‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 42 sur 230 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Nous voyons ensuite le Docteur des nations rendre hommage aux prodigieux travaux de Pierre , en écrivant de Gorintbe , à ces chrétiens de Rome qu'il ne connaît encore que de réputation^ que leur foi est renommée dans tout Vunivers (1). Et si vous soupçonnez quelque emphase dans cet éloge des chrétiens de Borne, ouvrez le païen Tacite au XY^ livre de ses Annales, et il vous apprendra que la multitude des sectateurs du Christ était énorme, quand il prit fantaisie à Néron de leur imputer Tincendie de Rome.

Lisez les Actes des apôtres, et , quoique depuis le IX^ chapitre, les travaux de saint Paul en soient le principal, pour ne pas dire Tunique sujet , vous y verrez néanmoins une évangélisation à peu près universelle, et tellement fructueuse , qu'au XIX^ chapitre , vous entendrez Torfévre Démétrius, qui faisait de petits temples d'argent de Diane^ dire à tous ses ouvriers et collègues : Vous savez que toute notre vie est dans ce travail; or vous voyez et vom entendez dire comment^ non-seulement à Èphèse, mais dans presque toute VAsiej ce Paul-ci entraîne une grande foule^ en leur disant que les (Buvres de nos mains ne sont pas des dieux. Il n'y va pas seulement de notre fortune, mais le temple de la grande Diane va tomber dans le mépris; et la majesté de celle qui est adorée dans toute l'Asie^ et même dans tout l'univers, sera bientôt anéantie (2).

Pouvez-vous maintenant nier l'existence, dès avant le milieu du premier siècle de notre ère, d'une Église catholique, soit d*une Église préchant Jésus-Christ à tous les peuples, et trouvant chez tous les peuples des croyants dévoués?

D. A vrai dire, je serais très-porté à répoudre que tout cela nie parait un rêve; mais vous me répondriez probablement que le rêve dure un peu trop.

R. Oui ; et je crois vous avoir déjà dit , dans les Ques^ tiens préliminaires^ que les incrédules, en traitant le ca-

(1) Ép. aux Rom.t I, 8.

(î) XIX, 24-r.

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thelidsme de tétie de Veêprit humain^ nous donnent le droit de leop répondre : Mettons que le monde eatholiqne rêve depuis le Christ, il faut donc désespérer da réveil de Tesprit humain ( et quand vous vous flattez de le remettre dans les voies de la raison, vous nous donnez la preuve d'un orgueil prodigieusement sot.

Et puis, b\1 vous plaît, dans quelle tète aurait pu surgir un tel rêve? Parmi les plus audacieux penseurs dont nous ayons mémoire , vous n'en trouverez pas un qui ait osé rêver une société universelle, et la plus difficile de tontes les sodâiés, la société des âmes et des cœurs.

Vous citerez les Romains? — Eh bien, nommez celui des Romains qui rêva , dès le commencement , je ne dis pas l'empire vraiment universel, mais l'empire tel qu'il était à l'arrivée de l'empire apostolique. Serait-ce Romulus, lui qui, en armant tout son monde, comptait à peine trois mille hommes de pied et trois cents chevaux, au moment où il fbt enlevé par les dieux ? Il y a tout lieu de penser que les Romains ne se formèrent une idée juste de leur empire que quand il se trouva fait, et vous devez savoir le temps qu'on mit à le faire.

Pour les bateliers du lac de Galilée, le plan précède l'exécution; et ce plan, qui surpasse en grandeur tous les plans entrés jusque-là dans la pensée humaine, s'exécute avec une telle rapidité, et par des moyens si disproportionnés au résultat, que notre pauvre raison reste confondue. Après avoir vainement cherché à s'expliquer le succès d'une entreprise que les travailleurs eux-mêmes appelaient une folie, le penseur consciencieux est obligé d'adopter l'explication qu'en donne saint Paul dans ses ÊjAtres, notamment dans la première aux dirétiens de Gorinthe. Connaissant leur faible pour la philosophie grecque qui avait fait leurs délices et leur gloire, il prend plaisir à leur montrer, dans tout ce qui se passe, l'accomplissement des paroles du Seigneur, qui avait dit par Isaïe : Je détruirai la sagesse des sages, et je rejetterai la science des savants. Où sont maintenant les

