‹ La Philosophie Du Catéchisme CatholiqueChapitre 98 sur 230 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

la bonne nouvelle à ceux qui l'attendaient depuis tant de siècles et qui devaient, les premiers, en goûter les fruits éternels. En entrant dans le paradis promis au larron, le Sauveur dit à ses heureux habitants : Encore quelques jours, mes amis, et je vous introduirai dans le royaume que le Père vous a préparé dès l'origine du monde, et dont je viens de vous ouvrir les portes ! Et en attendant le jour de l'Ascension, ces Ames bienheureuses goûtaient le bonheur du ciel ; en voyant le Verbe divin indissolublement uni à Tàme du Rédempteur, elles passaient du sein d'Abraham dans le sein de leur Dieu.

Voilà qui est certain ; voici qui est infiniment probable. Le Sauveur visita aussi les âmes justes encore débitrices de la justice divine, mit fin à leurs souffrances, et leur annonça qu'elles feraient partie du cortège infini de Captifs qui ornerait son entrée triomphante dans le ciel, cortège salué de loin par les prophètes (1).

Quant à l'enfer éternel dans lequel il n'y a point de rédemption, le Rédempteur y parut-il ? — Parmi les Pères et docteurs catholiques, il y a, pour l'affirmative, quelques noms imposants, pas assez toutefois pour en faire, je ne dis pas un point de croyance, mais une opinion théologique bien plausible (2). Voici, selon moi, comment on pourrait, en conciliant l'opinion affirmative avec l'opinion négative, fonder une opinion théologiquement très-innocente et trèsacceptable :

Si, dans son infinie sagesse, Jésus-Christ crut devoir apparaître dans le séjour des éternelles douleurs, ce fut comme juge suprême des vivants et des morts, comme roi de toutes les créatures, prenant possession des prisons de son éternel royaume, et contraignant ses ennemis obstinés, les superbes contempteurs de sa miséricorde, à fléchir le genou sous le sceptre de sa justice , selon cette parole de

(1) V. entre autres, Osée, XIII, 14. -^ Psaume LXVII, 19.

(2) V. Petau, Dogmat. fheolog., t. V, de Incaijiat^ I. XITI, cap. 15-J8,

l'Apôtre : // s'est huniilié lui-même en se faisant obéissant jusqu'à la mort^ et la mort de la croix; c'est pourquoi Dieu Ta élevé et lui a donné un fiom qui est aurdessus de tous les noms , afin que^ au nom de Jésus, tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers (l).

D. Serait-îl contraire à la foi de dire que le Christ s'étant chargé d'acquitter la dette des hommes dans toute son étendue , il pouvait entrer dans le plan de réparation que le gérant de l'humanité souffrit momentanément la peine de Tenfer ?

R. Oui, certes ; et sur quoi fonderiez- vous cette opinion qui soulève d'horreur la conscience chrétienne ? Dans un hymne, que l'Église invite le prêtre à réciter chaque jour après le saint sacrifice, il est dit qu'une pelite goutte du sang de Jésus-Christ eût suffi à purifier tout le monde de ses

iniquités (2). La raison elle-même, bien consultée, ne jugct-elle pas qu'une humiliation, qu'une souffrance quelconque du Dieu-tlomme était d'une valeur infinie ? Que si le divin Sauveur, au lieu d'une goutte, a voulu répandre tout son sang et épuiser le calice des plus affreuses humiliations et souffrances, ce n'a pas été précisément parce que la justice divine exigeait tout cela, mais parce qu'il ne fallait rien inoins que tout cela pour triompher de notre sensualisme, de notre profonde antipathie pour les œuvres d'expiation et de pénitence. Après ce mot de la victime expirante : Tout est consommé 1 à quoi aurait servi cette réprobation momentanée du Fiis de Dieu, cette dégustation des peines éternelles, et, par conséquent, du désespoir des damnés, lequel est la plus terrible de leurs peines ? Laissez donc cette al)ominable idée au plus noir théologien du protestantisme, à Calvin, qui l'a soutenue, en effet, dans son Institution^ chrétienne (lit. tl, c. 16).

(1) Ép, aux Philipp., Il, 8-10.

(2) Cujus una stilla salvum facere

Totam mandam qalt ab omni scélere.

(Khyltïmùs 1S. Thorn» AqiiiQ., îh H^sati A>m.)

LivkE H. 24?

Et le troisième jour est ressiisciti d'entre les morts.

D. Voilà encore un grand mystère j mais qu'il n'est pas facile de contester une fois que Ton a admis les autres.

E. Oui, Yous devez comprendre que les này stères de la foi chrétienne forment un tout indivisible, et que, pour en repousser un, il faut les repousser tous, même le premier, qui n'est pas le moins profond : le mystère d'un Dieu éternel, infini. Il faut se renfermer dans le scepticisme absolu. Alors on est vraiment libre penseur, c'est-à-dire un poltron qui, par crainte de la vérité, ne pense pas en religion et se barricade dans son ignorance.

Le mystère de la résurrection de Jésus-Christ est la conséquence nécessaire du mystère de l'incarnation et de la rédemption. Le Fils de Dieu ne s'est fait homme et ne s'est livré à la mort de la croix que pour expier dans sa chair et abolir les iniquités qui plaçaient les liommes sous l'arrêt de la double mort de l'ame et de la chair pour le temps et pour l'éternité. L'œuvre de l'expiation achevée, ne fallbit-il pas que cette chair lacérée sur la croix et descendue saris vie dàhs le tombeau, pdur le salut de toii^, en soHît pteine d'une vie nouVelle, d'tiilé vie divine, glorieuse, iitipëHssable, potir dire à tous : Courage ! Le Christ est ressuscité^ d'entre lés morts, cofnme préMcl^s de cètix qui dorment encore dans la pàUssière; car, puisque la ntort est pdr tin senl homme, la résurrection des morts est pdr Uh seul Homme, et de même que toiis meUHnt en Adam^ toué seront titifiés en Jésus^Christ ; mais chacun en son rang , d'abord te Christ comme prémices, ensuite cèuài qui sont du Chrièt (1).

tM tésilrréctioli de Jésus-Christ, éomme preuve de sa diVinîté et gage de ûôtfe i^ésûrhjctibtl. est la bief de toute en système bhrétieh. Si lé ChHst ri est point ressusiôit)i ,

(I) Saint Paul, Prem. ép, aux Cwinth., XV, ^0-23.

2i8 LA PHILOSOPHIE DU CATÉCHISME CATHOLIQUE.

disait saint Paul, vaine est noire jyrêdicalion^ et vaine aussi est votre foi (1).

Le doute sur ce point ébranle tout Tédifice de la foi, et tue la vertu, cette divine énergie de Tàme qui la rend supérieure à la tyrannie des sens et lui fait dire au corps : Marche, pauvre aveugle, dans la voie des commandements, la seule qui puisse te préserver des souffrances étemelles et te conduire à la vie et aux jouissances qui ne finissent pas !

La résurrection morale des hommes n'est possible que par une foi vive à la résurrection de la chair, comme nous le verrons à l'article onzième.

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