LA PIIILOSUPIIIE DU SIÈCLE
(raccord en cela avec Descartes, run de ses plus grands précurseurs, telle ou telle expérimentation, mais bien l'expérience en général, sa possibilité, son domaine, ses limites, son contenu essentiel, sa forme et sa matière. iNous dirions à présent : ce n'est pas Texpérience, mais sa notion abstraite, Tidée qui correspond à la masse conluse des réalités distinctes, le concept général de l'expérience. Ainsi s'explique ce triple t'ait ou cette triple anomalie : la méthode induclive n'exclut pas la transcendance en philosophie; l'expérience générale s'y résout en expérience interne {ronsrience); enfin on y considère surtout le ntilieu qui enveloppe l'expérience de toutes parts et qui est la représentation elle-même, la connaissance, ce que Kant appelle V entendement. La philosophie devient par suite une critique des facultés intellectuelles, la science de leurs lois et de leurs formes, de leur valeur et de leurs limites — une sorte de inésologie générale de l'expérience.
Il ne faut pas toutefois se laisser tromper par les équivoques du langage philosophique. La philosophie est pour le criticiste « la connaissance de l'univers » en ce sens seulement qu'elle embrasse l'étude du milieu dans lequel plonge toute expérience possible. Et cette philosophie fondamentale se divise, selon Schopenhauer commentant la pensée du maître, en deux parties. L'une traite des représentations primaires ou intuitives et forme la théorie de l'entendement; et l'autre s'occupe des représentations secondaires ou abstraites, elle forme la logique ou théorie de la raison. Ainsi se remplace définitivement la science de l'être, l'ontologie déjà si affaiblie par b^s coups successifs que lui
LA CONCEPTION CRITICISTE
portèrent, avant Kant, les idéabstes et les sensualistes.
Sur ce point capital, le retour à Kant est, en somme, un retour inconscient à Descartes et aux nominahstes du moyen âge. Soyons-en bien assurés : dans certaines créations de la pensée philosophique moJerne qui semblent, à première vue, absolument inédites, il n'y a qu'un phénomène d'atavisme, de survivance mentale. Kant déclare toute métaphysique dorénavant impossible. On a fait grand bruit autour de cette sentence. Mais les commentateurs n'aperçurent pas dans leurs raisonnements une équivoque qui n'existait point dans la pensée du maître. Lui croyait, en effet, en avoir assez dit pour qu'on ne put se méprendre à la véritable portée de ses paroles. Elles devaient signifier simplement : la métaphysique est impossible dans tout autre sens que \<d psychologisme (dans le sens du matérialisme, par exemple). Et Schopenhauer aboutit à la même conclusion. Il veut que la métaphysique prenne son point de départ dans « l'intuition vive », et non dans « l'abstraction vide ». — « Elle doit, selon lui, être une psychologie intéressante, et non une scolastique aride et ennuyeuse, elle doit disposer l'intelligence de façon à comprendre tout ce qui est dans la nature, excepté, peut-être, la nature elle-même '. »
1. CeUe métaphysique se délinit d'ailleurs sunisamment par les Irois divisions qu'elle comporte : la métaphysique du vrai, celle du beau et celle du bien, — la philosophie première, l'esthétique et la morale.
DE nOBEUTY.
Phil. du siècîe.