce que riiomme doit savoir. Communiquant les mêmes lumières aux petits et aux grands , ils ont appris aux enfants du peuple à juger des plus grandes choses avec autant de sagesse que les rois en leurs conseils, et même plus sagement, quand il arrive aux rois et à leurs conseils d'oublier leur catéchisme.
Vous voyez donc que le catéchisme catholique considéré, soit dans le but qu'il se propose, soit dans la manière dont il l'atteint, mérite le nom de philosophie. 11 est, en effet, l'art par excellence de former les hommes à la sagesse.
D. Que le catéchisme catholique offre uue réponse à toutes les questions qui intéressent l'humanité, et que cette réponse soit intelligible pour les esprits les plus vulgaires, ou vous l'accordera. Mais celte réponse est-elle toujours , est-elle même souvent philosophique, c'est-à-dire capable de persuader un homme qui ne veut rien admettre sans nne raison suffisante ?
R. Oui; il n'y a pas dans le catéchisme catholique uue réponse qui n'ait derrière soi une raison propre à convaincre un esprit judicieux et sincère. C'est ce que nous verrons plus tard. Comme votre question est générale, je me borne, pour le moment, à fonder ma réponse sur une observation générale.
Vous n'ignorez pas que le catéchisme catholique a longtemps régné sur l'Europe. L'accueil fait à ses doctrines , quand elles y parurent pour la première fois, était loin de présager un tel succès. Du règne de Néron à celui de Constantin, plus de trente Césars travaillèrent à exterminer ce qu'on appelait alors Vexécrable superstition de i Orient. Cependant, après deux siècles et demi d'affreuses persécutions, le catéchisme avait tellement rempli l'empire de chrétiens, que les empereurs durent se faire catéchiser.
Les Barbares, les uns hérétiques, les autres païens, qui
abattirent l'empire d'Occident, essayèrent aussi de noyer le catéchisme dans le sang catholique; le catéchisme surnagea, dompta les Barbares, la Barbarie, et fut incontestablement, du sixième au seizième siècle , la loi commune de l'Europe, la règle universelle des croyances et des mœurs pour les grands et les petits, les savants et les ignorants.
De 1520 à 1540, une grande révolution religieuse s'accomplit dans rOccident. Luther, Zuingle, Calvin , secondés par une partie des princes et des grands, réussirent à imposer à près de cinquante millions d'Européens des catéchismes nouveaux qui devaient naturellement couler bas l'ancien , par les larges concessions qu'ils y faisaient à ce qu'on àp- -peUeV esprit du siècle. Toutefois, qu'est-il arrivé? Ces catéchismes fameux, pour le triomphe desquels on mit le feu à TKurope durant un siècle, ont subi tant de remaniements et de ratures, que le texte primitif ne se trouve plus que dans de vieux livres généralement oubliés. Bien peu de ministres protestants seraient en état de nous dire ce que croyaient les premiers enfants de la réforme ; et qui d'entre eux, connaissant ces croyances déchues, voudrait s'engager à les faire revivre?
Cependant, le catéchisme catholique est toujours là, invariable dans les mêmes affirmations qui , avant d'essuyer les attaqties du protestantisme, avaient usé les longues fureurs des maîtres du monde et de la philosophie païenne.
Voilà plus d'un siècle que la philosophie moderne, fille de l'hérésie , est venue seconder sa mère. Rien ne lui a manqué de ce qui pouvait la servir dans son projet, bien connu, d'en finir une bonne fois avec les superstitions gothiques et barbares du catholicisme. De 1750 à 1800, elle a pu enrégimenter et mener au combat les plus beaux talents , les esprits en renom de science, de littérature, les trois quarts des hommes d'État, pour ne pas dire tous. Enfin, elle a pu régner dix ans sur l'aînée des nations catholiques, et y punir de mort tout acte de catholicisme.
Eh bien! avec toutes ses renommées scientifiques, litté-
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raires^ politiques ; avec ses feux roulants de sophismes , 4e sarcasmes ; avec ses arrêts de proscription , de démolitiouy etc., qu'a gagné la philosophie moderne dans sa guerre acharnée contre le catéchisme catholique? Celui-ci n'est-il pas toujours la base de renseignement religieux qui descend, chaque semaine , de deux cent mille chaires sur des flots de population? ]S*est-il pas encore le premier livre de Tenfance, Tunique livre d'une infinité de familles? N'est^il pas le seul livre qui compte, dans toutes les classes, des millions de croyants assez fermes pour le défendre au prix des plus grands sacrifices?
Il est vrai que, en spoliant l'Église , ses ennemis ont diminué les moyens d'instruction religieuse, et que, en démoralisant les esprits, ils ont fait déserter à un grand nombre Técole du catéchisme. Qu'est-ce que cela veut dire? Qu'on n'a multiplié les incrédules qu en multipliant les ignorants. La preuve en est que, là où l'incrédulité a jeté de plus profondes racines, il suffit à la foi catholique de déployer, durant quelques jours , ses moyens de persuasion, pour rentrer en souveraine dans les esprits. On a vu constamment cela dans les exercices religieux connus sous le nom de, missions. On le voit encore depuis deux ans dans ces missions catholiques de l'Allemagne qui arrachaient naguère au célèbre protestant Menzel cette exclamation : « Quelle puissance que cette parole catholique , qui efface en quinze jours un siècle d'incrédulité (l)! »
Résumons ce grand fait historique : De tous les livres parus en Europe depuis dix-huit cents ans , le catéchisme catholique est incontestablement celui qui y a rencontré l'opposition la plus violente, qui a subi les plus longues, les plus terribles épreuves : cela devait être, nul livre n'imposant aux passions humaines un frein aussi rigoureux. Cependant, il y a obtenu la croyance universelle, et, aujourd'hui encore, il n'y a pas de livre philosophique ou autre
1. Voy. le fragment de Menzel snr les missions catholiques, de V Éducation de Vhomme, p. 318 et sulv.
PEElIlàRli QUESTION, 7
qui puisse lui être comparé pour le nombre et le poids de ses croyants.
Ne s'ensuivralt-il pas qu'il est le plus croyable des livres, le mieux fondé en moyens de conviction?
D. Le catéchisme catholique a fait et fait encore des croyants, cela n'est pas douteux ; mais fait-il des philosophes , c'est-à-dire des esprits assez éclairés pour comprendre ce qu'ils croient et se rendre raison de leur croyance?
