CHAPITRE II
Ampère (1) (1775-1836)
1. Ses enthousiasmes (p. 163). — 2. Classification des sciences (p. 168). — ;j. Passivité et activité de l'âme (p. 173).— 4. Le subjectif et l'objectif [ç. 177). — o. Monde p hé noménique et monde nouménique (p. 180). — 6. Hypothèses métaphysiques et religieuses (p. 184).
1. Ses enthousiasmes. — Ampère rappelait souvent à son fils qu'il avait eu trois grandes joies dans la première partie de sa vie : le jour de sa première communion d'abord, puis le jour où retentit dans ses montagnes aux environs de Lyon la nouvelle de la prise de la Bastille, enfin le jour où il lut pour la première fois V Éloge de Descaries par Thomas. 11 en garda jusqu'à la fin le triple enthousiasme de la rehgion, de la liberté et de la science.
Son âme religieuse eut cependant plus d'un accès et plus d'une crise d'incrédulité. Six mois après sa confirmation, dans l'église Saint-Jean de Lyon, il est déjà saisi par le doute. Plus tard, lorsque, après une attente délicieuse de trois ans et quatre mois, il épouse enfin, à vingt-quatre ans,
(1) A. -M. Ampère, Essai sur la philosophie des sciences, 1834 et 1843; — Barthélémy Saint-Hilaire, Philosophie des deux Ampère, 1866 (lettres à M. de Biran, mémoire de l'au XII, etc.); — Mmo E. C, Journal et Correspondance d'André-Marie Ampère, 1 vol., 1872 ; — M™" H. -G., André-Marie Ampère et Jean-Jacques Ampère, correspondance et souvenirs, 2 vol., 1873 ; — A. Bertrand, Un Discours inédit d'André-Marie Ampère, 1883 (.4unuaire de la Faculté des lettres de Lyou, 327-348) ; — Sainte-Beuve et Littré, Rev. des Deux-Mondes, 13 févr. 1837 ; — J.-J. Ampère, Introduction à la philosophie de mon père, 1833 {Philos, des deux Ampère, pp. 1-191); — A. Bertrand, Psycholoyie de l'effort, 1 vol., 1889.
le 6 août 1799, Julie Caron, tous deux se marient en secret devant un prêtre, chose rare à cette date (Maine de Biran s'était contenté, en 1793, d'un mariage simplement civil). Mais ses croyances sont dès lors assaillies d'objections contre lesquelles il se défend mal, bien qu'il les méprise : « Il me semble, dit-il, que je me noie dans un crachat. » Et, après la mort de sa jeune femme, pendant la désolation d'un veuvage qui le frappe en pleine félicité, le malheur l'éloigné encore plus de Dieu, et il entre dans une longue et pénible période d'incertitude, de 1804 à 1816 environ, traversée par les épreuves d'un second mariage mal assorti. D'amères réflexions sur son bonheur perdu lui font perdre du même coup sa confiance en la bonté divine; mais il ne cesse de sentir douloureusement cette autre perte, jusqu'à ce qu'il la répare. Il choisit le jour de sa fête, la Saint-André, 30 novembre 1816, pour donner plus de solennité à son retour à Dieu, et, huit ans après, il en parle encore à son fils avec une pieuse émotion. La crise n'a pas duré moins de douze ans, à la grande tristesse de ses amis de Lyon, Bredin,Ballanche, etc., qu'il a Uii-môme autrefois prêches et convertis, et qui s'efforcent de le convertir à son tour, comme plus tard quelques-uns d'entre eux, éloignés de nouveau de la religion, auront besoin encore d'être ramenés par Ampère redevenu fidèle : émouvantes fluctuations de ces âmes sincères, éprises et tourmentées du divin, ballottées entre l'incrédulité et la foi, ne sachant pas mieux se tenu- à l'une qu'à l'autre, et ne trouvant de repos final que dans cette dernière. Elles ne peuvent se résoudre à tout croire du christianisme ; elles se résignent encore moins à n'en rien croire du tout.
