‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 93 sur 230 · LIVRE u · texte numérisé non relu

LIVRE u

C'est d'abord l'adoration du Père, et du Fils et du Saint- Esprit ; c'est ensuite une vénération profonde pour la Vierge des vierges , pleine de grâce , bénie entre toutes les femmes par le Père tout-puissant; choisie dès le commencement par le Fils unique du Très-Haut pour être sa mère ; fécondée par l'opération du Saint-Esprit, et donnant au genre humain son sauveur, son pontife et roi éternel.

En faudrait-il davantage pour justifier, aux yeux du philosophe chrétien, le culte que les enfants de l'Église catholique n'ont cessé de rendre en tout temps , en tout lieu, à la bienheureuse Vierge Marie?

D. Le culte de la Mère de Dieu, renfermé dans de justes bornes, m'a toujours paru un devoir très-naturel pour le croyant au Fils de Dieu fait homme, et je ne vois pas pourquoi les protestants, au lieu de se borner à relever certains abus de cette dévotion, attaquent si aigrement la dévotion elle-même.

R. Si vous ne le voyez pas, c'est un peu votre faute. Les protestants , même les moins imprégnés du principe qui produisit le protestantisme, se ressentent plus ou moins du vice originel de leurs églises. En Allemagne, en Suisse, dans les Pays-Bas, en Angleterre, quels furent les porteenseignes des révolutions religieuses du seizième siècle ? Ce furent les dignes enfants et imitateurs du prophète Luther, qui, déclarant antichrétien, satanique^ abominable le vœu de virginité, se purifia de cette souillure papistique en débauchant une religieuse. Comment voulez-vous que cette ineute de prédicants , échappés la plupart du cloître , du presbytère, et assiégeant les couvents de filles pour y trouver des femmes, n'aboyât pas contre le culte de la Reine des vierges, et n'en fit pas le sujet de ses stupides accusations contre l'Église de Jésus-Christ ? Or, l'accusation absurde d'adorer la Vierge et les saints une fois jetée aux catholiques par les pères de la glorieuse réforme, n'était>-il pas naturel qu'elle restât pour les enfants du libre examen un article de foi ou, au moins, une arme de guerre?

Vous voulez que ce culte soit contenti datis de JdMeâ bornes ? C'est aussi ce qu'a toujours entendu TÉglise catholique. Mais savez- vous quelles sont ces justes bornes? Les voici : Pourvu qu on n'attribue pas à Marie la nature divine, il est juste de lui rendre tous les honneurs qu'il est possible de rendre, de lui exprimer tous les sentiments de reconnaissance, d'amour et de confiance qu'il est possible d'exprimer à une créature. En l'élevant au-dessus, non-seulement de la famille humaine, mais de la famille angélique; en lui donnant la première place au-dessous du trône du Père, du Fils et du Saint-Esprit, on ne fait que reconnaître le fait accompli par l'auguste Trinité ; on ne fait que traduire dans le culte chrétien le troisième article fondamental de la foi chrétienne : Il est né de la Vierge Marie!

Oui , le culte de la Mère de Dieu tient aux entrailles înômcs du christianisme, ainsi que je l'ai dit dans un autre ouvrage, où, par un parallèle des deux Èves, j'ai fait voir quelle étonnante révolution le christianisme a opérée dans le rôle assigné à la femme par le plan primitif du Créateur (1). Ici , je m'en tiens au résultat de ce culte, qui est la bonne éducation des hommes, c'est-à-dire la civilisation. Mon raisonnement n'est que l'expression de ces trois faits :

Ce sont les femmes qui élèvent les hommes ; — c'est le culte de Marie qui élève les femmes ; — la civilisation est en hausse ou en baisse, selon que la dévotion à Marie produit plus ou moins son véritable fruit.

D. Quel est ce fruit ?

R. Le fruit delà dévotion, c'est l'fmîïaf ton. î^es statues, les tableaux, les autels, les dorures, les chants, les illuminations, les pèlerinages, les confréries, etc., sont les fleurs sans lesquelles il n'y a pas de fruit ; mais le fruit , c'est la multiplication des imitatrices de la Vierge-Mère. Je veux dire la multiplication des vierges qui , sans cesser d'être vierges , deviennent mères des orphelins , des orphelines ;

(1) V. Solution de grands problèmes, t. ft, cti. 55-67.

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