E. Oui, certes, et la preuve en est r dans la foi des cinquante générations catholiques qui nous ont précédés. Ces milliards d'hommes auraient-ils donc adopté à l'aveugle une religion dont la profession fut longtemps un arrêt de mort , et qui n'a cessé de dire à ses croyants : Mortifie? votre orgueil et crucifiez votre chair? N'auraient-elles porté aucune lumière dans les esprits , ces doctrines catholiques que tant de beaux génies ont défendues , développées dans des milliers de volumes, quêtant de sublimes artistes ont symbolisées dans une infinité de monuments qui commai^-^ dent toujours notre admiration?
La preuve en est 2** dans tout ce qu'il y a au monde de catholiques instruits de leur religion. Interrogez les ei)-^ fants qui ont achevé leur cours de catéchisme, et vous verrez, comme le dit M. Jouffroy, qu'ils ont sur les matières les plus ardues des idées nettes , bien arrêtées , bien liées, et qui ne laissent sans réponse aucune des grandes questions qui intéressent V humanité,
La preuve en sera 3** dans le cours de cet ouvrage. I^'exposé des doctrines du catéchisme vous convaincra, j'espère, qu'elles sont très-intelligibles, même dans ce qu'elles ont de plus élevé. L'examen des fondements sur lesquels repose leur certitude, vous fera sentir la vérité de ce mot de TertuUien aux empereurs de Rome : La foi chrélienne n'a à redouter que les jugements de l'ignorance (1).
(1) Apologétique, ch. 1.
Si la méthode du catéchisme catholique a tellement vieilli, qu'elle doite
faire place à la méthode rationaliste.
D. Vous avez très-bien prouvé que le catéchisme catholique a répandu de grandes lumières ; mais ces lumières contiennent-elles assez de philosophie pour répondre aux besoins actuels des intelligences ? Plusieurs le nient et beaucoup en doutent.
R. Et quelle raison donnez-vous de ces négations et de ces doutes?
D. La voici : Le catéchisme se fonde sur la révélation divine et ne donne pour garantie de ses doctrines que Fautoritc de Dieu parlant parFÉgliscLa philosophie, au contraire , n*invoque que la raison , ne s'appuie que sur les lumières de Tévidence, produites par une discussion approfondie. La méthode catholique, nécessaire à la première éducation des peuples, pourrait ne plus suffire aujourd'hui que les esprits, las de croire sur le témoignage , veulent voir par eux-mêmes et soumettre aux investigations de la science les oracles de leur vieille foi.
R. Voilà bien les prétentions de la philosophie rationaliste, prétentions aussi vieilles et plus vieilles que la foi catholique.
Qui donc, parmi les philosophes de l'antiquité, a jamais ouvert une école sans promettre à ses disciples que le soleil de la raison allait se lever pour eux et les inonder des pures lumières de l'évidence? Et, depuis que le soleil chrétien eut créé dans les moindres bourgs de l'Orient et de l'Occident plus de vrais sages que n'en avait comptés la Grèce entière, que de maîtres de philosophie ont dit aux enfants de la foi : Nous sommes , nous , les hommes de la science ; prêteznous Foreille, et nous vous donnerons rintelligence de ce que vous croyez en aveugles ! Tel était le programme do
cette infinité de sectaires des premiers siècles qui se décoraient du nom de gnostiqmSy c'est-à-dire savants. Tel a été celui des hérésiarques, grands et petits, qui se sont succédé depuis Arius jusqu'à Luther, et depuis celui-ci jusqu'aux chefs actuels des sectes les plus obscures. Tous ont proclamé la majorité de l'esprit humain; tous se sont donné la mission de l'élever des ténèbres de la foi aux splendeurs de la science.
Les prétentions de nos rationalistes manquent donc du mérite de la nouveauté. Montrons que, si elles furent excusables dans les philosophes de Faucien monde , elles sont aujourd'hui d'un parfait ridicule.
Au siècle des Thaïes et des Pythagore, alors que les habitants demi-sauvages de l'Europe étaient en proie aux plus grossières erreurs, les esprits graves qui se mirent à observer, à réfléchir, n'eurent pas de peine à reconnaître la vanité des croyances communes. Que, enhardis par ce premier succès et par la découverte de quelques vérités secondaires, ils se soient flattés de déchirer le voile de ténèbres qui couvre les questions capitales de la science, on le conçoit. Que voulez-vous? la présomption est naturelle aux débutants, et la puissance du savoir humain n'a jamais eu de plus chauds admirateurs que les demi-savants et les écoliers.
Mais aujourd'hui que nous avons sous les yeux le produit net des travaux philosophiques exécutés par les plus vigoureux esprits durant vingt-cinq siècles; aujourd'hui que les porte-drapeaux de la philosophie rationaliste confessent que cette lumière des lumières ne voit encore rien, que cette science des sciences en est encore à ignorer quel est son objet (1) , y a-t-il du bon sens à venir nous dire
(1) « L*objet précis de cette science (la philosophie) n*a pas encore été déterminé, et voilà ce qui a fait faillir et les teofatives d'Aristote, et celles de Bacon, et celles de Descartes, pour réformer la philosophie proprement dite. » M. Jouffroy, dans Vëcrit posthume ptihlic par M. p. Leroux, dans la Bevt^e indépendante, l*' novembre I84i^.
10 LA PHILOSOPHIE pu CATéCHI^ME CATHOLIQUE.
que la méthode catholique a fait son temps, qu'elle doit faire place à la philonophie, et que les peuples sont assez éclairés pour se décider en toutes choses par le3 lumières de l'évidence?
Inviter deux cents millions de catholiques à mépriser les réponses du catéchisme pour écouter celles de la philosopliie, qui toutes se réduisent à celle-ci : « Je n'en sais rien; » prétendre que chacun d'eux pourra, en quelques années et à l'aide de sa raison , découvrir cette vérité première que les plus profonds raisonneurs du monde ont vainement cherchée depuis deux mille et cinq cents ans, n'est-ce pas reculer les bornes du ridicule?
D. Sans doute la philosophie n'a rien dans son passé qui justifie ses dédains pour la foi , mais ses espérances pour l'avenir ne trouvent-elles pas quelque fondement dans les progrès miraculeux de l'esprit modeine ? On eût traité de visionnaire ridicule celui qui, en 1750, eût prédit que, avant un siècle, les habitants des extrémités de l'Europe auraient le moyen de se donner de leurs nouvelles en quelques minutes et de se toucher la main en moins d'une semaine. La réalisation de ces prodiges ne devrait-elle pas imposer quelque réserve à ceu:i^ qui défient la raison humaine de résoudre les problèmes qu'elle n'a pas encore résolus?