Ce perpétuel souci des choses religieuses s'allie chez Ampère, comme bientôt chez les catholiques libéraux, avec l'enthousiasme de la liberté. Il n'a que quatorze ans et demi, lors de la prise de la Bastille; son père, négociant retiré, applau-
AMPÈRE l(^,-5
dil ;hi triomphe des idées nouvelles et accepte les fonctions de juge d(> paix dans un quartier de Lyon. Il continue, pouison malheur, de les exercer pendant le triste sièo-e de 93. La ville est prise, et le magistrat jeté en prison, et bientôt mené à l'échafaud, le ±:\ novembre 1793. Dans son testament, écrit la veille, on lit ces belles paroles : « Je pardonne ma mort à ceux qui l'ont ordonnée ou provoquée, à ceux même qui s'en réjouissent. » Et il ne souhaite quune chose, c'est qu'elle soit, ainsi que celle de tant d'autres, « le sceau d'une réconciliation générale entre tous nos frères », c'est-à-dire tous les Français. Son fils pardonna comme lui : la Révolution l'a privé d'un père, il ne la maudit pas pour cela ; il sait faire une distinction entre les idées et les événements, et demeure fidèle à la liberté. Le jour du sacre de Napoléon, le 11 brumaire 1804, il écrit de Paris, où il vient de s'installer, et sa lettre ne témoigne aucune joie de cette fête. Plus tard, en 1814, on ne sait s'il souflFre le plus de linvasion de la France, qu'il avait prévue, ou de l'oppression que le despotisme impérial fait peser sur les poitrines; et, en 1813, partagé entre son amour de la patrie et sa haine de la tyrannie, il se demande, — et combien sont comme lui! — de quel côté doit-il tourner ses vœux. Mais, s'il ne peut avoir aucune admiration pour l'empereur, en revanche la vue du célèbre Lafayette, avec qui il dîne une fois en 1803, lui fait éprouver une émotion si profonde, que treize ans après, en 1818, il en parle encore à son fils, comme au premier jour. Cet homme est pour lui « le libérateur de l'Amérique » ; et bientôt, lorsque les colonies espagnoles s'insurgent à leur tour, il salue avec le même enthousiasme leur indépendance, et voit un héros dans Bolivar. De même, en Europe, tous ses vœux sont pour la Grèce, qu'il ne faut pas laisser périr, et en décembre 1826 son fils, qui se trouve h Bonn, e^t silr de lui causer une grande joie en lui racontant une collecte faite par les étu-
Ch. Adam.
diants entre eux pour les Grecs, à la suite d'une allocution grave et touchante de leur professeur Niebuhr : « Je doute, ajoute-t-il, qu'on se soit permis la même chose à Paris, sous Charles X, le roi très chrétien et très constitutionnel. »
Enfin Ampère a, toute sa vie, l'enthousiasme delà science. Sa religion n'y met point obstacle ; et, lors de ses grands malheurs, il se console par le travail autant que parla méditation et la prière. Après la mort sanglante de son père, l'étude des langues, latin, grec et toscan, puis de la botanique, put seule le tirer de l'accablement morne et stupide où il était tombé. Ce père aussi avait tant fait pour lui : il s'était retiré de son commerce, pour élever lui-même à la campagne un enfant dont l'intelligence montrait, comme celle de Pascal, une étonnante précocité; il avait compris que son rôle était de s'effacer, de mettre seulement entre les mams de son fils les livres et les instruments nécessaires, et de le laisser s'instruire seul : Ampère n'eut, en elTet, d'autre maître que lui-même. Plus tard encore, après la mort si prématurée de sa jeune femme, le 13 juillet 1803 (ce mariage tant désiré dure un peu moins de quatre ans), pour le sauver du désespoir il ne lui faut rien inoins qu'une étude qui prend l'homme tout entier, et il s'adresse à la métaphysique. Il s'occupe, l'année 1804, d'un Métnoire sur la décomposition de la pensée, sujet mis au concours par l'Institut, et pour lequel Biran eut le prix le 22 avril 1803, Ampère n'ayant pu terminer son travail. Sur la fin de 1804, il quitte le lycée de Lyon pour venir à Paris, où il est successivement répétiteur d'analyse, puis professeur à l'École polytechnique, en 1804 et 1809, membre de l'Académie des sciences en 1814, professeur au Collège de France en 1820.. Dès 1808 on le nomme inspecteur général de l'Université, et c'est dans une de ses tournées d'inspection qu'il meurt à Marseille, à l'inlirmerie du lycée, le 10 juin 1836. Après les mathématiques, où il excelle, sa grande passion est
