‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 71 sur 73 · Ihid., p · texte numérisé non relu

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breuses. flàtons-nous d'igouter qu'elles honorent hautement le penseur qui n*a pas craint d*y tomber; elles prouvent sa bonne foi absolue autant et plus encore peut-être que sa pénétration. Elles ont d'ailleurs été la graine féconde qui ne tarda pas à germer dans Tesprit des disciples du grand philosophe; à cet égard, comme à tant d'autres, un sentiment de pieuse reconnaissance nous liera toujours à celui qui fut notre premier guide et notre meilleur maître.

Gomme au principal obstacle de sa route, Comte se heurta à recueil de tous les systèmes modernes, à ce legs encombrant des époques théologiques : la théorie de rinconnaissable. En voici un exemple, pris au hasard dans son Cours entre cent autres. Selon lui, Tillusion qui caractérisa tout le moyen âge et qne partie de la nouvelle période, « la croyance à la compatibilité nécessaire des vérités de la science avec les explications de la théologie », ne put disparaître avant que Tesprit scientifique eût fait ressortir « le contraste entre la rationalité des procédés appliqués au but le plus abordable et la témérité des tentatives destinées à dévoiler les plus impénétrables mystères ». Or, en réalité, cette illusion se dissipa précisément à mesure que les faits scientifiques donnaient naissance à des généralités expliquant d'une façon plus complète que ne pouvait le faire Tancienne théologie, la nature intime des phénomènes et le mode essentiel de leur production. Les explications théologiques paraissent donc, en un certain sens, moins téméraires que les théories métaphysiques et surtout que les hypothèses scientifiques, dont la simplicité audacieuse a constam-

ment frappé les esprits. Sans craindre un démenti de l'histoire, on peut dire que l'esprit humain s'est toujours mis, à la longue, du côté où la plus grande force s'alliait à la plus grande hardiesse.

Le second obstacle qui fit dévier la vigoureuse logique de Comte et permit bientôt au positivisme de dégénérer en une manière de métaphysique, fut la thèse de l'identité finale de la science et de la philosophie. Comte s'efforce de nous la montrer sous les couleurs d'une jeune et puissante vérité.

On n'apprécia jamais à sa juste valeur l'influence de cette idée erronée sur l'ensemble et les différents éléments de la doctrine positive. Avec le maître luimême, on inclinait à y voir la grande nouveauté apportée au monde par le positivisme. Les uns la saluèrent comme la découverte la plus fertile du siècle. Les autres n'y aperçurent qu'un rêve irréalisable, une aspiration impossible à satisfaire. Mais personne ne s'avisa d'y reconnattre la très antique illusion, le vieux sophisme qui avait présidé aux destinées diverses de la métaphysique et qui fit même, en une certaine mesure, la fortune de la théologie.

. Nous ne reviendrons pas ici sur un sujet traité à fond dans une autre partie de ce livre. Mais nous nous arrêterons quelques instants au tableau de la marche de la civilisation que le philosophe nous peint à grands traits dans son célèbre Cours. Nous essayerons de faire comprendre que les principaux défauts de cette esquisse synoptique sont autant de conséquences nécessaires de la confusion commise par Comte à regard des deux premiers termes de la série intellectuelle.

La théorie de Comte forme, dans ses lignes essentielles, le contre-pied absolu de notre schéma, ébauché quelques pages plus haut.

• Comte érige en loi suprême de toute hiérarchie naturelle (ici purement logique) le principe de la complexité croissante et de la généralité décroissante de nos conceptions ^ Par conséquent, il applique ce principe à la classification des sciences, à la distribution intérieure de chaque partie de la philosophie inorganique, à la coordination taxinomique de la série animale, enfin à la statique des sociétés et à Tordre des évolutions sociales élémentaires.