R. Voudrie?! - vQus donc confondre les problèmes de l'ordre religieux et moral avec ceux de l'ordre physique, tels que la télégraphie électrique et nos machines à vapeur? Entre autres différences, en voici une que Je recommande à votre attention.
Les forces employées dans le télégraphe et les locomotives existent dans la nature ; il s'agissait donc non de les créer, mais de les reconnaître. Depuis longtemps les physiciens étudiaient les propriétés du fluide électrique et considéraient la vapeur comme une puissance motrice (1).
(1) Voy., dans V Annuaire du Bureau des longitudes pour f8?.9, la Notice de M. Arago sur les machines à vapeur.
I/art de s'avertir de loin par des sigoauic, oonnu dans Taii*tiquité, avait donné aux modernes ildée de s'éorire de loin (télégraphe)^ idée que les frères Chappe réalisèrent à la fin du dernier siècle. On savait aussi que, pour accélérer la marche d'une voiture ou d'un navire ^ il n'y avait qu'à augmenter la force d'impulsion et à diminuer la force de résistance. Il ne restait qu'à rapprocher ces données diverses et à se dire : Voyons si ce fluide électrique, avec lequel nous produisons instantanément à de grandes distances de si singuliers effets, ne pourrait pas transmettre le signe ma* tériel de la pensée. Voyons si la vapeur, capable de nous emporter dans les airs, ne pourrait pas accélérer nos mou* vements sur la terre et sur Tonde. En un mot, ces belles inventions étaient préparées par les progrès antérieurs, et on peut dire que les deux problèmes se trouvèrent résolus, le jour ou ils furent nettement formulés.
Il n'en est pas ainsi du fameux problème philosophique : Démontrer, par les seules lumières de la raison humaine , quelle est la cause première et finale de tout ce qui existe, notamment de Vhomme. Voilà bien des siècles qu'il a été clairement posé et vigoureusement agité par cent écoles de philosophie, sans qu'il ait fait un pas.
Nous avons constamment progressé , et noua pouvons nous promettre de progresser toujours plus dans les arts, c'est-à-dire dans la connaissance et l'emploi des forces de la nature, pourquoi? Parce que, dès l'origine, les hommes ont eu quelques connaissances élémentaires des forces de la nature, et que les connaissances acquises servent à l'ac^ quisition de nouvelles connaissances. Mais qu'ont-ils découvert dans l'ordre métaphysique? Rien. Rien ne se faisant de rien, les chances pour les découvertes à venir se réduisent donc à zéro, et nos progrès dans l'étude du monde matériel ne font que mieux constater notre impuissance dans le monde intellectuel.
n y a plus : le problème, tel qu'il est posé par les philosophes rationalistes, est une absurdité, et ne peut être
sérieusemeDt discuté que par ceux qui n'en comprennent pas les termes.
D. Gomment donc?
R. Pesez bien les termes du problème : Démontrer, par les seules lumières de la raison humaine, quelle est la cause première et finale de tous les êtres , notamment de l'homme.
Démontrer, c est mettre une proposition ou un fait dans une telle évidence, que la conviction s'ensuive. Que s'agitil de démontrer ainsi? — Quelle est la cause première et finale, etc. Il faut donc résoudre péremptoirement et sans laisser place au doute ces petites questions : Le monde at-il toujours été, sera-t-il toujours tel que nous le voyons? S'il est éternel, montrez-nous la raison irrécusable de son éternité. S'il a eu un commencement, s'il doit avoir une fin ou subir des transformations , faites-nous voir clairement quand et comment il a commencé d'être , quand et comment il finira ou se transformera. Si vous ne pouvez dissiper tous les nuages qui pèsent sur ces questions, eu voici du moins une qu'il vous importe extrêmement de décider au plus vite et de manière à n'y pas revenir : Quelle est l'origine première et la destinée finale de notre espèce et des individus qui la composent? D'où venons-nous? où devons-nous aller, et quelle route suivre au milieu des mille voix intérieures et extérieures qui nous sollicitent en sens contraires?
Et à qui demande-t-on la démonstration évidente , absolue de ces choses ? — Aux seules lumières de la raison humaine. Or, la raison humaine n'étant qu'une abstraction, quand on ne la prend pas dans les individus humains, c'est en réalité à vous, c'est à moi, c'est à quiconque veut être philosophe , qu'on demande la lumineuse , la péremptoire solution. Ni vous ni moi ne pourrions dire quand et comment poussa sur notre tète le premier ou le dernier de nos cheveux, ni annoncer quand et comment il tombera ; n'importe, les rationalistes entendent que nous découvrions au
juste quand et comment commencèrent toutes choses, quand et comment elles finiront. Toutes les lumières de notre raison sont impuissantes à dissiper les nuages de notre berceau, et nous ignorerions invinciblement quels furent nos premiers pas dans la vie, sans le témoignage de ceux qui veillaient sur nous ; n'importe, les rationalistes veulent que nous levions le voile qui couvre le berceau et la fin du monde, le principe et la destinée de tous les êtres.
N'avais-je pas raison de vous dire que le problème de la philosophie rationaliste est une absurdité pour quiconque en a compris les termes?
D. Si le rationalisme pèclie par excès de confiance dans nos lumières, s'il demande trop à la raison, par contre le catholicisme ne tomberait-il point dans un excès contraire? Ne ravale-t-il point nos forces intellectuelles en nous disant : Dieu a parlé, croyez et ne raisonnez pas?
B. En attendant que l'exposition des doctrines catholiques vous montre quelle vaste carrière le catéchisme ouvre à la pensée humaine, voici deux courts raisonnementi> qui, appuyés sur des faits aussi éclatants que le soleil, mettent en évidence Tabsurdité de cette vieille calomnie : La foi catholique affaiblit les intelligences.
I. Dans leurs institutions sociales, comme dans toutes les branches du savoir humain , il est notoire que les peuples chrétiens ont laissé bien loin derrière eux tous les peuples non chrétiens. Or il n'est pas moins notoire que c'est au catholicisme que tous les peuples chrétiens doivent leur éducation. Il est donc juste de reconnaître que la méthode catholique n'est pas un éteignoir.
