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durée infinie du temps et la continuité infinie de Tespace. L'illusion dérive précisément du contraste entre le point de vue très élevé de l'observateur et rinfinie petitesse de Tobjet observé.

Les' penseurs qui suivent la méthode de M. Spencer raisonnent toujours de même. Choisissant une discipline depuis longtemps constituée et arrivée à un haut degré de perfection, une science qui possède déjà sa philosophie, ils lui empruntent une généralisation très large et très abstraite. Ensuite, sans considérer les siècles employés pour atteindre, d'échelon en échelon, de pareilles cimes, ils s'installent sur ces hauteurs, ils en font une sorte d'observatoire commode d'où ils cherchent à reconnaître les faits particuliers appartenant à d'autres sections du savoir et surtout à celles soumises encore à Tindétermination chaotique qui précède l'état scientifique. Ils reconnaissent, en vérité, ces phénomènes; mais coniime, des sommets où ils se placent, les faits nouvellement découverts leur paraissent absolument semblables à ceux déjà analysés et connus, ils en concluent que la formule éprouvée par cette parodie de vérification expérimentale concerne également les deux classes de faits. Us oublient que le véritable procédé scientifique consiste à faire subir aux recherches, non pas une évolution imaginaire et purement théorique, mais une évolution réelle ou concrète qui exige toujours des périodes considérables de temps \

1. Il se pourrait que Tétude des faits particuliers & une branche du savoir conduisit à la généralisation même atteinte par une ou plusieurs autres sciences. L'occasion se présenterait alors, pour la philosophie, de formuler une de ces grandes uniformités d'existence ou de développement dont elle se targue si volontiers. Cependant le

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Quatrième objection. — Malheureusement, on peut prévoir que, même en dehors de toute préoccupation métaphysique, l'on ne renoncera pas de sitôt a la méthode trompeuse de Tanalogie dite réelle. Les sciences de formation nouYelle et surtout les sciences purement nomioales se laisseront longtemps duper par cette sorte de charlatanisme empirique, d'autant plus dangereux qu'il est ioYolontaire et inconscient.

Par exemple, personne ne doute que les lois abstraites de la mécanique ne régissent toutes les espèces de mouvement. Aussi, quand on vient à parler de mouvements chimiques, biologiques, psychologiques et sociaux, notre esprit se trouve-t-il tout préparé à leur appliquer ces lois. Inversement, nous pouvons disserter à perte de vue sur les sociétés de sensations, d'idées, de voulions, sur les sociétés d'organes formant des individus, sur les sociétés d'atomes et de molécules chimiques, de centres de force ou d'énergie et même sur les sociétés de nombres. Que si, au lieu de termes empruntés à la sociologie, nous nous servions de termes biologiques (ou chimiques, physiques, etc.), le résultat ne se modifierait pas. Nous pourrons, avec M. Spencer, traiter de Vévoliitiofi sociale, psychique, organique, physico-chi-

contraire demeure toujours également possible, sinon également probable. Mais les observateurs du type dont M. Spencer nous offre un brillant spécimen, préfèrent la méthode plus facile dont j'ai esquissé plus haut quelques traits caractéristiques. Ils arrivent ainsi rapidement à l'identité générale des phénomènes qui « est à leur identité particulière ce que la recherche de la cause unique et pre. mière est à la recherche des causes multiples et efficientes. L'une nous mène à la systématisation métaphysique de la nature, connue sous le nom de philosophie de l'identité, l'autre forme l'essence même, le véritable but de toute science particulière ». Voir Sociologie, p. 61.

miqiie et mécanique, sans pour cela le moins du monde découvrir et démontrer autre chose que l'identité fondamentale des phénomènes et des lois du mouvement, et, par suite, l'identité des phénomènes quantitatifs, dans la série entière des faits naturels. Nous arriverons ainsi toujours à la même conclusion, qui nous montre la catégorie de quantité comme « Tabstraction la plus haute, la généralisation la plus vaste à laquelle nous puissions atteindre, dans Tordre d'idées qui a pour but de classer les différentes propriétés de la matière ou les diverses relations générales des objets entre eux*.... »

A mesure qu'elles deviennent plus abstraites, les formules perdent nécessairement, selon M. Spencer lui-même, une grande partie de la vivacité ou force suggestive qui les caractérisait à des degrés de moindre généralisation. Pour la foule, ces formules restent vagues et incertaines, à tel point que les axiomes universels de la mathématique et de la mécanique paraissent dénués de tout sens précis aux intelligences peu familiarisées avec les faits concrets que ces axiomes recouvrent.

Les formules générales sont creuses, en effet. En outre la même formule contient à la fois une seule idée très abstraite et une multitude d'idées et d'images particulières. Le symbolisme cérébral, la propriété que possède l'esprit de noter les caractères communs des choses au moyen de signes conventionnels, oblige parfois notre pensée à se transformer avec une mobilité excessive.

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