‹ La philosophie du siècle: criticisme-positivisme-évolutionnismeChapitre 9 sur 73 · Espinas, Philosophie expérimentale en Italie, p · texte numérisé non relu

Espinas, Philosophie expérimentale en Italie, p

légués par des époques d'ignorance relative. Elle détruisit certains de ces préjugés, elle porta des coups sensibles à certaines illusions que les philosophies ses devancières, le criticisme notamment, avaient encore respectées. Mais, comme conception du monde appelée à dominer les esprits et à diriger une vaste période historique, elle partagea le sort de tous les systèmes modernes, elle eut la mauvaise chance de naître à une époque d'eRbrts intenses et de progrès rapides dans toutes les branches de nos connaissances; elle fut, par suite, bientôt débordée et dépassée par le mouvement scientifique du siècle.

Les systèmes philosophiques ont la vie brève aux périodes de grande fertilité de la science ; leur existence, au contraire, est longue et assurée durant les temps de repos et d'accalmie qui succèdent aux phases d'excitation. Le moyen âge, si pleinement satisfait des doctrines d'Aristote, forme, sur ce point, un contraste frappant avec le xix^ siècle qui a déjà vu s'écrouler tant de systèmes d'une envergure puissante et qui, dans sa marche inquiète en avant, ne consent guère à s'arrêter devant des conceptions d'une haute portée scientifique, telles que le positivisme ou Tévolutionnisrac.

Le positivisme dit volontiers de lui-même qu'il est, comme genre, une philosophie, une conception ou une interprétation du monde, et, comme espèce, une interprétation scientifique. Voilà bien la valeur exacte de la formule courante qui consiste à présenter la philosophie comme une science générale destinée à classer et coordonner les résultats des sciences particulières. La définition est juste en ce sens que le positivisme tenta

un efTort remarquable pour accorder nos conceptions abstraites sur Tunivers avec lés progrès réalisés dans les différentes branches de nos connaissances. Mais cette caractéristique peut s'appliquer à n'importe quelle doctrine d'ensemble; elle ne différencie pas le positivisme des systèmes qui le précédèrent, elle n'exclut nullement du vaste cadre des conceptions métaphysiques la coordination essayée par Comte.

Au contraire, les esprits judicieux commencent à voir clairement que « si le positivisme a pris pour devise la souveraineté de Texpérience, il n'a pas tardé à la traiter en maire du palais et à mettre à la porte quelques* unes de ses données les plus importantes * ». — « La déduction, dit encore fort bien M. Clay, ayant obtenu un succès éclatant dans la construction des mathématiques, avait fourvoyé la spéculation dans le labyrinthe de la métaphysique, où elle épuisait Tintelligence humaine. Et cependant l'induction, se fondant sur des données sans garantie, prouvait par ses résultats qu'elle était dans une voie meilleure. Il arriva que la métaphysique et sa méthode perdirent ainsi tout crédit auprès du sens commun qui, dès lors, inclina vers la résolution de borner la spéculation à la simple recherche de la connaissance sans garantie. Désormais, il ne devait reconnaître comme critère du vrai que l'utilité, surtout celle qui consiste à prévoir. En outre, et sans y prendre garde, il s'arrogea le droit de rejeter les données qui contrariaient ses tendances, à savoir, celles qui penchaient vers la métaphysique. En cela son élan lui fit

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