II. La force et la grandeur des esprits se mesurent à l'étendue et à la solidité de leurs connaissances, comme leur faiblesse se reconnaît à l'absence de principes fixes sur quoi que ce soit. Or il est constant que tous les catholiques instruits ont sur l'universalité des questions philosophiques des principes et des convictions d'une grande fermeté : il n'est pas moins constant , de l'aveu des rationalistes, que
14 LÀ PHILOSOPHHS BU CÀTÉCniSUni CATHOLIQUE.
ceuKK^i n'ont de convictions sur rien, et que de toutes les questions qu'ils ont posées, pas une n'a reçu jusqu'ici une solution qui les satisfasse. Donc , quand le rationalisme accuse la foi catholique de ravaler les esprits, c'est Fignorance qui dit au savoir : Tu es un aveugle ! C'est la nuit qui dit au jour : Tu manques de lumières !
D. A cela les rationalistes peuvent opposer la réponse du plus illustre philosophe de l'antiquité. Questionné sur ce que la philosophie lui avait appris, Socrate répondait : « Elle m'a appris à savoir que je ne sais rien. » Avoir acquis la conscience de son ignorance, n'est-ce pas quelque chose ?
B. Si vous savez que vous ne savez rien, leur répondra tout homme de bon sens, pourquoi enseignez- vous? Avoir acquis la conscience de votre ignorance, et pourtant vous poser en maîtres de la science universelle , quelle inqualifiable prétention !
Condamnés par leurs propres aveux, nos rationalistes le sont encore par l'exemple des philosophes qu'ils invoquent. Socrate, Platon reconnurent Tinsuffisance de nos lumières pour pénétrer le mystère de la science universelle et de la destinée humaine; mais, au lieu d'en rester là, ils en déduisirent la nécessité d'un enseignement divin , et ils exhortèrent leurs disciples à l'attendre de la bonté du ciel. Voilà ce que firent ces illustres penseurs à une époque où la Grèce conservait à peine le souvenir confus d'une révélation primitive. Aujourd'hui que les peuples de l'Europe marchent depuis tant de siècles au grand jour des lumières chrétiennes, que font nos professeurs de philosophie rationaliste? Ils ne cessent d'abuser la jeunesse, en lui offrant la raison comme la lumière des lumières, V autorité des autorités, l'unique autorité. S'il leur arrive de mentionner la révélation évangélique, ce n'est que pour lui jeter leurs imbéciles dédains.
D. Les rationalistes diront encore que, la révélation étant un fait surnaturel, le philosophe doit l'abandonner
DfitXlÈME âtlE^tlOM. 15
au théologien et se renfermer dans le cercle des connaissances naturelles.
R. SI leié rationalistes veulent se rfenfeî*ttier dans le cercle des connaissances naturelles, eh bien, qu'ils s'occupent de Tart de fumer, de labourer, de semer nos champs, de soigner le bétail, etc.; mais qu'ils ne s'avisent pas de discuter des problèmes tels que ceux de l'origine et de la destinée de l'univers et du genre humain. Ces problèmes sortent évidemment du cercle de nos connaissances naturelles, et prétendre les résoudre par nos propres lumières, c*est chose aussi sensée que de vouloir porter la main sur le soleil, la lune et les étoiles..
Pour vous faire toucher au doigt la valeur respective de la méthode rationaliste et de la méthode catholique , mettons en peu de mots Tune et Vautre en présence.
De quoi s'agit-il ? Il s'agit de trouver la clef de la science universelle, de connaître au juste quelle est la raîsôti première et dernière de l'existence du monde, de notre propre existence.
Quelle voie vous indique la philosophie rationaliste? Consultez , vous dit-elle , votre raison , interrogez le spectacle de la nature, car ce sont là, pour le philosophe, les deux grands , les uniques foyers de lumière ! C'est vous dire : Cherche^ dans votre esprit la science suprême, car elle doit y être ; et si, par hasard, vous ne la trouviez pas, vous n'auriez qu'à la demander au spectacle de la nature, c'est-à-dire aux étoiles , aux animaux , aux plantes et aux pierres.
Quel moyen vous propose la philosophie catholique? Elle vous dit : La science universelle est le secret de TAuteur de toutes choses, et Celui qui nous a faits peut seul nous dire pourquoi il nous a faits. Si nous restons forcément dans l'ignorance de la pensée intime des hommes avec qui nous vivons, tant qu'ils ne nous l'expriment pas, à plus forte raison ignorerons-nous la pensée dé Dieu sur la destinée des ètrets aussi lohgteiUps qu'il ne nous la révé-^
Icra pas. Or Dieu n ré\élé sa pensée au genre humain par le moyen du Christ. S'il vous reste des doutes sur ce lait qui a triomphé de rincrédulité du monde , dissipez*les en étudiant les fondements de l'histoire chrétienne.
Examinez un instant les deux méthodes, et, la main sur la conscience, dites-moi de quel côté se trouve le langage de la raison et du bon sens philosophique ?
D. Oui, la question est là : Le christianisme est-il l'expression de la pensée divine ? Mais vous conviendrez que c'est là une grande question.
B. Ce n'est pas seulement une grande question, c'est l'unique question à examiner quand, après avoir reconnu l'existence d'un ordonnateur suprême, qui a soumis à des lois fixes le mouvement des astres et celui des insectes , on ne peut éviter cette question : Dieu a-t-il donné une loi aux hommes, et quelle est cette loi ? L'univers chrétien se levant alors pour affirmer le fait d'une loi divinement révélée, et montrant derrière lui quarante-cinq générations de témoins, l'examen approfondi de ce fait s'impose irrésistiblement au philosophe sérieux. Ne tenir aucun compte d'un événement qui a révolutionné à fond les populations les plus éclairées et les plus raisonneuses du globe , ou s'imaginer qu'on le rendra incroyable et indigne d'examen en le persiflant de toute manière , n'est-ce pas afficher le mépris de Dieu, des hommes et de cette raison humaine dont on se prétend les pontifes ?
