LIVRE I
nés pour la richesse ou la gloire, entassent, ici, denrées sur denrées, marchandises sur marchandises, or sur or; là, études sur études , livres sur livres ; plus loin , conquêtes sur conquêtes, royaumes sur royaumes. Ce qu'ils font n'est rien, comparé à ce qu'ils projettent :
Quatre Mathusalem bout à bout ne pourraient Mettre à fin ce qu'un seul désire.
Le vide croissant dans leur âme en raison de leurs efforts pour le combler, et la tristesse occupant le fond de leurs joies (1), ils s'irritent, ils se jalousent, ils s'en prennent les uns aux autres de leurs déceptions, ils s'entr accusent, s'entre-déchirent. Quand le fantôme du bonheur ne les met pas aux prises sur les champs de bataille, le spectre de la mort n'en vient pas moins frapper à chaque porte, promener son niveau sur toutes les têtes et les réduire à un je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue.
Méditez un peu ce spectacle, et vous reconnaîtrez, je pense, que l'espèce humaine est chose indéfinissable, si l'on n'admet pas la définition qu'en donne la philosophie catholique : Les hommes sont une famille destinée à jouir d'une vie supérieurcj dont elle doit faire l* apprentissage en ce monde; mais une famille dévoyée dés V origine ^ et que Jêsus-Christ est venu remettre dans le droit chemin.
En observant de près les facultés et les tendances de ces voyageurs, vous verrez que tous proclament et réclament Texistence de ces trois faits : un Dieu universel, un Christ universel , une Église universelle , et que les protestations contraires de leur bouche sont démenties à chaque instant par le cri de leur conscience.
1** Tous les hommes proclament et réclament V existence du Dieu universel. — Et d'abord, le corps humain, par son organisation, proclame le Dieu universel. De tous les corps vivants il est le seul qui soit en rapport avec l'universalité des êtres physiques, le seul qui puisse les dominer, les
(i) Proverbes, XIY y 13.
ilO LA PHILOSOPHIE DU CATÉCHISME CATHOLIQUE.
faire servir à ses usages. Cette propriété à part de notre organisme a fixé Fattentioa des anciens philosophes, notamment d'Aristote, qui définissait Tbomme, un petit univers (microcosmus); de Cicéron, qui, dans le IP livre de la Nature des dieux, nous a donné une magnifique description du corps humain; de Galien, à qui Tétude de ce chefd'œuvre arrachait des cris d'admiration. Ces grands esprits semblent avoir deviné, supposé qu'ils ne Faient pas lu, le 26® verset du P*" chapitre de la Genèse : Dieu dit : Faisons l'homme à notre image et ressemblance , et qu'il domine, etc.
L'esprit humain proclame et réclame le Dieu universel. Avant toute démonstration, la pensée de Dieu occupe le fond de notre àme ; c'est la lumière qui éclaire tout homnu venant en ce monde; lumière que le nuage des passions peut obscurcir, mais qu'il n'éteint jamais. Dès que nous voulons nous expliquer notre existence et quelque existence que ce soit, l'Être éternel se présente comme la seule explication possible. Nous ne pouvcms le repousser sans braver le cri de notre conscience, le cri universel de la nature, des plantes, des animaux, de la grande armée des deux. (V. V^ Fait.) Les hommes, il est vrai, se sont longtemps prosternés, beaucoup se prosternent encore devant des dieux particuliers , nationaux , qui n'ont rien de commun avec le Dieu universel; mais c'est là l'œuvre des passions en délire , contre laquelle ne cesse de protester Vâme naturellement chrétienne des idolâtres, comme le faisait observer TertuUien (i).
(1) «Voulez-vous que nous prouvions l'existence de Dieu parle témoignage même de l*ârae, qui, malgré la prison du corps, malgré les préjugés «l la mauvaise éducation , malgré la tyrannie des passions , Veschvage des faux dieux, lorsqu'elle se réveille comme de l'ivresse on «I'qb proiond sammeil, lorsqu'elle recouvre, pour ainsi dire, la santé, invoque Dieu sous le seul nom qui lui convienne : Grand Dieu! Bon Dieu! Ce gui plaira à Dieu? Ce langage est dans la bonclie de tout le monde. Elle le reconnaît aussi pour j uge par ces paroles : Dieti le voit ; Je mets ma ecnfiance en Dieu ; Dku me le rendra. G témoignage de l'âme naturellement chrétienne! Et en disant cela, elle ne regarde pas le Capitoie, mais le ciel 9 elle «ait^fue <;'«fli là que