LIVRE II
niaient, en tout ou en partie, la réalité des souffrances, du crucifiement, de la mort et de la sépulture de Jésus-Clirîst, prétendant que ces choses n'avaient eu lieu qu'en a|)parence. Cette hérésie étant morte, passons h l'hérésie morale, éternellement \i vante parmi les hommes.
Cette hérésie consiste à nier formellement ou implicitement la nécessité pour nous de souffrir , de porter notre croix, de mourir et de descendre dans le tombeau.
Nier formellement l'obligation pour les chrétiens de souffrir, de crucifier leur chair avec ses convoitises ^ de se dépouiller du vieil homme et de ses désirs corrompus^ pour se revêtir du nouvel homme, créé dans la sainteté et la jus^ lice (1) , c'est être formellement hérétique ; c'est fouler aux pieds toutes les pages de l'Évangile , toutes les pratiques des siècles chrétiens ; c'est renouveler les dogmes édifiants de Luther, de Calvin, de Bèze, de Zuingle, etc., abolissant, comme d'exécrables superstitions, l'abstinence, le jeûne, toutes les pratiques affligeantes pour la chair, en vertu de ces principes du pur Évangile : Le Christ ayant souffert et étant mort pour l'expiation de nos péchés , prêcher aux chrétiens Vobligation des souffrances, de la pénitence, comme font les papistes j c'est nier les mérites du Rédempteur; c*est m^épriser la liberté chrétienne, qui consiste à se sauver uniquement par la foi aux mérites de Christ , sans se charger* de ce bagage des bonnes oeuvres , qui ne sert qu'à entraîner les âmes en enfer.
II est juste de le dire , cette hérésie est généralement morte dans les églises protestantes , et même elle n'y a jamais produit tous ses fruits de mort, gn\ce au vieux fonds de foi et de mœurs catlioliques que la réforme n'a pas détruit dans ses victimes. Que s'il se trouve encore , par-ci par-là, des prédicants méthodistes qui prêchent assez crûment la liberté de Vâme et du corps, et qui, renouvelant le commentaire de Luther sur le texte de saint Paul : Où le
(1) ÉpUre aux Épkés,, W, 22*24.
%i% LA PHILOSOPHIE DU O^T^^^lilSME CATHOLIQUE.
péché a çkbondi , la grâce smabonde , diseqt que le vrai moyen de fs^ire éclater en nous la grâce , c'est d'y faire abonder le péché ; vous comprenez qu on ne doit p^g s am^8er à réfuter ces gens-là.
D. Non; on se contente de les signaler à la police.
R. C'est en effet le devoir de tout bon citoyen, catholique ou protestant.
Mais si Thérésie formelle sur ce pqipt est rare dans le camp de Fhérésie, Vhérésie implicite est extrémemfint commune, même au sein des croyants.
Que de frais d'imagination , que de sophismes pour se dispenser de Tobligation de souffrir, 4p ^^ mortifier, pour éloigner la pensée si salutaire de la mort , le spectacle à édif^ut du tombeau !
Cependant , quel bien réel peut-on se faire à soi-même , peut-on faire à sa famille , à son prochain ; quels services peut-on rendre au public , à l'État , sans qu'il &i coûte des privations, des sacrifices plus ou moins douloureux ? Indiquez-i^oi , depuis le trône jusqu'à l'échoppe et la chaumière, la condition sociale où le cruqfieypkeii^t qi^otidien ne soit pas obligatoire. Que de tentations funestes ne çèdçnt qu'à la pensée de la mort ! Que d'idoles peuvent fondre d'un seuji regard la vertu la plus solide , si l'on |ie se réfugie dans le tombeau poi(r se demander pe qu'elles serofit demain, ce que ^Q^s seroiis nous-m^es !
Or comment familiariser les hommes, sinon ç^yec V^^ME>ur, ^u moins avec l'acceptation volontaire et résigna des privations , des gênes , des sacrifices insépara))le3 d^ l'accomplissement des devoirs généraux du chrétien et ^çs d^voir^ spiéci^ux de chacun.^ Comment faire accepter à tops la tàcho iwiverselle du travail? Comment réprimer la passion des jouissances énervantes du luxe dans les hwtjes classeg , et des jouissances grossières et abrutissai^tçi^ (U^ le petjf peuple ?
Là est le problème de la civilisation. Qu'on l'agite tant qu'on voudra , il n'a qu'une sijplii^tic^i P(^i|h|ç : |a (pi ^i-
v^ntc, ardente en ce Fils unique du ^>ès-Hant qui , depuis rétable de Bethléem jusqu'au gibet du Calvaire , a youlu embrasser ; dans ce qu'ils ont de plus affreux, le trayaij^ lu pauvreté, la douleur ; et pourquoi? Pour notre salut dans le temps et 44ns l'éternité ; pour donner un senp à ces paroles que , sans son ex^ple ^ pous n'aurions jamais comprises : Heureux tes pauvres^ heureudf ceux qui vivent daM les souffrances et les larmes ! Jl^alheur à ceux qui ch^rcl^f leur consolatian ici-bas !
Partisans sincères et judicieux du progrès socfal^ lai^^ IjBs théories des éconoinistes , et ne négligez rien pour Réveiller, av|ver, propager la foi ep cet article :
» Qui a souffert squs Ponce Pilate , a été pri^;ifié y ç^. mort, a été ei)iseveli. »