CHAPITRE VII
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Les (lélinilioiis de la philosophie ne manquent point dans l'école positive. Quelques-unes, du reste, semblent être les meilleures qu'on ait jamais formulées.
« Le positivisme, dit Litlré *, est l'ensemble du savoir humain disposé suivant un certain ordre qui permet d'en saisir les connexions et l'unité et d'en tirer les directions générales pour chaque partie, comme pour le iout. » Selon lui -, « la seule philosophie est la coordination hiérarchique des philosophies des six sciences abstraites, (lette philosophie écarte délibérément la théologie et la métaphysique. . . . La science étant devenue iine par une admirable classification, se transforme en philosophie. Un système philosophique, c'est-à-dire un ensemble d'idées auquel tout soit rapporté, est indispensable, tellement indispensable qu'en l'absence du
1. Anfjiisle Comte et lu plùlosophic positive, p. 42. ■2. Revue : La Philosophie positive, t. XXI f. p. 471.
véritable, qui était encore dans l'ombre d'un lointain avenir, les hommes s'en sont créés qui étaient hypothétiques, mais non arbitraires, transitoires, mais conformes à l'état intellectuel du moment. Ces systèmes lurent la théologie et la métaphysique. » Et ailleurs encore * : « Quand on couronne les études littéraires nécessaires par renseignement coordonné et condensé des six sciences, on donne à la fois la méthode et le résultat, l'évolution de l'esprit humain et son histoire, en un mot, la conception positive du monde; et c'est loute la philosophie. »
Après l'opinion du disciple, voici maintenant la conception du maître lui-même. Elle est claire et sobre. Comte caractérisait comme suit, dans le journal Le National, l'état de la philosophie à l'époque où parurent ses premiers écrits : « 11 existe à Paris seulement, tant au Collège de France (lu'à la Sorbonne, quatre chaires consacrées à l'histoire de ce qu'on appelle oftlciellement la />///to^/?A/^, c'est-à-dire exclusivement destinées à l'étude minutieuse des rêveries et des aberrations de l'homme pendant la suiie des siècles, tandis qu'il n'y a pas en France, ni même en Europe, un seul cours pour expliquer la formation el le progrès de nos connaissances réelles, soit quant à l'ensemble de la philosophie naturelle, soit quant à aucune science en particulier. » Dès lors Comte assigne pour but à la philosophie « de résumer, en un corps de doctrine homogène, l'ensemble des connaissances acquises relativement aux
1 Revue : la philosophie po.sUive, l. XXIII, p. 309. — Voir aussi Wyrouboff, La philosophie matérialiste et la philosophie positive; Ibidnn, l. XXll, p. 4-10.
différents ordres des phénomènes. » — « La philosophie, ajoute-t-il, doit, étendant l'application du principe de division du travail qui a séparé les spécialités, former de l'étude des généralités scientifiques une section distincte du grand travail intellectuel. Tant que les différentes sciences positives ont été peu développées, leurs relations n'ont pu avoir assez d'importance pour donner lieu à une classe parliculière de travaux. Mais aujourd'hui chacune des sciences a pris assez d'extension pour que ce nouvel ordre d'études soit indispensable, afin de prévenir la dispersion des conceptions humaines *. »
Celte conception de la philosophie est précisée par les quatre propriétés suivantes que Comte lui reconnaît :
r La philosophie positive fournit le seul moyen rationnel de mettre en évidence les lois logiques de l'intelligence ou l'ensemble des méthodes scientifiques possédées par l'esprit humain. Elle considère les théories scientifiques comme autant de faits logiques qu'il faut observer et étudier par les méthodes générales de la
science.
2" La philosophie positive préside à la refonte du système d'éducation qui, de théologique, métaphysique et littéraire, doit devenir positif ou scientifique. Cette refonte est préparée par l'avènement d'une philosophie qui, créant un ensemble de conceptions positives sur les grandes classes de phénomènes, dispense d'étudier toutes les sciences en détail et d'une façon minutieuse — entreprise chimérique et irréalisable.
3° La philosophie positive contribue aux progrès des