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sage$? Où s&nt lei docteurs? Où sont Us amateurs des lumières de ce siècle? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagêêêê de p« monde ^ Et la raison de cette conduite, c'est que, ajoiite^t^l^ le monde ^ eivec toute sa sdenee humaine y n'ayant point reconnu Dieu dans les oeuvres de sa sagesse^ il a plu à Dieu de sauffer les croyants par la folie de la prédication. Les Juifs demandent des prodiges, et les Grecs de la sagesse : pour nousy nous prêchons le Christ erucifUy qui est un scan^ dalê peur les Juifs et une folie pour les Grecs ; mais potir eeum qui sent appelés Juifs et Grées j le Christ est la puissance ainsi que la sagesse de Dieu (1).

VenlUez bien vous reeneillip na peu pour méditer cette question : À une époque où l'incrédulité était générale dans le grand monde, et la division religieuse extrême parmi les croyants | à une époque où le peuple juif lui-même se partageait en plusieurs sectes, et où les dieux des gentils différaient nim-seulement de nation à nation, mais de cité à cité, de village k village^ de maison à maison ; Tidée de famener tous les hommes à Tunité de pensée et de sentiment en matière religieuse, et cela au nom d'un Juif crucifié, ne pouvait s'offpir à la pensée humaine sans être repoussée comme la plus grande des extravagances.

En y réfléchissant bien, vous verrez que le plan de faire

de tous les hommes un seul coeur, une seule àme^ n'apa

être sëriensement conçu et entrepris que par celui qui avait

le droit de dire : Pour les hommes ^ eela est impossible; mais

rien n'est impossible à Dieu... Toute puissance m* a été

d/onnée dans le ciel et sur la terre; allez donc (2) ! Si la con*>

oeptîon da plan est surhumaine, que penser de l'exé-

eation?

D. Je mas la force de oes considérations | mais n'est-^il pas vrai que le prodige de Tonité religieuse reçut de cruellen atteintes dès le premier jour; que Simon le magicien essaya

(1) Prem, Ép,^ 1, 19-24.

(2) Saint Matthieu, XIX, 26 ; XXVIII, 18, 19.

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d'élever une église dans TÉglise, sous les yeux mêmes de Simon-Pierre ?

B. Oui; mais vous savez que TÉglise le mit à la porte en lui disaut par la bouche de son chef : Que ton argent périsse avec toiy puisque tu as pensé que le don de Dieu est chose vénale I Tu n'as ni part ni héritage dans cette (BuvrCj car ton cœur est sans droiture devant Dieu (1). Nous voyons par les écrits apostoliques que Simon eut une foule d'imitateurs^ que les antechrisls étaient nombreux , et qu'avant de descendre dans la tombe sur la fin du premier siècle, l'apôtre bien- aimé Jean vit l'hérésie saper toutes les bases delafoi, et dut prendre la plume pour défendre la divinité du Sauveur et son humanité.

En frappant de l'anathëme ces blasphémateurs ignorants et ces docteurs corrompus et corrupteurs, en prescrivant aux fidèles de les fuir comme la peste et de ne pas même leur rendre le salut (2), les apôtres rappelaient à ceux*<ci les paroles du divin Maître : Je ne suis pas tenu apporter la paix, mais la guerre.,.. Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups.... Il est inévitable qu'il y ait des scandales, mais malheur à celui par qui viendra le scandale ! — // faut qu'il y ail des hérésies, dit saint Paul aux Corinthiens, afin que par celle épreuve les bons, parmi vous, soient mis en lumière (3).

En effet, si les hér&ies et les schismes sont chose infiniment déplorable à cause du grand nombre de dupes honnêtes qu'ils tiennent éloignées du grand fleuve de vie, ils ne laissent pas que d'avoir l'avantage, 1 ^ de purifier l'Église de ses mauvaises tètes, ainsi que des désordres et des abus qu'engendre une longue paix ; 2® de resserrer les liens de l'unité parmi les fidèles ; 3^ de faire resplendir aux yeux de tous cette unité, par sou contraste avec les étemelles divisions et subdivisions du schisme et de l'hérésie.

(1) Actes des apôtres, viii, 20, 2i.

(2) Saint Jean, Deux. Ép.y 10.

(8) Prem. Ép., XI, 19.

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