‹ La philosophie du siècle [microform]; criticisme--positivisme--évolutionismeChapitre 30 sur 69 · Cours, résumé par Rig, l. I, p. 10 eM · texte numérisé non relu

Cours, résumé par Rig, l. I, p. 10 eM

LA PHILOSOPHIE Dl SIÈCLE

différentes connaissances. Sans être arbitraire, la classification des sciences est artificielle. Le sujet des recherches de toutes les sciences est un, et on ne le divise que pour séparer les dillicullés et les vaincre plus aisément. Beaucoup de questions, parmi les plus importantes, exigeraient le concours de plusieurs sciences, concours qu'une coordination systématique de leur ensemble rend seule possible.

A*" La philosophie positive offre enfin une base solide à la réorganisation des sociétés modernes. L'anarchie intellectuelle, cause principale de l'instabilité sociale, atteint maintenant son apogée. Il faut choisir entre les trois régimes mentaux qui se disputent le gouvernements des esprits, la théologie, la métaphysique et la philosophie positive. Celle-ci progresse depuis une longue suite de siècles, tandis que les systèmes antagonistes ont constamment déchu.

Admirable quand on la conipare aux définitions courantes données par la métaphysique vulgaire ou officielle, une telle conception de la philosophie ne saurait cependant nous satisfaire complètement. iNous ne lui adressons pas le reproche, certainement injuste, de manquer de toute originalité; mais nous ne pouvons nous empêcher de faire ressortir sa ressemblance générale avec les idées des grands sensualistes anglais depuis Bacon jusqu'à Hume, ainsi qu'avec celles dejeurs successeurs inmiédiats, les penseurs émancipés et émancipateurs du win*^ siècle. Comte, au reste, ne cache nullement une telle parenté intellectuelle. Plutôt l'exagère-t-il afin de procurer des aïeux à sa philosophie, et prouver qu'elle évolue depuis longtemps.

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La conception de Comte et de ses disciples tombe dans le défaut ordinaire des systèmes idéalistes, matérialistes et sensualistes : elle confond la science avec la philosophie, et cela au double point de vue de leur contenu doctrinal et de leur méthode de recherche.

Les quatre propriétés essentielles, les quatre vertus philosophiques attribuées par Comte au positivisme, attestent amplement notre dire. Ces vertus nous semblent autant de vices rédhibitoires. En effet, la première propriété ne représente-t-elle pas la tendance constante de toute métaphysique à se transformer en science des faits et des lois psychiques, en logique et en méthodologie générale? Comte a beau nous prémunir contre les dangers et la stérilité incurable de la méthode introspective, et nous faire toucher du doigt les avantages de l'observation dite externe, ce n'est pas à la philosophie qu'incombe la mise en action de l'une ou l'autre de ces méthodes, mais bien à la science spéciale, soit à la biologie, soit à la psychologie.

La seconde propriété de la philosophie positive suggère un jugement analogue. Si l'on envisage la philosophie comme une pédagogie rénovatrice de l'individu, on l'assimile à un système de morale, — erreur aussi ancienne que la philosophie elle-même. Il faut voir là une survivance des époques absolument réfractaires à ridée d'une morale scientifique \

1. Au début même de son Cows, Comte assigne à la idiilosophie le rôle d'un système de morale; H termine son ouvrage (60* et dernière leçon) en exprimant l'espoir que sa philosophie fera admettre la prédominance des besoins populaires et fondera rempire de la morale qui dominera les inspirations de la science. Du reste ces préoccupations poursuivent Comte dans toute son œuvre. Citons ici encore un passage décisif et analogue à tant d'autres,

Appréciée enfin sous le rapport de ses deux derniers attributs, la conception que Comte se forme de la philosophie nous paraît moins soutenahle encore.

D'une part, la philosophie contribuera activement aux progrès des sciences, au lieu d'en être le récipient passif; c'est elle qui de l'embouchure d'un fleuve deviendra sa source et se verra de la sorte forcée d'augmenter sans cesse le volume de ses propres affluents. Nous retombons ici en pleine spéculation hypothétique. Et d'autre part, la philosophie devra servir de base à la réorganisation sociale, ce qui veut dire apparommont que , non contente d'assumer le rôle de la logique, de la psychologie, de l'éthique, elle prendra, en outre, la place et l'emploi de la sociologie générale.

