‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 19 sur 73 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'évolutionnisme

Nul plus que nous n'admire les efforts tentés par M. Spencer pour unifier nos connaissances, pour arriver à une conception homogène de Tunivers. Les aptitudes personnelles de ce chef d'école sont ici hors de cause. Seuls, le résultat net de ses travaux, la valeur objective de la systématisation philosophique à laquelle il aboutit, sollicitent notre critique.

Or, on peut considérer la doctrine de l'évolution à deux points de vue. L'un consiste à s'enquérir des origines et des affinités de cette philosophie, et l'autre à se demander si elle réalise Taccord, même approximatif, avec les données actuelles des sciences, — accord qu'elle nous présente comme son principal avantage sur tous les essais antérieurs.

Le premier de ces points va nous arrêter quelques instants ^

Ainsi que tous les systèmes modernes, l'évolulion-

1. La seconde question sera traitée dans le chapitre XII de ce volame.

nismc est une philosophie mixte ou éclectique, une nouvelle manière d'exposer des théories qu'on rencontre déjà, à rétat de germes assez développés, dans les plus anciennes généralisations des matérialistes et dans les premiers essais philosophiques des sensualistes et des idéalistes.

L'hypothèse évolutionniste a pris naissance chez les philosophes que leurs contemporains appelaient les « physiologues » ou ceux qui ont « écrit sur la nature ». Ces lointains ancêtres du matérialisme moderne faisaient de la philosophie comme on en fait encore aujourd'hui : ils émettaient des hypothèses d'une envergure si vaste qu'aucune science particulière ne pouvait les vérifier. Leur pensée était indisciplinée, chaotique, confuse et s'adressait à la connaissance vulgaire qui précède la science véritable. Mais ils se méprenaient singulièrement sur la propre valeur de leurs systèmes. Ils voyaient dans l'incertitude et les imperfections accompagnant tout début spéculatif des qualités qui plaçaient leurs conceptions au-dessus de la science particulière. Ils croyaient enfin construire une véritable synthèse du monde, une philosophie dans l'acception stricte du terme.

Aussi rien qui doive nous étonner dans le fait que les hypothèses universelles élaborées par la philosophie de notre temps, trouvent leurs prototypes dans les hypothèses, également universelles, imaginées lors des premières périodes philosophiques. Et nous pouvons accueillir avec une entière confiance ce résultat de la plus récente exégèse historique qui nous montre « le système d'Herbert Spencer, la loi du rythme, de Tinté-

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