Or telle est la méthode invariable de nos rationalistes. Puisque vous répétez assez bien leurs objections, je pense que vous avez quelque connaissance de leurs livres. Eh bieu ! je vous le demande , avez-vous trouvé dans les nombreuses productions de MM. Cousin, Jouffroy, Damiron, Pierre Leroux, etc., l'apparence d'une discussion grave et consciencieuse des fondements historiques du christianisme? Ces puissants critiques ont-ils seulement essayé de nous dire comment Jésus-Christ, s'il n'était qu'un philosophe ou un visionnaire, a pu persuader ses premiers disciples qu'il
était le vrai Messie, THomine-Dieu né , mort et ressuscité pour le salut du monde; — comment ces disciples out été si bien convaincus d'avoir vu ce que , dans Thypothèse rationaliste, ils n'auraient pas vu, qu'ils n'ont pas hésité à mourir pour soutenir cette conviction et la faire partager à leurs contemporains j — comment ces pauvres dopes ont fait tant d'autres dupes , et des dupes si incorrigibles, que lé sang chrétien n'a cessé de couler durant deux siècles et demi; — comment la supercherie a été assez heureuse pour que l'empire romain, après l'avoir combattue de toutes ses forces, ait fini par l'adopter et lui coordonner ses institutions et ses lois ; — comment les Barbares, vainqueurs de l'empire romain et acijarnés à sa destruction, ont embrassé l'incroyable et incommode religion des vaincus, et en ont fait l'àme du monde moderne; — comment cette religion, qui humilie l'intelligence et fait sourire les esprits forts, a élevé si haut la raison européenne et trouve toujours des savants pour broyer les objections des esprits forts, des apôtresmartyrs pour aller la prêcher aux barbares, des sœurs de charité pour se vouer au service de ceux-là même qui la blasphèment; — comment, etc., etc., etc. ?
Je vous le demande : ces messieurs ont- ils jamais touché du bout de leur plume ces problèmes historiques ? Dans ces faits qui ont ébranlé et transformé l'univers, ont-ils vu autre chose qu'une poésie, des fictions, des mythes grossiers et populaires que la philosophie doit dissiper (1) ?
D. Je ne pense pas qu'aucun de ces messieurs ait entrepris sérieusement l'étude du christianisme au point de vue historique. Pénétrés de respect pour son glorieux passé , mais frappés de la répugnance qu'inspirent aujourd'hui ses
(1) (c Dieu a dû se rapprocher de Thomme et se révéler à lui, nous dit M. DamiroD, non qu'à cet effet il ait pris yisage et corps et se soit incarné sous quelque forme. Tout ce qui s*est dit de semblable sur cette matière, est figure et poésie. » Essai sur VhisLoire de la philosophie, p. 388. — « La rédemption et la médiatiou de Jésus>Christ sont de ces mythes, de ces symboles, de ces figures que le soleil de la philosophie dissipera. y> M. Jouffroy, Mélanges philos,, p. 18ô et 475.
iS LÀ PHILOSOPHIE DU CATÉCHISME CATHOLIQUE.
doetrines, ils cherchent nn nouvel appui à la société ébranlée dans ses vieux fondements. M. Jouffroy a bien exprimé cette disposition des esprits quand, dans ses Mélanges philosophiques, traitant du Problème de la destinée humaine, il dit : « Croyez-vous que dans l'époque actuelle une solution puisse être proposée à l'acceptation des masses , à ce litre qu'elle a été révélée?... Quant à moi, Messieurs , j'içcline fortement pour la négative.... Il ne reste donc, selon moi, pour venir an secours de la société menacée, qu'une seule voie, qu'un seul moyen : c'est d'agiter philosophiquement ces redoutables problèmes dont il lui faut nécessairement une solution, etc. »
P- R. Oui , ces messieurs se ilattent de pouvoir éconduire le christianisme avec des coups de chapeau. Mais rien n'est si rénitent qu'un fait ; et quand ce fait a , comme le christianisme , une longueur de dix-huit siècles , une largeur égale à celle du globe, et qu'il remplit toute l'histoire moderne , ne vous semble-t-il pas qu'il peut défier les courbettes et les gourmades des pédants qu'il gêne?
Le catholicisme fût-il aussi malade qu'il plaît à ces messieurs de le supposer, il n'en serait pas moins incontestable qu'il a longtemps fait vivre de sa vie l'univers chrétien, et dès lors voici le dilemme qui s'impose aux méditations du philosophe :
La foi catholique repose nécessairement sur la vérité ou sur l'erreur. — Si elle est ce qu'elle se dit, l'œuvre de Dieu, il y aurait crime et folie à vouloir la remplacer. Comment dire à l'Auteur de la vie : La loi que tu nous as donnée ne va plus à nos goûts ; trouve bon que nous la mettions au rebut ! — Si elle est l'œuvre de la supercherie et de l'ignorance, son incroyable succès ne doit-il pas faire désespérer de l'esprit humain et fermer la bouche aux preneurs des lumières de notre raison? Après de si tristes aberrations, pour se flatter de pouvoir reconduire les hommes à la vérité , ne faudrait-il pas du moins leur signaler clairement les causes de leur long asservissement à l'erreur?
TftOISIÈMR QUESTION. iO
Voas le voyez doncy la discnssion des titres historiques du oathoiicisme estphilosophiquement inévitable. Que pense de ceux qui, laissant de côté une telle question, viennent nous dire, comme M. Jouffroy et ses collègues : Il est visible que la société qui a vécu jusqu'ici de la doctrine du Christ est lasse de cet aliment ; il y a donc urgence pour nous , professeurs de philosophie , et pour vous , messieurs nos élèves, de lui offrir un enseignement supérieur au christianisme. Il est vrai que, en joignant nos labeurs à ceux de tous nos devanciers, on n'y trouve pas encore la matière d'une réponse satisfaisante à l'une des mille questions qui intéressent l'humanité; mais ne nous décourageons pas. Agitons philosophiquement ces redoutables problèmes , et faisons-en jaillir assez de lumière pour que les peuples , qui désertent l'école du Christ, entrent dans la nôtre et nous proclament les sauveurs de l'humanité !
Prétendre que c'est là de la philosophie, n'est-ce pas vouloir justifier le mot de Pascal, que « le mépris de la philosophie est le commencement de la sagesse? »
s'il y a un juste milieu acceptable entre la pliilosophie du catéciiisme catholique et la philosophie rationaliste.