dans lequel, au lieu de poser un problème de dévelopi)emcnt qui irait du semblable au semblable, des vérités partielles des sciences aux vérités universelles de la philosophie, Comte paraît avoir en vue un problème d'équilibre entre deux extrêmes erronés par suite d'exagéralion. « Entre la souveraineté spontanée de la force et la prétendue suprématie de l'intelligence, la philosophie positive réalise la prépondérmee de la morale, que le catholicisme avait noblement proclamée au moyen âge sans avoir pu la constituer, parce que la morale était alors subordonnée à une philosophie implicitement caduque. Les propriétés morales inhérentes à la grande conception de Dieu ne peuvent être convenablement remplacées par celles que comporte la vague entité de la nature. Mais elles sont inférieures à celles qui caractérisent la notion de Thumanité présidant enlin, après ce double effort préparatoire, à la satisfaction de tous les besoins essentiels, soit inteJlectuels, soit sociaux, dans la pleine maturité de l'organisme collectif. . — Mais comment s'exercera cette prépondérance de la morale? Elle ne peut porter utilement (jue sur la conception générale du monde. Le positivisme devient ainsi l'allié naturel de l'idéalisme. Aussi la définition suivante de la philosophie positive par un des premiers disciples de Comte n'a-t-elle rien qui puisse choquer : . Elle est l'étude scientifique du monde intellectuel et moral •, — c'est-àdire une psychologie et une sociologie combinées. (Blignières, La doctrine positive^ p. 17.)

Mais, si le positivisme n'échappe pas à la règle ordinaire, s'il accueille, à son tour, l'erreur commune à tous les systèmes métaphysiques, il possède quand même à cet égard une originalité, il a une manière à lui de confondre la philosophie avec la science.

L'important problème du rôle et des limites de la connaissance hypothétique est difl'éremment posé et résolu par le positivisme et la métaphysique. La théorie métaphysique de la connaissance n'interdit pas au philosophe l'usage de l'hypothèse qui constitue le véritable instrumentum regni de la science. Aussi la confusion qui ne tarda pas à s'établir entre les investigations particulières et les spéculations générales, eut-elle, à son origine, dans le camp des métaphysiciens purs, un caractère exclusivement méthodologique et théorique. Dans le camp des positivistes, l'unité de méthode fut également préconisée. Mais on y reprit l'argument métaphysique, pour ainsi dire, à rebours, — • la théorie positiviste de la connaissance bannissant l'hypothèse de la science aussi bien que de la philosophie. Il s'ensuivit un curieux phénomène de réaction ou plutôt d'inversion intellectuelle. Si, chez les métaphysiciens purs, le principe théorique ou méthodologique influa directement sur la pratique efl'ective des philosophes, chez les positivistes ce fut la pratique qui réagit sur la théorie. Celleci demeura presque toujours à l'état de lettre morte et ne reçut jamais d'application quelque peu rigoureuse. Les premiers, en efl'et, les positivistes violèrent la méthode érigée par eux en une sorte de dogme suprême. Leurs enseignements et leurs doctrines les plus caractéristiques n'ont jamais été que des hypothèses, des

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suppositions empruntées à dillerentes branches ilu savoir et surtout aux deux domaines limitro[)hes d'une psychologie embryonnaire et d'une sociologie empirique. La métaphysique vouhit créer quelque chose d'opposé et de supérieur à la science; mais, en adoptant sa nïélhode, elle se transforma rapidement en un savoir vague, indéterminé, insuffisant. Le positivisme, au contraire, voulut être de la science et rien que de la science. Il déclarait que la philosophie répudie Fhypothèse et que, même dans la science, l'explication hypothéticpie ne peut jamais s'étendre ni aux causes générales d'un pliénomène, ni aux circonstances ou aux modes de sa production, ni enlin à la détermination des agents généraux auxquels se rapportent les différents genres d'elTets naturels ^ Il ne dut pas nioins finir, lui aussi, par présenter des hypothèses très générales, et le plus souvent invérifiables, sur toutes les questions qui l'intéressaient à un titre quelconque. Dans le problème si important des rapports de la science et de la philosophie, aussi bien que dans ses ^ues capitales sur l'emploi des Inpolhèses scientifiques et philosophiques, les illusions de Comte sont très instructives. Je laisse ici de coté les simples erreurs de détail. Peu nous importe, en effet, aujourd'hui, que Comte ait qualifié u d'absurdes rêveries » les hypothèses de son temps sur le magnétisme animal; ou qu'il ait hauteuKnit affirmé le caractère antiscientifique de la question « pourquoi tel corps est bon ou mauvais conducteur de la chaleur » ; ou qu'il ait défendu de chercher

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