LES MÉTHODES
La méthode linguistique, ses caractères.
l. — La statique du langage. — La linguistique descriptive;
la classification des langues. — La classification aes sons;
rapports entre la hauteur, la durée, l'intensité et le timbre.
— Morphèmes et flexions; classification des mots: syntaxe
descriptive ; monographies et études comparatives. 11. — Cinématique et dynamique. — Les évolutions et les lois.
Les changements des sons. — Les phénomènes analogiques :
réorganisation des flexions, irradiation, fausse perception ;
la syntaxe historique.
Chaque science a une méthode distincte, suivant son objet et ses moyens d'investigation ; cette méthode devient consciente peu à peu, lorsque la science, sortie de la période de tâtonnements, est définitivement maîtresse d'elle-même, et a obtenu une somme de résultats qui permet de cautionner la valeur de ses procédés de recherches. C'est au technicien, dans chaque ordre de connaissances, qu'il appartient de la dégager et de la synthétiser.
après s'être instruit auprès des philosophes : car il y a des règles générales de méthode qui dérivent des lois mêmes de la pensée, et les différentes sciences sont trop étroitement solidaires pour pouvoir s'ignorer les unes les autres.
La linguistique emprunte des éléments à la psychologie et à la physiologie, sciences de l'individu, ainsi qu'aux sciences sociales. De ses deux branches essentielles, l'une, la phonétique, étude des sous du langage, a un point de départ physico- ( physiologique; l'autre, la sémantique, analyse les rapports entre les sons et les concepts. La phonétique, longtemps négligée, a ensuite attiré l'attention et les efforts de la majorité des travailleurs : aussi a-t-elle aujourd'hui singulièrement dépassé sa rivale dans la voie do la perfection scientifique, par la rigueur do ses lois, par une approximation plus grande de la vérité.
Gomme toutes les sciences inductives, la linguistique part de l'observation des faits pour s'élever à la détermination des lois.
Auguste Comte et Herbert Spencer, qui furent pourtant les contemporains et même les cadets des Bopp et des Diez, avaient oublié la linguistique dans leur classification des sciences. Mieux informés, les philosophes modernes lui ont assigné une place très précise dans les sciences sociales ^ Mais ils ont
1. E. Goblol, Essai sur la classification des sciences^ Paris, 1898, pp. 223-224. Mais les philosophes ignoraient encore à cette époque la science linguistique. M. Goblot en effet {op. cit. p. 206), parlant d' « une science purement spéculative des conditions et lois générales du langage», ajoutait : « Cette science,
attendu longtemps, jusqu'à une époque toute récente, de la part des linguistes un premier essai de synthèse générale qui vînt combler cette lacune dans la méthodologie des sciences.
Il serait faux d'en conclure que les linguistes aient travaillé sans méthode, ou même se soient désintéressés des questions relatives à la philosophie du langage. Cette méthode, nous avons tu^ dans les chapitres précédents comment elle s'est formée à la double lumière de la grammaire comparée et de la grammaire historique, à travers les différentes théories et les écoles successives, qui non seulement ont apporté des idées et des procédés nouveaux de recherche, mais ont en outre singulièrement élargi le champ, jadis restreint, des investigations.
Malgré les récentes recherches relatives à la philosophie du langage, les philosophes, toutefois, reprochent aux linguistes de ne pas être suffisamment venus chez eux : critique en partie fondée, qui explique peut-être la répugnance, la froideur des philologues à l'égard de la synthèse méthodologique. C'est aussi pour cette raison, — sans parler des lacunes encore imparfaitement comblées — qu'ont surgi entre philosophes et linguistes des antinomies (pour employer l'heureuse expression de Victor Henry), résolubles, semble-t-il, par un travail en
entrevue déjà et commencée bien des fois, puis discréditée, abandonnée ou plutôt ajournée... » Ce n'était pas exact en 1898, ce le serait encore moins à l'heure actuelle, après les récents travaux de synthèse qui ont vu le jour. Mais ce passage suffit à prouver que les philosophes ont ignoré aussi longtemps les linguistes que les linguistes les philosophes.
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commun. Là encore les linguistes se sont trop isolés, moins encore des psychologues que des logiciens, l'our ne rappeler que deux faits capitaux, les uns et les autres ne sont d'accord, ni sur la constance des lois phonétiques, ni sur l'inconscience des phénomènes sémantiques. Ce n'est que tout récemment qu'on a songé à confronter les méthodes d'induction avec les faits phonétiques : et pourtant il est bien videiil <iue, philosophiquement, une loi de succes- >ion n"a aucune certitude tant que la valeur de l'induction n'est pas légitimée, et tant que le rapport
• ntre l'antécédent et le conséquent n'est pas logiquement et rigoureusement d«'»lrTminé. — Il faut donc souhaiter une coopération plus active entre linguistes et philosophes, et encourager les efforts
• les travailleurs (jui s'orientent dans cette direction.
Comme la mécanique, comme la biologie, la science du langage a sa statique, sa cinématique et sa dynamique, suivant qu'on examine les phénomènes qui
• xistent et s'équilibrent à un moment donné, — les évolutions ou les phénomènes en mouvement, — et les forces qui conditionnent les évolutions et qui -e traduisent par des lois. Trois aspects qu'il import»^
le mettre successivement en relief — et que domiiir ' u'alement la division capitale ou phonétique vl sémantique *.
1. Dans son Einfûhrung déjà citée, M. Meyer-Lùbke distingue trois niélliodes — je dirais plutôt trois aspects des recliorclies linguistiques : 1° systématique (qui se heurte à de grosses diflicultés, surtout dans les langues romanes); — 2° biologique, c'est-à-dire problèmes qui ont le caractère le plus gênerai