LIVRE I
Qael qu'ait été le nombre des sectes dorant les premiers siècles (et il fat trêS-grând), jamais il ne pnt rendre douteuse l'existence d'une Église catholique, je ne dis pas ponr les fidèles ni pour les sectaires, mais pour les païens euxmêmes. Celse, dans ses livres contre les chrétiens , leur reproche leurs divisions; mais il sait fort bien quels sont les partis que ne reçoit pas la grande Église (1). Quand Tempereur Aurélien veut mettre fin aux troubles qu'excitait dans réglise de la capitale de TOrient (Antioche) l'évêque hérétique Paul de Samosate, il n'hésite pas à adjuger la maison de Véglise à ceux qui, en communion avec les évêques d'Italie, reçoivent les lettres de Vévêque de Rome (2). Ammien- Marcellin^ tout païen qu'il était, blâme l'empereur Constance d'avoir voulu bouleverser la religion chrctiertney si nette et précise dans son dogme et sa constitution, par le désir de faire condamner Athanase par Vantorité qu'avait Vévêque de Rome au-dessus des autres. (V. liv. XV et XXI.)
Je finis par les paroles de deux beaux génies catholiques, écrivant, le premier vers l'an de Jésus-Christ 400, l'autre en 1816.
Dans un livre aux manichéens , ses anciens coréligion- Dairesy saint Augustin termine ainsi l'énumération dés mo*tifs qui l'attachent à la grande Église : « Ce qui m'y retient enfin, dit- il, c'est le nom même de catholique ^ tellement propre à cette Église, au milieu de tant de sectes qui le lui envient, que si un étranger demande où s'assemblent les catholiques, nul hérétique n'osera lui indiquer son temple ni sa maison (3). »
« L-ne grande et magnifique cité d'Europe, dit M. de Maistre, se prête à une expérience intéressante que je prol)ose à tous les penseurs. Un espace assez resserré y réunit des églt!»es de toutes les communions chrétiennes. On y voit
(1) V. Oiigèiie, Contre Celse, liv. V.
(2) V. Eiisôbe, Hist, ecclésiast., liv. vu, ch. 30. — Théodore}, Fables des hérétiques, liv. H, ch. 8.
(3) Contra Episl.fundam.flY,
126 LA PHILOSOPHIE DU GATâCHlSME CATHOLIQUE.
une église catholique, une église russe, une église attnénienne, une église calviniste, une église luthérienne; un peu plus loin se trouve Féglise anglicane ; il n' j manque, je crois, qu'une ^lise grecque. Dites donc an premier homme que vous rencontrerez sur votre route : Montre*moi l'égliêê orthodoxe. Chaque chrétien vous montrera la ùenne, grande preuve déjà d'une orlhodoœie commune. Mais ei vous dites : Montrex-moi Viglise catholique^ tous i^épondront : La toilà! et tous montreront la mème^«. C'est une diose bien remarquable que, tout chrétien étant obligé de confesser^ dans le Symbole, qu'tl croit à l'Église catholiquêy néanmoins aucune Église dissidente n'a jamais oeé se pafèr de ce titre et se nommer calholique^ quoiqu'il n'y eût rito de si aisé que de dire : Ceet nom qui sommée cathoiiqueê ; et que la vérité d'ailleurs tienne évidemment à celte qualité de catholique (1). »
D. Pour ne pas rester tout à fait muet devant ce grande rêve qui compte dix-huit siècles de réalité historique, je dirak avec nos ehers frères des églises bibliques, que la réalité da rêve inquiète plus que moi, que l'unité catholique n'est qu'une fiction, que l'opposition n'est pas moins grande entre les molinistes et les jansénistes, les ultramontains et les gallicans^ qu'entre les divers partis qui scindent le protestantisme.
B. Puisque vous voulez plaisanter, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout, et dire : « (hi a beaucoup parlé de l'anarchie protestante^ mais c'est de l'unité protestante qu'il Aillait parler. Laccord frappant qui règne entre les symboles dès différentes églises protestantes^ cet accord né dans la liberté et dont elle constate la r^ité , cet accord est la véritable Unitéy dont le catholicisme n'a que le fantôme (2). » En parlant ainsi, le badinage serait palpable, et je ne courrais pas
(1) DU Papey liv. IV^ ch. ô.
