Z INTRODUCTION
Le langage a deux aspects : les sons et les sens. La parole est un ensemble de signes sonores, et elle a pour but l'expression, la transmission de la pensée entre les hommes. De ces deux éléments, c'est le second qui domine dans l'esprit de ceux qui parlent ou qui écoutent : on pense au sens, on ne prête guère attention à la forme des mots. Et néanmoins — sinon pour cette raison — cette forme joue un rôle prépondérant^dans les évolutions du langage. Tandis que nous songeons simplement aux idées exprimées ou à émettre, les changements qui affectent la prononciation et la physionomie externe des mots nous échappent à peu près complètement. Presque tous les linguistes reconnaissent aujourd'hui l'inconscience des phénomènes du langage, qu'il s'agisse des transformations subies par les voyelles et les consonnes, ou des analogies qui modifient les termes isolés et les systèmes de flexions grammaticales.
A un moment quelconque de son histoire, l'édifice complexe que constitue un idiome donné, s'explique et ne s'explique qu'historiquement : la raison d'être de ses caractères généraux comme de ses particularités ne doit être cherchée que dans ses antécédents et ne saurait être demandée à la logique, comme s'il s'agissait d'un système rationnel conçu d'avance et réalisé suivant un plan méthodique. Les grammairiens de jadis, en méconnaissant ce principe capital, ont fait fausse route.
Le langage est transmis oralement d'une génération à l'autre. Le fait capital est l'apprentissage que font les petits dans la famille : l'école, le livre, le