la chimie, grâce à la lecture des livres de Lavoisier, dès 1799 ; en 1809, il soulient de sa science et de son autorité Gay-Lussac et Thénard, qui viennent de découvrir le chlore; en 1811, il prend la défense de Davy, qui a découvert à Londres deux nouvelles suhstances combustibles, en décomposant la potasse et la soude, que Ton croyait des corps simples : « Moi aussi, dit-il, je les ai vu débrùler et rebrûler ». En 1814, il est devancé par Gay-Lussac dans l'analyse de l'iode, qui se trouve être avec le chlore et le fluoré, comme " un quatrième oxygène », ainsi qu'Ampère le conjecturait le premier; la même année, il songe à une loi qui ferait prévoir à priori les rapports fixes suivant lesquels les corps se combinent ; en 1816, il publie une nouvelle classification des corps simples, et en 1818 il regrette toujours que son occupation principale n'ait pas été la cbimie. Mais la pliysique lui réserve des découvertes autrement glorieuses et grandioses. Le 21 juillet 1820, (Erstedt, physicien danois, met hors de doute l'action exercée par un courant électrique sur l'aiguille aimantée; à ce premier fait Ampère en ajoute deux autres, encore plus importants, l'action semblable d'un courant électrique sur un autre courant électrique, et celle de la terre ellemême sur les courants électriques, comme elle agissait déjà sur l'aiguille aimantée; mais tous ces faits deviennent dans son esprit systématique la suite et la confirmation d'une vaste théorie, dont la grande loi de l'électro-magnétisme, établie par lui, est le principe, et bientôt le télégraphe électrique la plus merveilleuse application. Les sciences naturelles l'attirent aussi; à ses moments perdus, en 1824 par exemple, il est séduit par les hypothèses de Geoffroy Saint-Hilaire sur certaines transformations du crâne et des vertèbres, et en 1832, au Collège de France, il les soutient en dépit de Cuvier. Au milieu de tant d'études, une large place est faite cependant à la philosophie. De 1804 à 1820, il ne cesse de
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s'occuper d'un tableau psychologique, oVi toutes nos opérations intellectuelles se trouvent réduites à quatre systèmes. Cent fois il y revient pour le corriger, le perfectionner, sans parvenir à en faire autre chose qu'une puissante ébauche, qui ne peut jamais le satisfaire. En 1812, il projette de la publier comme une nouvelle logique; mais, l'année suivante, il fait une découverte capitale, dit-il, en métaphysique. En 1818, il revient à son projet d'Éléments de logique, et il en trace le plan pour un cours à l'École normale. Il a sans cesse ce même sujet présent à l'esprit, soit dans sa correspondance avec Maine de Biran, à partir de 1805, soit dans ses discussions à la société philosophique que celui-ci réunit chez lui à Paris, par deux fois, en 1814-1815 (peut-être même dès 1811), et en 1816-1817, où assistaient Royer-CoUard, Guizot, Stappfer. Cousin, etc. On en retrouve les traces dans les lettres d'Ampère, publiées avec celles de son lils par M™' H. C, en 1875, après un autre livre. Journal et Correspondance d'André-Marie Ampère, pubUé par M"" E.-C, en 1872, mais surtout dans de véritables dissertations adressées à Maine de Biran, de 1807 à 1812, publiées avec des fragments, en 1866, par Barthélémy Saint-Hilaire, sous le titre de Philosophie des deux Ampère. Lui-môme est interrompu dans ses travaux philosophiques par la découverte d'OErstedt, en 1820; mais il les reprend en 1829, bien qu'à un autre point de vue, et peut enfin achever un grand ouvrage, dont le premier volume paraît en 1834, et le second en 1843 : Essai sur la Philosophie des sciences ou Exposition analytique d'une classification naturelle de toutes les connaissances humaines.