D. En y regardant de près, la prétention de mieux éclaircir le problème de la destinée humaine que ne le fait le catholicisme, pourrait bien n'être qu'un prétexte dans la pensée des rationalistes. Leur but réel serait d'assurer à chacun la liberté de penser, d'amener les catholiques et ceux qui ne partagent pas leurs croyances à vivre en bonne harmonie, à ne plus s'anathématiser, les uns au nom de la foi, les autres au nom de la raison. Or n'y aurait-il pas quelque sagesse dans ce juste milieu? Vous savez sans doute que telle est la philosophie d'un bon nombre d'boimétes gens. Goû-
tant peu les vieilles révélations da catéchisme catholique , et n'espérant rien des révélations à venir du rationalisme, ils ont adopté cette devise : « Jouissons paisiblement de la vie sans nous fatiguer la cervelle à en pénétrer le mystère. »
R. Vous avez raison de croire que le rationalisme n'est qu'un prétexte. Sur cent de ses adeptes, il y en a quatrevingt-dix-huit qui ne demandent la liberté de penser en religion que pour jouir de la liberté de ne penser à aucune religion, sauf celle du plaisir. J^a philosophie du viveur indifférent, du paisible épicurien, voilà ce qu'ils convoitent. Mais cette philosophie , en apparence si facile , puisqu'elle exclut toute étude , est de fait impraticable. La raison en est que notre monde , tel qu'il est bàli , ne souffre qu'un petit nombre de viveurs, ne souffre aucun indifférent.
Que les gens de plaisir , assez contents du lot de jouissances qu'ils trouvent dans leur patrimoine pour ne pas être tentés d'y chercher un supplément ailleurs, soient rares ici-bas, c'est chose évidente. Le budget des dépenses d'un modéré viveur exige au moins une rente annuelle de quinze cents à deux mille écus, et vous savez que la société abonde de philosophes de cette espèce^ qui s'endettent et se ruinent avec un revenu décuple. Comment donc multiplier la race des viveurs, puisque les meilleurs statisticiens s'accordent à nous dire que le revenu général de l'Europe, divisé entre ses habitants, ne donnerait à chacun guère plus de soixante à quatre-vingts écus? Travail et privations, rien de moins compatible avec la philosophie du doux vivre , et pourtant c'est la condition de la presque totalité des hommes.
Il est également certain qu'il n'existe pas d'hommes vraiment indifférents, c'est-à-dire qui puissent vivre en face du christianisme sans éprouver ni amour ni haine. Deux choses peuvent faire illusion sur ce sujet.
1** L'esprit d'hérésie a produit des contrefaçons de la loi chrétienne, tellement légères en arguments et en préceptes, qu'elles n'ont rien de bien pénible pour ceux qui les adop-
tent, rien d'inquiétant pour ceux qui les rejettent. Les premiers les trouvent trop commodes pour s'enquérir de leur origine ; les autres les jugent trop faibles pour s*amuser à raisonner contre elles. On les tolère ^ alors même qu'elles se montrent peu tolérantes , par la raison qui nous fait supporter les criailleries d'un enfant. Mais cette harmonie das esprits, née des transactions de l'erreur avec Terreur, disparaît dans un pays dès que le christianisme catholique s'y présente avec l'inflexibilité de ses dogmes et avec ces carac^ tères divins qui poussent à la révolte ceux qu'ils ne dispo-» sent pas à la soumission.
2** Les pays catholiques sont pleins d'hommes qui , avec la foi dans le fond de l'àme et de grandes faiblesses dans le cœur, voudraient concilier ces deux choses et négocier un traité de paix qui préservât leur foi des outrages de l'incrédulité, et leurs vices des censures incessantes de la religion. Il y a là faiblesse , inconséquence , mais non indifférence. La guerre que ces hommes ont avec eux-mêmes les avertit assez qu'on ne transige pas avec Celui qui a dit : Vous ne pouvez servir deuw maîtres. Aussi, tôt ou tard, faut-il que leur foi les délivre de leurs vices ou que leurs vices les tournent contre leur foi.
En somme , les faux christianismes comptent beaucoup d'indifférents ; le vrai n'a que des amis et des ennemis.
D. C'est précisément cet absolutisme du catholicisme, en matière de doctrine, que les partisans du juste milieu accusent de tout le mal. Us pensent que, si l'on pouvait modérer le zèle des enfants de la foi, on arriverait à une conciliation.
R. Cette idée de conciliation repose sur une parfaite ignorance de la nature du catholicisme et de celle du cœur humain.
La doctrine catholique étant, dans la conviction de ceux qui la professent, l'œuvre de Dieu même, est essentiellement absolue, irréformable. Nul ne peut y toucher sans s'élever contre Dieu. En même temps qu'elle interdit à ses croyants toute transaction y toute dissimulation , la doctrine catho-
âS LÀ PHILOSOPHIE I)C CATÉCHISME CATHOlIquE.
lîque met ceux à qui elle se prêche dans la nécessité de Tadmettre ou delà combattre. A ses affirmations si positives, «i pressantes, si formidables, quiconque résiste doit opposer des négations fomielles, et des négations d'autant plus pas^ slonnées, qu'il est moins facile de les fonder en raison. La paésion une fois engagée, il y a guerre, et la guerre ne finit plus. L'orgueil est un soldat immortel que les blessure^ et les défaites ne servent qu'à irriter. Il liait arme de tout, passe du sophisme aux railleries, des railleries aux outragés, des oti* tragcs aux violences les plus brUtales. Jamais il ne dit : Je me rends î La sagesse divine en personne y échouerait, Comme elle y échoua autrefois contre les scribes et les phat'isiens qui, après avoir épuisé les sophismes et les injures, employèrent le dernier argument de l'orgueil î Crucifiotts-^le ! C'est aussi l'argument que l'anticatholicisme , sous toutes ses formel, n'a cessé d'employer contre le catéchisme catholique.
Rien donc de moins possible que l'accord de la foi avec l'incrédulité. Vous n'obtiendrez jamais du catholique sincère qu'il ne regarde pas les erreurs opposées à sa conviction religieuse comme un graud mal dont il doit préserver les siens et travailler à délivrer ses frères ; jamais vous n'obtiendrez de Thomme irréligieux qu'il ne regarde pas la religion catholique comme un ennemi dont la seule présence est pour lui une persécution. Le premier , tranquille dans sa foi , fidèle au devoir de la charité , s'efforcera de vaincre le mal par le bien , et n'opposera que la patience aux sarcasmes et au mépris de l'incrédule ; celui-ci, pensant aussi mal des hommes que de Dieu, n'en conservera pas moins l'incorrigible habitude de voir partout des ennemis et de crier, en toute circonstance, à la persécution. Tàchezvous de dissiper son ignorance et ses préjugés à l'endroit de la religion, vous êtes un intolérant. Ne lui dites- VOUS rien, lï vous accuse de le vouer aux flammes éternelles et de regretter ^époque où l'on brûlait les mécréants. Répondezvous que rioiis abandonnons à Dieu le jugenietit des âmes ,
TROISlÈHfi QUESTION. 33
et qne le moyen âge ne brûlait que les mécréants séditieux qui mettaient le feu à la société ; il n'en persistera pas moins à dire qu'on le tourmente. En quoi il y a quelque chose àb yrai, la présence de la lumière étant un supplice pour Yip^ religion , qui ne -vit que de ténèbres é
D. Cette incompatibilité du catholicisme avec toute doid«* trine religieuse qui lui est opposée n'a-t-elle pas le grftte inconvénient de porter le trouble dans les États, d'allutôër entre les chrétiens d'affreuses dissensioûs, qui feraient pres^que envier le sort des peuples de l'Asie^ moins édairés m religion^ mais aussi plus tolérants?
