‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 92 sur 230 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

de Dieu et du Sauveur deg hommes qu'il entrât en maître dans cette nature humaine qu'il venait relever? N'était-il pas convenable que V Homme nouveau , infiniment supérieur au premier homme, fût au moins, comme celui-ci, l'œuvre immédiate de Dieu dans sa chair aussi bien que dans son âme ?

Quant aux esprits faibles qui se scandaliseraient de cette conception surnaturelle, il faut leur dire : Si vous aviez un peu réfléchi sur le miracle de la génération humaine, vous trouveriez que, en cette matière, c'est l'intervention de l'homme et non celle de Dieu qui étonne. Que le Créateur organise un corps humain et lui unisse une âme, rien de plus naturel, car c'est là une œuvre dont le Tout-Puissant est seul capable; mais que les hommes aient été associés à cette création admirable, eux qui n'y comprennent absolument rien, voilà ce qui émerveille le philosophe judicieux,

D. C'est vrai; mais pourquoi Jésus-Christ, dans l'Évangile, prend-il si souvent le titre de Fils de Vhomme?

R. Notez bien qu'il s'appelle Fils de Vhomme^ et non Fils des hommes, d'un homme^ tel que nous sommes tous. Par ce titre mystérieux il rappelle la mystérieuse promesse faite à l'homme déchu ; il se présente comme le Fils promis à Adam, mais promis comme semence de la femme, et destiné à détruire l'œuvre de l'homme, séduit par la femme, séduite elle-même par Satan (1). Et ce nom de Fils de l'homme, Jésus-Christ le conserve jusqu'au jour de son baptême, alors que Pilate, le présentant au ciel, à la terre, à l'enfer, dit sans savoir ce qu'il disait : Voilà V Homme ! 11 entrait, en effet, dans les miséricordieuses exigences de la justice divine que l'Homme payât la dette de l'homme, ainsi que j'ai tâché de l'expliquer ailleurs (2).

D. Pourquoi la conception de Jésus-Christ est-elle attribuée au Saint-Esprit?

(1) Genèse, UI, 15.

(S) La Science de la vie, 1. 1, leçon xxviii ; l. Il, leçon xxix.

â34 LA PHILOSOPHIE DU CATÉCHISME CATHOLIQUE.

B. Quoiqu'il soit bien entendu , parmi tous les oatho<liques instruits, que les attributs divins absolus et les œuvres qui en émanent sont communs aux trois personnes divines, cependant un usage consacré par les saintes Écritures veut que l'on rapporte spécialement à chaque personne l'attribut et les œuvres analogues au trait qui caractérise cette personne dans la famille divine. Ainsi, le Père étant la principe sans principe^ le principe générateur du Fils, le principe, avec le Fils, dont procède la troisième personne, on lui attribue spécialement la puissance productrice. Le Fils étant engendré par voie d'entendement, étant le Verbe^ la parole , Vimage consubstantielle par laquelle le Père s objective parfaitement à lui-même, on lui attribue spécialement la sagesse. Le Saint-Esprit procédant de Tamour du Père et du Fils , on lui attribue spécialement les œuvres de l'amour divin.

Dans la création de l'univers physique, de l'ange et de l'homme, le Père apparaît comme cause créatrice; le Fils ou le Verbe, comme cause ordonnatrice; le Saint-Esprit, comme cause inspiratrice, conservatrice et consommatrice. Ces êtres, que la puissance divine a fait passer d'une existence purement possible à une existence réelle ; ces êtres, que la sagesse divine a parfaitement coordonnés , l'amour divin les embrasse, pour ainsi dire, avec effusion^ les conserve et les presse de marcher vers le but élevé que leur assigne le Dieu infini en puissance , en sagesse , en amour.

De cette appropriation à FEsprit-Saint des œuvres de la charité divine, il s'ensuit qu'on devait lui attribuer la conception de Jésus-Christ, laquelle est le plus grand effort de l'amour de Dieu pour les hommes, bien que cet acte de la puissance divine soit commun aux trois personnes.

