FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
108, BOULEVARD S A INT- G E RM A I N, 108
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PREFACE
Nous avons cru utile, pour le développement connplet des vues d'ensemble exposées dans nos précédents travaux, d'appliquer ces mêmes idées à la critique des grands systèmes aujourd'hui en faveur parmi beaucoup d'esprits et qui représentent la véritable pensée philosophique de notre temps.
Ce volume forme donc la suite naturelle de nos études sur le passé de la philosophie et sur la métaphysique et la psychologie de l'Inconnaissable. Mais en outre il est destiné à servir de préparation à deux ouvrages déjà partiellement achevés.
L'un se rapporte à la métaphysique et à la psychologie du Gonnaissable, de l'univers compris dans son sens positif et expérimental qui exclut la notion négative de Dieu. L'autre expose le monisme des philosophes, il a pour objet l'élude comparée de la chimérique poursuite qui, à travers les siècles, essaya de fixer
PRÉFACE
PRÉFACE
l'unité dite réelle des choses, l'identité extra ou supralogique des phénomènes.
Dans les pages suivantes, des idées seront énoncées qui pourront paraître fausses à certains esprits; et des appréciations seront formulées qui « préviendront défavorablement le lecteur », comme dit Lamarck dans sa Philosophie zoologique, u par le seul ascendant qu'ont toujours les idées généralement admises sur celles qui tendent à les faire rejeter ».
Deux thèses, en particulier, nous semblent encourir
cette fâcheuse présomption.
La première refuse d'accueillir, parmi les doctrmes constituant l'originalité philosophique du dix-neuvième siècle, les constructions spéculatives qui n'ont pas pris corps dans les trois systèmes contemporains et seuls florissants du criticisme, du positivisme et de révolutionnisme.
Et la seconde consiste à concevoir ces systèmes eux-mêmes comme les variétés d'une espèce unique, comme les manifestations strictement parallèles d'un fonds commun de croyances et d'hypothèses générales. Or il paraît certain que, si nous parvenons à démontrer ces deux thèses, nous mécontentons les philosophes de toutes les écoles; que si, au contraire, nos preuves sont jugées insuffisantes, nous nous exposons au reproche de superficialité.
Mais une pareille alternative, du reste fréquente en
philosophie, ne sauiait détourner du but la conscience du chercheur.
L'identité fondamentale de la pensée du siècle s'affirme avec force dans l'ordre des problèmes psychologiques. La convergence de plus en plus nécessaire et rapide des grandes idées directrices se manifeste par les théories régnantes de la connaissance, par le relativisme devenu prépondérant, par le triomphe de l'agnuslicisme.
Elle se révèle, en outre, dans les conceptions similaires que les systèmes les plus variés se forment non seulement de la philosophie, de ses caractères essentiels, de sa méthode et des fins qu'elle doit poursuivre, mais encore de la marche générale de son développement ou des lois scientifiques qui gouvernent son évolution.
Tous ces points seront successivement discutés par nous.
Quant à l'ordre dans lequel nous traiterons ces questions complexes et délicates, il semble clairement indiqué par la nature de notre sujet.
Ainsi, une première division de ce travail sera consacrée à la caractéristique sommaire du criticisme, du positivisme et de l'évolutionnisme, et à la revue succincte de leurs affinités les plus frappantes.
Une seconde partie renfermera la critique comparée des conceptions maîtresses sur la philosophie, sa nature
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PRÉFACE
et sa fin, imaginées par les trois grandes doctrines
du xix*' siècle.
Nous rechercherons ensuite les conditions essentielles qui garantissent ou qui faussent l'emploi des méthodes philosophiques les plus usitées.
Nous procéderons plus tard au groupement des idées générales que les mêmes écoles professent sur la nature et le hut de la science psychologique ainsi que sur les liens qui la rattachent à la philosophie proprement dite.
Dans nos derniers chapitres, enfin, nous examinerons le prohlème si important de révolution de la philosophie. Nous montrerons comment il fut posé par les systèmes modernes, et comment ils tentèrent de le résoudre.
Paris, avril 1891.
LA
PHILOSOPHIE DU SIÈCu