B. Je ne comprends pas comment vous pouvez rendre responsable de nos dissensions religieuses cette Église catholique qui les proscrit de son sein, et qui retient encore dans Tunilé de croyance les deux tiers de la famille chré* tienne. Je vois encore moins comment elle remédierait à nos dissidences religieuses en s'écartant de ses principes en matière d'orthodoxie, c'est-à-dire en accordant aux catlioliques la liberté de se diviser en autant de sectes qu'il y aurait parmi eux de têtes assez folles pour fonder des religions nouvelles.
Quant à la tolérance religieuse, dont vous faites gratuite* ment honneur aux peuples de l'Asie , voici ce que je me borne à vous dire : Pour jouir de la bienheureuse quiétude de ces peuples, il faut, avant tout, adopter leur système religieux et social, qui est très-simple. Que nos deux cents et quelques millions d'Européens s'engagent à observer là constitution suivante : — « Le souverain est maître absolu de nos biens, de notre liberté, de notre honneur, de nôtre vie. Il pourra en disposer à son gré, s'emparer de nos femmes, de nos enfants, pour en peupler ses harems ou les mettre en vente, nous envoyer l'ordre de nous étrangler ou de nous laisser couper la tète ; le tout sans responsabilité aucune, même devant Dieu, attendu que nous le tenons pour un dieu. »
Avec cette constitution, consciencieusement observée,
uos dissidences religieuses et politiques prendraient fin, mais en serions-nous plus tranquilles? Je ne le pense pas. Ouvrez l'histoire du monde avant l'ère chrétienne, que voyez-vous? Une série non interrompue de pillages et de massacres, non d'une armée par une armée, mais d'un peuple par un autre peuple, depuis les premiers conquérants connus jusqu'au peuple-roi, qui s'adjugeait le monopole du pillage et du massacre général des peuples. Ouvrez l'histoire de l'Asie depuis l'hégire (622) jusqu'à Thamas-Kouli-Kan, mort en 1747; étudiez les guerres des Thimur, des Genghis- Kan, des Aureng-Zeb, etc., vous serez témoins d'horreurs qui font pâlir nos plus affreuses guerres religieuses et civiles. C'est l'aveu de Montesquieu, qui a trop ravalé, dans ses écrits, l'influence sociale du christianisme, pour qu'on suspecte les hommages qu'il lui rend (I).
Que si TAsie vous paraît jouir maintenant d'un grand calme, la raison en est que les petits animaux restent coils dans le voisinage du lion. Le lion, c'est l'Europe, toujours prête à s'entre-déchirer chez elle, mais qui entend qu'on ne bataille pas ailleurs sans sa permission. Gomme elle a des intérêts commerciaux en Asie, elle dirait aux bataillards, si nombreux qu'ils fussent : Arrêtez, sinon ! En cas de résistance, elle n'aurait pas besoin de faire appel à tous ses peuples, comme au douzième siècle, alors que son éducation chrétienne était trop imparfaite pour qu'elle en recueillit les fruits. Elle pourrait dire à un de ses États du second ou du troisième ordre : Allez, vos forces militaires suffisent ! Et nous verrions sortir des ports de Lisbonne, de Gènes ou d'Amsterdam de petites flottes, très-capables de ranger à l'ordre les plus superbes potentats de l'Asie. Ne voyons-
(1) «Que Ton se mette devant les yen\ les massacres continuels des rois el des cliefs grecs et romains , et de Tautre la destniction des peuples et des villes par les mêmes chefs, Thimur et Genghis-Kan, qui ont dévasté TAsie ; et nous verrons que nous devons au christianisme, et dans le gouvernement, un certain droit politique, et dans la guerre, un certain droit des gens, que la nature humaine ne saurait assez reconnaître. » De V Esprit des loiSy I. XXIV, ch. 3.
nous pas la Compagnie des Indes régner sans de grands efforts sur plus de cent millions d'Hindous ? Quand, il y a quelques* années , le chef de cet empire qui connut avant nous la poudre et le canon, et qui compte trois cents millions d'hommes très-avancés dans les arts, s'avisa de contrarier l'industrie anglaise du poison connu sous le nom d'opium y il suffit d'une escadre et de quelques troupes de débarquement pour faire comprendre à la cour de Pékin qu'il y allait du salut du Céleste Empire.
La sagesse actuelle de l'Asie est donc le fruit de notre force. Et si notre force est telle qu'un seul de nos États puisse faire trembler l'immense continent qui, outre un sol généralement plus riche que celui de l'Europe, possède une population au moins double, à quoi le devons-nous, sinon à notre éducation chrétienne ? Il faudrait un rare aveuglement pour attribuer nos progrès à ce qu'on appelle l'esprit moderne, c'est-à-dire, aux licences du rationalisme religieux, philosophique et politique.
Quand Christophe Colomb mourut en 1506, léguant à l'Espagne le nouveau monde, l'Europe était toute catholique. Quand, quelques années après, Fernand Cortez conquit, avec six cents Espagnols, l'empire très-peuplé et matériellement très -civilisé du Mexique, à peine quelques savants connaissaient-ils les thèses hérétiques que Luther ne faisait encore que balbutier à Wittemberg. Grûce à l'unité religieuse , l'Europe était dès lors majeure. Qu'on blâme le premier usage de ses forces au dehors, soit; toujours faut- il reconnaître V que, par ses forces morales et matérielles, elle était dès lors la maîtresse du monde; 2® que, si elle en eût fait l'emploi que prescrivait l'esprit évangélique, l'univers serait aujourd'hui chrétien, sans qu'il en eût coûté la millième partie du sang qu'ont fait répandre, au dedans nos innovations, au dehors les suggestions de la rivalité et de l'avarice.
