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LE REXOLVELLEMENT DU LANGAGE

de conscience. Ceux-là se produisent simultanément chez les individus d'une génération donnée dans un même groupe social ; ceux-ci se propagent par voie de rayonnement et d'imitation : entre les deux types extrêmes, les intermédiaires sont en nombre infime.

La continuité des évolutions n'est jamais parfaite, théoriquement surtout, puisque le langage est transmis à travers les générations successives. Cependant elle peut, en fait, être considérée comme à peu près complète pour la majorité des changements phonétiques^; la discontinuité s'accentue à mesure qu'on descend l'échelle des phénomènes.

La régularité et la nécessité des évolutions du langapre vont également en s'atténuant de façon parallèle. La rigueur des changements phonétiques, qui se formulent en lois très précises, est particulièrement remarquable. Les transformations des flexions offrent encore une grande régularité, mais elles laissent toujours quelques résidus : aussi, au sens étroit du mot, n'y a-t-il pas de lois morphologiques. Les phénomènes lexicologiques spontanés, tout en obéissant aux mêmes causes analogiques, présentent déjà plus d'hétérogénéité; les emprunts ' étrangers sont encore plus difficiles à classer. Quant aux créations savantes, bien qu'elles dépendent de certaines conditions générales, elles ne sont soumises à aucun déterminisme.

Dans quelle mesure les évolutions du langage s'imposent-elles à l'individu? La volonté, peut-elle

1. C'est-à-dire en mettant à part les évolutions spéciales telles que dissimilation, métnlhèBe, etc. (Ci-dessous pp. 70-72.}

réagir? Permet-elle — et jusqu'à quel point — de s'y soustraire? Il y a, dans l'histoire du langage, des phénomènes conscients, spécialement dans le domaine lexicologique : très rares autrefois, ils deviennent aujourd'hui un peu plus fréquents au fur et à mesure que la civilisation s'affine et qu'une plus grande quantité d'individus s'intéresse aux moyens d'expression, écrits ou oraux, de la pensée humaine.

La volonté, en règle générale,' n'exerce pas et surtout n'exerçait jadis aucune action sur la langue, parce que la forme du langage est indifférente à l'immense majorité des hommes qui ne voient que le but, et qui, dans la parole, ne songent qu'à l'échange des pensées. Mais si l'attention est attirée «ur les signes, le jour où on s'occupe de la physionomie, orale ou écrite, des mots, la volonté peut évidemment altérer les phénomènes, avec plus ou moins d'efforts suivant qu'il s'agit de la prononciation, des formes grammaticales ou du vocabulaire. Les difficultés qu'on éprouve à modifier ses habitudes de langage sont d'ailleurs telles qu'elles suffiraient à elles seules à arrêter, en général, de telles velléités.

D'ailleurs l'individu n'a, le plus souvent, aucun intérêt à modifier son langage, si ce n'est pour se rapprocher de l'élocution en faveur dans une autre classe sociale, ou dans une région différente de la sienne. C'est ce désir de « mieux parler » qui est la cause de la plupart des changerfients conscients : encore s'il peut substituer l'un à l'autre, da: 3 les mots, des soiis familiers — si le Méridional peut

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