‹ La philosophie du siècle [microform]; criticisme--positivisme--évolutionismeChapitre 46 sur 69 · E. Faguet, Dix ■huitième siècle, p · texte numérisé non relu

E. Faguet, Dix ■huitième siècle, p

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donner un sens précis, avancer leur solution positive

ou négative.

« Apprenez-moi, demandait un philosophe à Voltaire, s'il n'y a pas toujours égale quantité de mouvement dans le monde. — C'est là, lui fut-il répondu, une ancienne chimère d'Ëpicure, renouvelée par Descartes. » Voltaire a raison. La proposition d'Epicure et de Descartes ne passa de l'imaginaire au réel que le jour où les travaux de Carnot, de Séguin, de Mohr, de Mayer, de Béclard, de Clausius, de Hirn et de Berthclot l'eurent définitivement placée sur le terrain de la science particulière. La chimère abstraite revêtit alors pour la première fois une forme vivante, accessible à l investigation expérimentale.

On peut d'ailleurs poser en règle générale que si une hypothèse formulée par des philosophes est acceptée et contrôlée par des savants, elle offrira désormais les caractères d'une supposition essentiellement spéciale ou scientifique. Car, pour avoir pris naissance dans le cerveau d'un philosophe, une hypothèse n'est pas nécessairement philosophique, comme elle n'est pas nécessairement scientifique pour avoir germé dans la tête d'ua savant. On l'oublie cependant, quand on vient nous parler de l'initiative de la philosophie et de son influence sur les destinées de la science.

Mais laissons cet aspect de la question, pour en examiner sommairement un autre sur lequel on controverse davantage.

Plus une vérité est générale, et plus elle est vague . ou indéterminée. Il s'ensuit que les hautes généralités philosophiques ne pourront jamais nous donner que

LES CONDITIONS DE L HYPOTHESE

des cadres vides, que le squelette d'une conception du monde. Pour la vivifier, il faudra, bon gré mal gré, la remplir de généralités de moins en moins philosophiques ou de plus en plus scientifiques. Il semblerait donc qu'une. part de vérité appartînt aux deux thèses que nous combattons le plus résolument, à savoir, que la philosophie est une science, et qu'elle est un art. Nous ne cherchons pas à nier la valeur de cette objection. Nous demandons seulement à la réduire à sa juste mesure. Notre conception de la philosophie mentirait à son rôle si elle ne pouvait s'assimiler spontanément et sans elTort les vérités de détail qu'elle trouve dans les conceptions adverses.

Il ne saurait donc nous déplaire de considérer la philosophie comme un trait d'union entre deux genres différents d'activité intellectuelle, la science et l'art \ Les facultés de l'homme, ses aptitudes sont, en réalité, inséparables les unes des autres. Quand elles visent directement l'action utile, la domination sur la nature, elles produisent la science. Et lorsqu'elles poursuivent d'une façon indirecte cette même fin subordonnée à leur libre exercice et leur propre développement, elles donnent naissance à \art. Enfin, quand elles se proposent un troisième but qui est comme un moyen terme entre l'utilité directe de la science et l'utilité indirecte de l'art, qui participe à ces deux sortes d'activités et facilite la transition de Tune à l'autre, en un mot, quand elles coordonnent et unifient les données de la science, elles font surgir la philosophie» L'œuvre de

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