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CHtique de la raison pitre, I, p

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bornent pas à cette conception, d'ailleurs très incomplète, de la philosophie. Je ue crois pas, dès lors, qu'on puisse la présenter comme leur pensée intime sur ce problème. Leur conception est plutôt celle de tout véritable idéalisme : la philosophie comprend la science du général, de l'universel, du ttocv. Mais, puisque tout se réduit à Tidée, et que le monde est ma représentation, la philosophie se transforme nécessairement en une psychologie générale et une théorie de la connaissance. Sur cette philosophie première vient se greffer la critique des concepts purs de la raison '.

1. « Par cela même que le champ ouvert à l'activité philosopliique de Tesprit est Pinvestigation de la raison des choses, comme la raison des choses n'a rien qui tombe sous les sens, rien qui puisse être constaté par l'expérience sensible; comme les jugements que nous portons en cette matière ne sont que des jugements de conformité à un type intérieur, à une idée, il est tout simple que les investigations philosophiques, quel qu'en soit Fobjet, nous ramènent dans le monde des idées, et que toute question philosophique soit intimement connexe à l'appréciation de certaines idées régulatrices et fondamentales, ou à la critique de leur valeur représentative. >» (Gournot, Essai sur les fondements de nos connaissances et sur les caractères de la critique philosophique, vol. II, p. 226.) Le verbalisme philosophique se montre ici à nu. Car si les investigations philosophiques ne nous font pas sortir du monde des idées, les idées nous font entrer dans le monde qui tombe sous les sens, qui se constate par l'expérience sensible. Même fausse, l'idée peut se définir ainsi, puisque, autrement, on ne découvrirait jamais l'erreur ou l'illusion. Et loin d'être purement logique, la réduction à l'absurde, la preuve tirée de l'inconcevabilité du contraire se présente comme une vérification essentiellement sensible et expérimentale. La psychologie idéaliste ne l'admet point, et M. Gournot ne se contredit pas lorsqu'il ajoute que, pour se rendre compte de la valeur représentative des idées, il faut « recourir à l'intervention du sens philosophique, de ce sens supérieur qui saisit la raison des choses, et dont les jugements ne sont nullement réductibles aux formes de la démonstration logique • [Ibid,, p. 227). Voilà, en vérité, une excellente définition du non-sens; elle est à rapprocher de cette définition de l'objet de la philosophie, donnée par Gôring, l'auteur d'un Système de philosophie critique : « Puisque tout le domaine de l'expérience est occupé par les sciences particulières, si la philosophie a un domaine quelconque, il ne peut

Pour se convaincre que telle, en vérité, est la conception de récole critique, il suffira, après le mattre, de consulter le disciple principal que je n'hésite pas à qualifier de saint Paul du criticisme. Je veux parler de Schopenhauer. Son pessimisme mordant, ses brillantes diatribes et sa métaphysique de la volonté font tort à une autre partie de son œuvre, aujourd'hui trop négligée et oubliée. Schopenhauer interprète fidèlement la pensée de Kant. Il « abat courageusement les cartes que Kant, joueur cauteleux et méfiant à l'excès, tenait soigneusement cachées ». Il dévoile la nature intime et nous donne la vraie formule de Tidéalisme critique.

Contrairement à la plupart des philosophes, Schopenhauer nous dit, haut et net, ce qu*est la philosophie, où commence et finit son domaine, ce qui la relie à la science et ce qui Ten sépare.

L'homme doit renoncer à Toraniscience qui, décidément, n'est pas son lot, et la philosophie doit, à l'exemple de toutes les autres branches du savoir, se cantonner dans le domaine de l'expérience. Seulement, au lieu de se spécialiser, ainsi qu'elle le fait dans les sciences, l'expérience ici se généralisera, elle sera l'ensemble de Texpérience et non telle ou telle de ses parties. Mais comment atteindre cette somme? Après Kant, et avec infiniment plus de clarté, Schopenhauer montre qu'un seul moyen le permet : fonder la philosophie sur les

être situé qu'au delà du phénomène sensible, dans le non ou le suprasensible (im Un-oder Uebersinnlichen). » Ce n'est pas ici un simple jeu de mots, et la langue allemande exprime consciemment la synonymie parfaite du non-sensible ou transcendant et de l'illogique ou absurde. A l'état latent, et tel que le représente l'hypothèse invérifiable, l'absurde se dénomme * le transcendant -.

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données que lui apporteront les philosophies particulières des différentes sciences, intermédiaires indispensables entre le savoir particulier et le savoir général. La philosophie devient une vaste œuvre de centralisation scientifique et interscientifique. Voilà la conception même de Comte; et le criticisme tend ici la main au positivisme qu'il précède historiquement.

