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LE KEXOLVELLEMENT DU LANGAGE

dire jone au lieu ÔlQ jône (jauue), parce qu'il possède par ailleurs Vô fermé, — il est plus ou moins impuissant à faire acquérir des articulations nouvelles. Si l'on songe aux efforts persévérants qui sont nécessaires pour arriver à prononcer — généralement très mal — une langue étrangère, on conçoit qu'il soit à peu près impossible, surtout pour des adultes, d'enrayer les évolutions phonétiques de leur propre langue. Toutes les exhortations des grammairiens au XIX® siècle n'ont pu faire rapprendre aux Parisiens VI mouillé qu'ils avaient transformé en y (travailler >- travayé) : il aurait fallu, pour arriver à ce résultat, que toute la population se soumît à des exercices de phonétique expérimentale — ce qui rentrait évidemment dans le domaine de l'utopie, même si le palais artificiel avait été inventé du temps de Littré.

Tout concourt donc à rendre rares les actions et réactions de la volonté à l'égard des évolutions du langage. Encore celles qui ont lieu ne s'exercentelles que pour l'assimilation de la langue d'un individu à celle du milieu ambiant, et jamais en sens contraire : car la moindre altération du langage risque de diminuer la compréhension. Les initiatives individuelles sont plus nombreuses, il est vrai, sur le terrain lexicologique : mais ici encore les métaphores comme les néologismes doivent se modeler sur des phénomènes et des mots analogues, obéir aux tendances générales et actuelles de la langue, sous peine de ne pas être saisis à première audition par l'interlocuteur.

De toute façon l'action de la volonté, lorsqu'elle

se produit, ne saurait être alléguée pour mettre en doute le déterminisme linguistique — pas plus que le fait de détacher avec la main la boule de liège qui a été attirée par un conducteur électrique ne porte atteinte aux lois de l'attraction :

« Les faits de déformation volontaire — a dit très justement M. Vendryès à propos des lois phonétiques* — ne compromettent pas plus le principe de l'évolution phonétique, que les mutilations voulues de certaines peuplades océaniennes ne compromettent le principe de l'évolution physiologique. »

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