CHAPITRE IL
Théologie des végélaiix.
D. Le nombre des végétaux est si grand que, si tous ont la parole , la leçon sera un peu longue et confuse.
R. Ne craignez rien; je vais choisir l'orateur, et je parlerai pour lui.
Le règne végétal est divisé par les botanistes actuels en végétaux vasculaires cotyUdones et en végétaux cellulaires acotylèdones. Dans la première catégorie, qui renferme la très-grande majorité des espèces végétales , je choisis un individu de l'espèce la plus humble, tel qu'une des herbes qui remplissent nos jardins, nos prés, un œillet, un rosier, une mauve, une ortie, il n'importe.
Cet individu se compose d'une tige fixée au sol par des racines et portant des feuilles et des fleurs. En laissant de côté les mille détails d'une étude scientifique, nous voyons que les racines s'acquittent fort bien de leur double fonction , qui est de soutenir la tige et de l'alimenter ; que , dans les plantes fourragères qui doivent promptement re pousser, telles que la luzerne , les racines se distinguent par leur longueur et leur voracité; que, dans les arbres grands et touffus, elles ont la sagesse de s'étendre au delà des branches, afin de recevoir avec plus d abondance l'eau et le soleil, etc., etc , etc.
La tige de la plante offre une trame cellulaire dont la structure nous émervdllcrait, si nous la contemplions à Taide d'une loupe. Parmi tant de cellules dont elle se com-
pose, il y en a d'une forme particulière qui, placées bouta bout et communiquant entre elles, forment deux ebdioes bien distinctes, et destinées , Tune à porter aux feuilles la sève que pompent les racines par leurs suçoirs , l'autre à faire circuler dans la tige Tair qu'aspirent les feuilles par leurs bouches ou stomates. Les cellules de la première chaîne s'appellent vaisseaux séveux et forment, pour ainsi dire, le système circulatoire de la plante; les cellules de l'autre en sont l'appareil respiratoire et s'appellent vaisseaux aériens ou trachées.
Arrivons à la première feuille. — Voilà le pétiole qui rattache la feuille à la tige. Si petit qu'il soit, les deux appareils de la circulation séveuse et aérienne s'y croisent sans se confondre, et, de là, s'épanouissent, se diramifient dans la feuille par une infinité de nervures, la plupart visibles à l'œil. Là, que fait la sève? Peu contente de l'air que lui ont fourni précédemment les trachées , elle respire plus à l'aise, se décharge de ce qu'elle a de trop, prend ce qui lui conyient, absorbe de l'oxygène, exhale de Tacide carbonique, décompose celui-ci, en rejette l'oxygène, en retient le carbone , etc., etc.; elle ne reprend le chemin de la tige qu'après avoir acquis les propriétés convenables à la nutrition de la plante , à la production des fleurs et des fruits. Tout dans la forme et la situation de la feuille est approprié au succès de ces opérations vitales, et la plante parait le sentir si bien que, si vous essayez de tourner vers la terre le côté de la feuille qui regarde le ciel , elle lui fera reprendre sa position ; elle périra plutôt que de se prêter au renversement général de ses feuilles. En examinant ces der* nières, la grande différence d'organisation qui existe entre la face qui regarde en haut et celle qui regarde en bas, exf^que l'entêtement de la plante. On voit que , s'il y a des choses que la feuille demande au ciel , il y en a plus encore qu'elle demande au rayonnement terrestre et à la couche d'air placée entre elle et le sol, et que l'extrénie délicatesse des organes respiratoires et aspiratoires qui eou-