‹ La philosophie du siècle [microform]; criticisme--positivisme--évolutionismeChapitre 4 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE CRITICISMK

On a clierclié à caractériser cette philosophie en disant qu'elle était éclectique de sa nature et en lui reprochant, comme à tout éclectisme, une certaine pauvreté d'esprit, un défaut marqué d'originalité. Cette appréciation ne manque pas de justesse. Il est malheureusement vrai que le criticisme laisse fort souvent le champ lihre aux plus vieilles illusions de l'esprit humain.

On y jette, non en dépit du scepticisme propre à sa théorie de la connaissance, mais précisément à cause de ce scepticisme, un coup d'œil curieux sur le monde des r/)oses en soi; on y défend l'indestructibilité des idées théologiques et le bien fondé de l'inspiration métaphysique; on y cherche la véritable patrie de notre être intime et on s'y rabat sur la trinité éclectique du vrai, du beau et du bien; on y prêche, entre autres accords, l'accord de la science avec la foi religieuse et on y préfère cette « riche harmonie » à la vérité empirique qui, dit-on, ne peut nous donner qu'une unité morte.

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LA PIllLOSOlMlIli DU SIÈCLE

LE CRITICISME

On y oppose enfin couramment le monde moral au monde pliysi(ine, et on y alfirme rinsolubilité radicale de cette antinomie. Le nonmène psychiqne est pour le <'riticiste consciencieux le seul « inconnaissable », Tobjel d'une abstention au moins aussi respectueuse que celle professée par Técole positiviste à Tégard du nonmène

pbysique.

Ces traits, on le reconnaîtra facileniQul, sont conmiuns au crilicisme et à Tidéalisme le moins contesté. Mais la similitude entre les deux doctrines va plus loin et touche à un ordre de considérations plus générales. En eflet, la pbilosopbie actuelle confirme, à son tour, celle hypothèse suggérée par l'examen attenlif du passé de la métaphysi(jue : que le caractère spécifique on le lype d'une conception du monde se révèle nettement dans son action inhibitoire exercée sur les sciences qui lui fournissent ses données fondamentales et ses principaux points de départ *. Action souvent vaine, fort heureusement pour la science; mais la tendance à Tinhibition n'en existe pas moins, et il paraît à peu près certain que le matérialisme a toujours été, bien malgré lui, plutôt un obstacle (ju'une incitation au développement <le la mécanique, de la physique et de la chimie, que le sensualisme a relardé les progrès de la biologie et qu'enfin l'idéalisme a influencé de la même manière la sociologie et la psyehologip. Or, de tous les systèmes modernes, le criticisme fut toujours, croyons-nous, le moins propice au développement des branches supérieures du savoir. C'est le positivisme qui défendit avec

î. Ancienne et Sourelle philosophie, pp. 53-76 cl 285-313.

le plus d'obstination les droits de la sociologie et qui, par contre, voulut s'opposer au prétendu envahissement des sciences du monde inorganique. Quant à révolutionnisme, il se borne à recueillir les résultats du développement spontané des sciences biologiques, et il a vécu jusqu'ici sur cet héritage sans le faire fructifier d'une façon appréciable.

L'analogie entre les trois formes-types de Tancienne métaphysique et les trois directions principales de la philosophie contemporaine est, sur ce point, tellement frappante qu'elle pourrait suffire, au besoin, pour diagnostiquer le caractère profondément métaphysique des nouvelles doctrines.

Certains criticistes ont cru faire merveille et révolutionner de fond en comble les anciennes idées sur la philosophie en lui attribuant le rôle d'une simple histoire qui critiquerait les erreurs générales de l'esprit humain. La philosophie devenant ainsi, à la fois, une branche de la sociologie et un chapitre de la théorie du savoir, il aurait fallu, pour le moins, fonder le nouvel édifice sur une base suffisamment large de connaissances psychologiques et sociologiques. Mais là se manifestent avec le plus de force le caractère idéaliste de la philosophie critique et son antagonisme latent à regard des sciences des phénomènes psychiques et sociaux. Les criticistes n'ont jamais pu écrire une histoire, je ne dis pas impartiale — il ne s'agit pas de cela seulement— mais réellement scientifique, des doctrines et des conceptions générales de l'humanité. La description sociologique a été pour eux une méthode inconnue. D'ailleurs, où le criticisme aurait-il pu pui-

LE CRITICISME

On y oppose enfin couramment le monde moral au monde physique, et on y alTiime rinsolubilité radicale de cette antinomie. Le noumène psychique est pour le oriticiste consciencieux le seul « inconnaissable », Tohjet d'une abstention au moins aussi respectueuse que celle professée par Técole positiviste à Tégard du noumène

physique.

Ces traits, on le reconnaîtra facilement, sont communs au criticisme et à Tidéalisme le moins contesté. Mais la similitude entre les deux doctrines va plus loin et touche à un ordre de considérations plus générales. En eflet, la philosophie actuelle confirme, à son tour, cette hypothèse suggérée par l'examen attentif du passé de la métaphysique : que le caractère spécifique ou le type d'une conception du monde se révèle nettement dans son action inhibitoire exercée sur les sciences qui lui fournissent ses données fondamentales et ses principaux points de départ *. Action souvent vaine, fort heureusement pour la science; mais la tendance àTinhibitiou n'en existe pas moins, et il paraît à peu près certain que le matérialisme a toujours été, bien malgré lui, plutôt un obstacle qu'une incitation au développement de la mécanique, de la physique et de la chimie, que le sensualisme a retardé les progrès de la biologie et qu'enfin Tidéalisme a influencé de la même manière la sociologie et la psychologip. Or, de tous les systèmes modernes, le criticisme fut toujours, croyons-nous, le moins propice au développement des branches supérieures du savoir. C'est le positivisme qui défendit avec

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