Maintenant voici ce que je dirai aux partisans du juste milieu en fait de croyances : Vous devriez respecter ^i^-
S6 LA PHILOSOPHIE DÛ CATÉCMSIli! CATHOMQUE.
flexibilité dé la foi catholique ^ n'eût-elle qae TaTantage d'avoir centuplé dix fois la valeur d'un homme, et réalisé dans les chrétiens vis-à-vis des infidèles cette parole de l'Écriture : Un d'entre vous en potirsuivra mille^ et deux en met* tront en fuite dix mille (1). Mais, en y réfléchissant un peu, vous verrei que les convictions catholiques nous sdùt plus nécessaires qiie jamais, et que s'affliger de leur persistance, c'est regretter que rEui*ôt)e ne soit pas encore un monceau de ruines flottantes dans le sang.
D. Vous aurez de la peine à leur persuader cela.
R. J'ignore l'art de persuader les esprits qui, par natui^ ou par irréflexion, se rendent inaccessibles atix lumières de l'évidence du raisonnement et des faits. Comme vous n'ap^ par tenez pas à cette catégorie, vous allez voir qu'il n*y â pas la moindre exagération dans ce que je dis : Ou l'Europe reviendra à la croyance catholique, ou elle périra.
Vraie ou fausse, une explication du mystère de la vie est indispensable à tous les hommes qui ne sont pas privés de l'usage de la raison. Pour qu'ils traversassent la vie dans une douce et inaltérable insouciance, il faudrait au moins en semer la roUte de roses sans épines, donner à chacun un revenu net de cinq ou six mille livres, et, de plus, la sagesse nécessaire pour ne pas manger le fonds avec le revenu. Comme cela n'est pas possible, et que la condition de l'immense majorité, pour ne pas dire de tous, est une lutte quotidienne contre des privations et des souffrances sans cesse renaissantes dans l'àme et dans le corps, il est inévitable que nous cherchions à nous rendre raison d'un tel état de choses. Naturellement, les hommes ne veulent ni se priver ni souffrir ; pour qu'ils s'y résignent, il ne suffit pas de leur prouver que les privations et les souffrances sont inévitables, il faut leur en montrer le but, l'utilité. Un remède dans le présent ou une compensation certaine dans l'avenir, voilà ce qu'ils demandent. L'indifférence sur ce
(1) Deutéron.yXXXU, 30.
point peut exister momentatiéinent dans un petit troupeau de viveurs endormis dans le plaisir, mais elle t'atteint pas le grand nombre.
Or, il n'y a jamais eu qtle deux explications des misères de là vie qui aient pu devenir populaires : Teiplication païenne, rexplicatiori chrétienne.
Pour les peuples non chrétiens^ Texplication est toute dans la volonté de Dieti ou des dieux qui, ayant réglé toutes choses avec une souveraine sagesse, réservent d'étemelles récompensés à ceux qui ne dérangeront en rien cet ordre, et d'effroyables châtiments à ceux qui le troubleront. Que s'il se rencontre des mortels assei téméraires pour vouloir censurer ou réformer ce que les dieux ont fait, le prince, fils du ciel, est là pour faire prompte justice de ces impies.
Vous comprenez qu'un tel système, là où il peut se faire accepter, est très-propre à empêcher la fermentation des esprits. Aussi le sommeil de ces peuples serait-il inaltérable, si les fils du ciel n'abusaient trop souvent des prérogatives de leur couronne. Mais vous comprenez aussi que ce sys* tème est devenu impossible chez les peuples chrétiens.
En nous apprenant que Dieu avait créé l'homme et le monde purs de tout mal, et que nos misères sont le fruit de nos œuvres, l'Évangile a détruit à fond la doctrine du fatalisme, commune à toutes les fausses religions ; doctrine qui, divinisant tous les abus, tous les maux, oppose un invincible obstacle aux améliorations sociales. Peu content de nous inspirer Tamour du bien, la haine du mal, il veut que nous aspirions à la perfection de notre Père céleste^ et que, par nos prières et nos œuvres, nous travaillions à rétablissement du règne de DiêUy par l'abolition des iniquités, des désordres et par le triomphe du bien sur le mal. De là l'im* mense activité des peuples chrétiens et leur passion pour le progrès, pour les réformes. Un autre grand principe de mouvement social, c'est le dogme de l'unité de race, de la fraternité universelle^ de l'égalité de tous devant Dieu, notre Père et Seigneur commun. Il règne malheureusement parmi
nous un profond désaccord daas la manière d'entendre et d'appliquer les idées chrétiennes du bien et du mal, de l'ordre et du désordre, de la perfection et des abus, du progrès social, de la fraternité, de l'égalité. Mais vous m'accorderez (}ue ces idées nous sont aussi familières qu'elles sont inconnues aux peuples infidèles^ qu'elles nous ont rendus trèsexigeants en matière politique, surtout très-ennemis de tout ce qui tendrait à diviser de nouveau les hommes en maîtres et en esclaves, en gens de plaisir et gens de travail.
D. Oui, il est notoire que les peuples chrétiens sont aussi passionnés pour le changement que les autres pour le statu quo; et c'est, pour certains esprits, la matière d'une objection contre le christianisme, qu'on accuse d'avoir trop exalté les désirs de l'homme.
E. Que le christianisme ait trop exalté nos désirs, c'est indubitable pour les rationalistes qui disent avec Feuerbach : « Assez de pommes de terre et de femmes en cette vie, et le néant dans l'autre, voilà ce qu'il faut aux hommes ! » Mais, que voulez-vous ? Comme je l'ai prouvé ailleurs, le mal est fait (1) : toutes les lamentations de Feuerbach (le Proudhon de l'Allemagne, comme Goethe en est le Voltaire) n'empêcheront pas nos masses d'être, comme vous dites, passionnées pour le changement, et peu disposées à se soumettre au régime proposé par le pansard allemand. Pour les peuples de l'Europe, il n'y a de choix possible qu'entre le régime social fondé par la philosophie du catéchisme catholique et le régime de la république socialiste, fondé sur les principes de la philosophie rationaliste.
C'est pour constater ce fait et éclairer votre choix entre ces deux régimes, que j'ai entrepris ce cours abrégé de la philosophie du catéchisme, philosophie dont je vais vous montrer d'abord les fondements.
(1) V. de V Éducation de V homme, ch. 4, 5, 6, 7.