‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 25 sur 73 · M. Paulhan · texte numérisé non relu

M. Paulhan

La finalité en général s'assimile à la causalité en général, de même que la conception de Tunivers (la philosophie in abstracto nudo) ne diffère pas de sa connaissance (la science in abstracto nudo). Ainsi Texige la logique. En lui obéissant d'une manière aussi spontanée qu'inconsciente, on a régulièrement confondu la philosophie avec la science. On alla même jusqu'à faire de la première la cause productrice de la seconde. Mais cette synonymie et sa conséquence directe, cette confusion, cessent naturellement aussitôt qu'on quitte le domaine de l'abstraction pure et qu'on considère la finalité comme une espèce distincte, opposée à la causalité. Dès lors la cause et la fin ne semblent plus identiques ; l'homogénéité des premiers et des derniers termes de l'évolution s'efface et tend à disparaître. Et la connaissance i7i abstracto apparaît avec son véritable caractère de genre qui réunit ces deux espèces concrètes distinctes : le savoir spécial et la conception du monde. C'est une idée pure, un point géométrique pour ainsi dire *.

1. J'admets, dans le sens de cette formule, la définition de l'esprit donnée par M. Paulhan : « L'essence de l'esprit, ce sans quoi il n'existerait pas, est la finalité ». Oui, si l'on veut dire par là que l'esprit est le dernier terme, la fin de l'évolution des choses et des êtres. Mais, par ces mots : « le sans quoi il n'existerait pas », il faut entendre les choses et les êtres, les premiers et les moyens termes du long processus couronné par les phénomènes psychiques. Ces premiers et moyens termes présentent, eux aussi, une foule de systèmes; ils renferment, eux aussi, ce que l'esprit conçoit comme une finalité, d'ailleurs imparfaite quand il la compare à la finalité atteinte par lui-même. L'esprit est donc, comme le dit M. Paulhan, un certain degré de coordination s'établissant entre un certain nombre d'éléments anatomiques par le moyen d'un système nerveux. Et toute chose extérieure à l'esprit peut se définir comme un degré inférieur de coordination s'établissant entre des molécules ou des atomes à l'aide de différents systèmes mathématiques, physiques, chimiques ou biologiques. Voir Revue philosophique, août 1886, p. 100, et Paulhan : V Activité mentale et les éléments de Vesprit, Paris, 1889.

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