‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 34 sur 73 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Produit direct du eroisement du positivisme avec le criticisme, la philosophie de révolution dont M. Spencer peut se considérer comme le fondateur, tend de plus en plus à prendre l'allure d'une véritable religion. Elle forme, au reste, à l'heure présente, un système plein de vie et d'avenir qui répond strictement à certains besoins intellectuels de notre époque. Aussi voit-on chaque jour éclore des tentatives ayant pour but de le rectifier et de le compléter ^

1. Rappelons ici les elTo^ts méritoires de M. Guyau qui reprit, à regard de l'évolutionnisme gpeneérien, Teâsai que tenta pour le criti- 4*isme kantien le philosophe allemand Lange. Doués des dons les plus brillants de l'imagination philosophique, mais morts jeunes, ces deux sympathiques penseurs ne purent pousser bien loin la rénovation qu*ils avaient rêvée. La vie intense et expansive, principe sensualiste sMl en fut, les inspira également dans Tœuvre à peine ébauchée et pourtant si vivante qu'ils laissent derrière eux. Tous deux l'appliquèrent à l'art, à la morale, à la religion, à l'éducation, à la philosophie. Mais c'est là aussi un des principes dirigeants du système entier de M. Spencer, — celui même d'où sa philosophie lire son nom.

Il semble donc indispensable d'étudier comment ce dernier venu parmi les systèmes modernes se représente la philosophie et ses destinées. La tâche nous est facilitée par le caractère essentiellement éclectique de la doctrine, et par M. Spencer lui-même qui prodigue les définitions.

Pour lui, la philosophie est « la connaissance du plus haut degré de généralité », ou la science la plus générale. Cet attribut demeure « comme Félément commun des diverses conceptions de la philosophie, une fois qu'on a éliminé tous les éléments en désaccord ».

« La science, affirme M. Spencer, a pour objet les coexistences et les séquences des phénomènes; elle les groupe d'abord pour former des généralisations simples du premier degré, et s'élève graduellement à des généralisations plus hautes et plus vastes. Mais alors que reste-t-il à la Philosophie? Le voici. La Philosophie peut encore servir de nom à la connaissance de la plus haute généralité. La Science signifie simplement la famille des sciences; elle n'est rien de plus que la somme des connaissances formées par l'apport de chacune, et ne nous dit rien de la connaissance qui résulte de la fusion de ces apports en un tout. Telle que l'usage la définit, la science se compose de vérités plus ou moins isolées, elle ne connaît pas leur intégration *. »

Ailleurs encore M. Spencer nous enseigne la vraie méthode pour constituer la philosophie. « Tant qu'on ne connaît les vérités scientifiques qu'à part, dit-il, et

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