(2) M. vinet, Essai sur la manif es talion des eonekftions religieuses, p. 369.
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le .risque d'être ridicule en prenant au sérieux une plaisanterie.
Je n'ignore pas que depuis que l'anarchie protestante est arrÎTée au comble, même au sein de l'Église anglicane, les soi-disant ministre$ du saint Évangile^ pour apaiser les angoisses de leurs ouailles encore croyantes à quelque chose, fout de très^rands efforts pour accréditer parmi elles Tin- Gomparable plaisanterie de Vunité prolestante et des dissidences catholiques en matière de foi ; mais, grâces en soient rendues au Pasteur étemel, qui yeut que toutes ses ouailles dociles, ^core garées, retiennent au grand troupeau, Fentreprise des champions de Terreur est désormais audessus de leurs forces et de la crédulité de leurs dupes. Je n'aurais besoin que de M. Yinet lui-même, qui a, non in- Tcnté, mais répété la plaisanterie (1), pour montrer l'unie Yerselle et dernière dissolution de toutes les Églises fondées par.les glorieux réformateurs.
Cette dissolution, le noble écrivain la voyait partout, dans les églises allemandes, dans les églises des Pays-Bas, dao6 les églises françaises, dans les églises de la Suisse, dang sa chère église de Lausanne. Il avait assisté à plusieurs de ces synodes où le seul mot de symbole j de dogmes à professer, excitait des tonnerres de réprobation. Cette dissolution, il la décrivait avec une admirable énergie : « Les poutres de la charpente se déjoignent. * . L'édifice craque de toutes parts. < i Ses forces accessoires et auiiiliaires se retirent. . . Tous les n€^% re^^orts se détendent et ne sont pas remplacés... Uil instinct de conservation pousse tout le monde à sortir, avant qu'elle s'écroule, de cette maison ébranlée... Il y a des protestants, il n*y a plus de protestantisme (2). » £t il déplorait la faiblesse de ses coreligionnaires, qui ne s'aocot-r daient plus que dans la nullité, en présence de cette Église^
(1) M. Vinet cite Tautear auoDyiue, mais que je pourrais nenHiier, de la brochure intitulée : de V Unité romaine, et de la diversité protestante. Essai, ^, 181.
(2) Jbid.f 495.
dont il disait, à rencontre de ce qu'il a\ait écrit quelques pages plus haut : <« La forme du catholicisme étant fort arrêtée, tel on l'accepte, tel on le garde, et l'on sait d'avance sur quel terrain et dans quelles conditions on le trouvera... Il y a qtielque chose qui semble environner le catholicisme d*un mur de diamant : c'est sa doctrine même ( 1). »
M. Yinet écrivait ainsi en 1842. Si Dieu nous Feùl conservé, que penserait-il aujourd'hui que la tète du protestantisme, l'Église anglicane, environnée par la reine Elisabeth d\m mur y non de diamant, mais d'or, est tombée en poussière sous la main du chef du cabinet de Saint-James, qui lui a dit, avec Tassentiment de tous ses archevêques et évoques, moins un : « Que tu es ridicule de soutenir encore au dix- neuvième siècle le dogme suranné du péché originel et de la nécessité de la régénération baptismale ! Allons, sois sage, et reçois, en face de l'Europe, pour ton très-légitime ministre, le docteur déiste Gorham, sinon ! »
Chose singulière ! pendant que la question capitale de la foi à la régénération baptismale coule bas les restes du protestantisme officiel en Occident, la même question, à ce qu'on nous dit, trouble le sommeil des églises schismatiques de l'Orient et menacerait l'ombre d'unité qu'on leur suppose. IjCS patriarches de Gonstantinople et de Jérusalem auraient déclaré indispensable pour le salut le baptême par immersion, et rangé par conséquent parmi les exhérédés du royaume des cieux, non-seulement tous les chrétiens de l'Europe, de l'Amérique, etc., mais encore ceux de l'église orthodoxe russe j qui tiennent pour très-valide le baptême par ablution. Qui sait s'il ne plaira pas au Seigneur de nous donner une nouvelle et bien douce preuve de cette vérité : Le baptême est la porte du salut, le sacrement qui nous fait enfants de Dieu et de son Église?
En présence de cette décomposition générale des institutions fondées par les hommes, que sont les dissidences doc-
(0 De VUnilé romaine et de la diversité protestante, p. 423.