Malheureusement, ni Kant, ni Schopenhauer, ni, plus tard, Auguste Comte ne veulent se contenter d'un début si heureux. Ces penseurs perdent à la fois, et cela au même tournant du chemin, la bonne piste d'abord suivie. Le criticisme et le positivisme s'engagent, chacun de son côté, dans une route fausse. Le premier s'abandonne aux illusions d'un idéalisme plus ou moins sensualiste, et le second se laisse facilement séduire par le relativisme matérialiste. Aussi voyons-nous la philosophie moderne se rapprocher sensiblement de l'ancienne, et l'idéalisme critique et le relativisme positiviste renouveler bientôt la série entière des dissentiments formels et des discussions verbales du passé.

Précisons le point exact où le kantisme et le positivisme quittent simultanément la direction qu'ils avaient d'abord instinctivement choisie. Schopenhauer nous est ici, pour le criticisme, un guide aussi précieux que Littré pour le positivisme. Il nous montre par quel véritable coup de tête, par quelle décision arbitraire, le criticisme de Kant, placé en face de plusieurs voies possibles, se jeta résolument dans celle de Tidéalisme. La question se trouvait nettement posée. En quoi consistait l'expérience sur laquelle devait s'appuyer dorénavant toute philosophie? Ce n'est pas, répond Kant,

d*accord en cela avec Descartes, Tun de ses plus grands précurseurs, telle ou telle expérimentation, mais bien l'expérience en général, sa possibilité, son domaine, ses limites, son contenu essentiel, sa forme et sa matière. Nous dirions à présent : ce n'est pas Texpérience, mais sa notion abstraite, Tidée qui correspond à la masse confuse des réalités distinctes, le concept général de l'expérience. Ainsi s'explique ce triple fait ou cette triple anomalie : la méthode inductive n'exclut pas la transcendance en philosophie ; Texpérience générale s'y résout en expérience interne {conscience); enfin on y considère surtout le milieu qui enveloppe l'expérience de toutes parts et qui est la représentation elle-même, la connaissance^ ce que Kant appelle Yentendement, La philosophie devient par suite une critique des facultés intellectuelles, la science de leurs loi^ et de leurs formes, de leur valeur et de leurs limites — une sorte de mésologie générale de l'expérience.

Il ne faut pas toutefois se laisser tromper par les équivoques du langage philosophique. La philosophie est pour le criticiste « la connaissance de l'univers » en ce sens seulement qu'elle embrasse Tétude du milieu dans lequel plonge toute expérience possible. Et cette philosophie fondamentale se divise, selon Schopenbauer commentant la pensée du maître, en deux parties. L'une traite des représentations primaires ou intuitives et forme la théorie de l'entendement; et l'autre s'occupe des représentations secondaires ou abstraites, elle forme la logique ou théorie de la raison. Ainsi se remplace définitivement la science de l'être, l'ontologie déjà si affaiblie par les coups successifs que lui

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portèrent, avant Eant, les idéalistes et les sensualistes.

Sur ce point capital, le retour à Kant est, en somme, un retour inconscient à Descartes et aux nominalistes du moyen âge. Soyons-en bien assurés : dans certaines créations de la pensée philosophique moderne qui semblent, à première vue, absolument inédites, il n'y a qu'un phénomène d'atavisme, de survivance mentale. Kant déclare toute métaphysique dorénavant impossible. On a fait grand bruit autour de cette sentence. Mais les commentateurs n'aperçurent pas dans leurs raisonnements une équivoque qui n'existait point dans la pensée du maître. Lui croyait, en effet, en avoir assez dit pour qu'on ne pût se méprendre à la véritable portée de ses paroles. Elles devaient signifier simplement : la métaphysique est impossible dans tout autre sens que le psychologisme (dans le sens du matérialisme, par exemple). Et Schopenhauer aboutit à la même conclusion. II veut que la métaphysique prenne son point de départ dans « l'intuition vive », et non dans « l'abstraction vide ». — « Elle doit, selon lui, être une psychologie intéressante, et non une scolastique aride et ennuyeuse, elle doit disposer Tintelligence de façon à comprendre tout ce qui est dans la nature, excepté, peut-être, la nature elle-même *. »

1. Cette métaphysique se définit d'ailleurs suffisamment par les trois divisions qu'elle comporte : la métaphysique du vrai, celle du beau et celle du bien, — la philosophie première, l'esthétique et la morale.

DE ROBERTV. — Phil. du siècle.

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