Cet ordre seul nous importe ici. Les éléments Taries et incohérents, en apparence, d'une civilisation donnée doivent, selon Comte, se ranger suivant une série linéaire, comprenant depuis les moindres opérations matérielles jusqu'aux plus sublimes spéculations esthétiques, scientifiques ou philosophiques. Sa série offre donc, comme la nôtre, quatre termes : industrie, art, science et philosophie; et ces termes, sauf les deux derniers, qui sont intervertis, s'enchatnent dans la même succession. Mais alors intervient le principe de complexité croissante et de généralité décroissante qui, pour Comte, est la grande loi non seulement de tonte

1. Camte dit « des phénomèjtes oo des choses », msis il ne peut manifestement s'agir, dans l'espèce, que de nos représentations des choses, au sens ie plus strict du mot.

(nérarefaée ou etassîfièatioa, mais encore de toute évo!liïtkMt et, paF attite, de toirte causalité.

Dès lors, la série se dédouble : au. sens s^eenâant, de rindoslrie à la> p^ilosoplne, ii y a aecf oissement eontimu de généralité ef d'abstraetîoo iam^ les coue«ptk>H& qui correspondeiit à eha^e genre de traYdil fiiental; et au sens descendant, de la pbiliosopliie à l'mdeistrie, il y a décroissanee de généralité, el aecroissemeni de eeoiplesité, daos tes travauis iatelieetixds eorrespecdânt m\x ternes^ scieces&iiCs^ de lai série.

En outre, to^poars^ d'aparès Gouitey il y Mtrailr eneare Heu d'appliqneir à la série inielileetuelte irne di^iiMtioo eBQprtvntée à la science sociale, — prali<|ue ou tliéo* rique, il est malaisé de le dire, Comte confondant sans ces^e la politique et la sociolo^ pu?e. C'est k dôstinclie» entre la Yie active et la ^ie spéeulative, «Ère Tordre temporel et Tordre spiritueL Des quaitre termes de ta série, riin4ustrie agiyartienit seule à Torâhre te»porel (fui* exprinve Faction de Ffaoïome suir la natore. Les troi's autres mut de Tordre spirilu)eL Parirettu là> le efcef de Téeole positire fait un meu iEitéressan>l à reeueitlir : à Ten croire, en effet, il suMt de décomposer Tordre spirituel* en deux aei'tres, selon que TefiPbrt spé"culatif prend le caractère esthétique ou le caractère scientifique. La philosophie se trouve ainsi totakmeirt fondue dans la science, et on arrive à partager, dans le sens ascendant, la hiérarchie positive e» trois ordres foftdamentaux : Tordre industriel ou pratiqwe. Tordre esthétique ou poétique, et Tordre scientifique ou philosophique. Comte explique de la manière suivante la réduction qu'il opère dans Tordre spirituel : « A Tégard

du plus abstrait des nouveaux éléments sociaux, j'ai employé indifiéremment les qualifications de scientifique ou de philosophique, qui à mon gré sont équivalentes, et dont la diversité tend à disparaître à mesure que la science devient plus philosophique et la philosophie plus scientifique. L'avenir réduira Tensemble de la hiérarchie sociale à la triple série que je viens d'esquisser. » — « Cependant, ajoute-t-il en guise de correctif, cette tendance n'étant pas jusqu'ici prépondérante, notre analyse ne serait ni assez exacte, ni assez précise, si nous n'y distinguions pas Tordre scientifique de Tordre philosophique que nous envisagerons comme un quatrième élément de la hiérarchie ascendante *. »

Mais laissons de côté la distinction entre Tordre temporel et Tordre spirituel, qui offre une importance secondaire, et tenons-nous-en aux trois ou quatre éléments de toute civilisation qui, pour Comte, représentent des besoins universels, des aptitudes communes, et correspondent aux trois aspects généraux sous lesquels Thomme peut envisager chaque sujet : comme bon^ par rapport à Tutilité qu'il peut en retirer; comme beau^ relativement au sentiment de perfection idéale que sa contemplation lui suggère; enfin comme vrai^ eu égard à ses relations avec Tensemble des choses, abstraction faite de toute application aux intérêts et aux émotions de Thumanité ^

Tels sont les éléments de la série qui doivent guider Tanalyse rationnelle de Tévolulion sociale. Mais indi-

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