Avant de finir sur ce sujet, il est bon de faire observer qu'il ne faut pas confondre la conception de Jésus-Christ avec l'incarnation du Verbe. Quoique accomplis simultanément, et tendant au même but, ces deux actes divins diffèrent essentiellement. La conception renferme trois

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choses : formation du corps de Jésas-Christ de la substance corporelle de la Vierge, création de sou âme, et union de sou âme à sou corps; trois choses opérées par un acte transitoire de la puissance du Père, du Fils et du Saint- Esprit, Mais Vincamaiion est l'acte par lequel le Fila de Dieu, le Verbe éternel, s'est uni personnellement l'àme et le corps à l'instant même de leur création et union dans le sein de la Vierge; acte permanent, qui a commencé, mais qui ne finira pas, le Verbe ne devant jamais cesser d'être le Dieu-Hoipme ; acte personnel , hypostatique , et qui lui est par conséquent exclusivement propre. Comme Fils , comme Verbe, il n'est ni le Père, ni le Saint-Esprit; or il s*est uni la nature humaine eu sa qualité de Fils, de Verbe : il est donc, des trois personnes divines, la seule qui se soit faite homme.

Est né de la Vierge Marie.

D. Vos considérations précédentes ont fait justice des objections ordinaires contre cette partie du troisième article.

B. Laissons donc les objections, pour admirer le divin à propos avec lequel la Vierge Marie occupe, dans le Symbole , la première place après le Père , le Fils et le Saint- Esprit.

Le Symbole des apôtres devant être le drapeau de la résurrection morale du genre humain, il importait d'y faire resplendir la femme, partout méconnue, avilie, annulée.

Vous savez ce qu'était devenue cette compagne, donnée par le créateur à Thomme pour aide dans sa tâche divine de procréer et d'élever les hommes. Elle était dans l'ancien monde ce qu'elle est encore chez les nations infidèles de l'Asie, de l'Afrique, de FOcéanie ; une proie jetée par les dieux on le destin aux appétits brutaux de l'homme. L'idolâtrie , il est vrai , l'avait fait monter sur les autels, mais

seulement à la suite de Thonime, et pour que cdui-ci continuât dans les cieux la vie bestiale qu'il menait sur la terre. Les déesses n'étaient que l'apothéose de la prostitution.

Pour rétablir le caractère primitif de la femme , il ne fallait rien moins que le culte de la Vierge, qui, selon la parole des prophètes, aurait conçu, mis au jour, porté dans ses bras, nourri de son lait Y Emmanuel ^ le Dieu^ avec-nous.

En effet, qu'est-ce qui avait dégradé le sexe dans l'ancien monde? qu'est-ce qui le dégrade encore là où il n'est pas ce qu'il doit être ? C'est l'idée exagéra de sa faiblesse, du besoin qu'il a de s'attacher au sexe fort; ce qui accrédite l'idée païenne que la femme n'existe que pour le service de l'homme. Pour s'attacher l'homme, la femme flatte ses vices, et l'homme vicieux rend à sa corruptrice son juste salaire, le mépris. Je vous ai signalé ailleurs le résultat de la corruption du sexe chez les Grecs, les Romains, les barbares actuels de l'Asie, et la remarque de Montesquieu sur ce sujet (l).

Comment la femme se relève-t-elle? En disant , dès le premier Age : « C'est Dieu qui m'a faite, et il ne m'a faite que pour lui : je ne connais point d'homme, et je n'ai nul besoin d'eu connaître ; Dieu me suffit ! »

Quand toute la conduite d'une jeune personne dit cela, l'homme s'incline devant cet être supérieur; son amour s'épure, s'élève : il aspire autant à l'union de Fâme qu'à celle du corps. Alors la vierge peut aller au pied de l'autel recevoir le caractère sacré d'épouse. Sans sortir de sa modeste condition, elle aura l'ascendant nécessaire pour remplir sa fonction céleste : soutenir la vertu de son époux ou la faire naître, et donner à un père vertueux des enfants encore plus vertueux.

- Mais quel est le principe générateur de la vierge, génératrice elle-même de l'épouse et de la mère chrétienne?

(t) Voy; Deuxième fait, ch. 3.

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