2. Classification des sciences. — Le philosophe chez Ampère, il le reconnaît lui-même, conserve h dessein les habitudes du chimiste et du naturaliste. L'analyse des faits, telle sera sa méthode favorite, en opposition à la synthèse, trop
souvent arbitraire, que Locke et Condillac, en dépit de leurs déclarations, avaient toujours pratiquée. En outre, le succès de Linné, de Jussieuetde Cuvier dans les sciences naturelles, grâce à leurs classifications, lui fait entreprendre une œuvre semblable en philosophie ; et pour la compléter, toujours à l'exemple des naturalistes et aussi des chimistes, il invente une nomenclature nouvelle. On peut, dit-il, classer soit les objets de nos connaissances, — et c'est le travail du savant, — soit nos connaissances elles-mêmes ounos sciences, — et déjà cette tâche demande un savant doublé d'un philosophe, — soit enfin les opérations ou les facultés de rame, par lesquelles toutes les sciences s'acquièrent, — et c'est là proprement l'œuvre du philosophe. — De ces trois classifications, en effet, la première sétablit par l'étude du monde extérieur ou de la nature ; la seconde, par l'étude de ce monde encore et de la pensée qui le connaît; la troisième, enfin, par l'étude de la pensée seulement. Avant d'examiner cette dernière partie, qui est purement philosophique, rappelons la seconde, qui est scientifique et philosophique à la fois, et qui remplit tout ïEssai su?' la Philosophie des sciences.
Ampère se trouve devant toutes les sciences particulières à peu près comme Jussieu devant les genres de plantes déjà classées par Linné. Jussieu continue la classification de Linné; il groupe les genres en familles, puis les familles eu classes, et les classes elles-mêmes en embranchements. Ampère a devant lui plus que des espèces et des genres, mais de véritables familles de sciences ; avant de passer de cellesci aux classes, il interpose, comme Cuvier, les ordres, ce qui lui fournit un cadre de plus; puis il distingue des sousembranchements, et enfin des sous-règnes, avant les règnes eux-mêmes. Cest par ceux-ci qu'il commence son exposition, comme par le point de vue d'où le regard embrasse le plus
de choses; mais il n'y est parvenu que peu à peu. Ainsi lorsqu'un édifice est construit, le regard en aperçoit d'abord le faîte, et s'abaisse ensuite graduellement aux étages inférieurs, qui vont s"élargissant jusqu'à la base.
Les naturalistes distinguent deux grands règnes: le règne végétal et le règne animal. De même la science comprend le monde physique ou la nature (cosmos), et l'homme intellectuel et moral, ou la pensée (noos) ; de là les sciences cosmologiques et les SCIENCES noologiques.
Chacun de ces règnes comprend deux sous-règnes : ce sera, pour la nature, d'un côté tout ce qui ne vit pas, de l'autre tout ce qui vit: sciences cosmologiques proprement dites et physiologif/ues. Les premières comprennent deux embranchements, celui des sciences m«^A("'//irt^?'ç'i<e.ç (quisesubdivisenten mathématiques proprement dites eXphysico-mathéniatiques), et celui des sciences physiques (qui se subdivisent en physiques proprement dites et en géologiques). Viennent ensuite les sciences du premier ordre, qui correspondent aux classes : arithmétique et géométrie, mécanique eturanologie, etc. ; puis du deuxième ordre, puis du troisième, qui correspondent aux ordres, aux familles, etc. Les sciences physiologiques comprennent de même deux embranchements : sciences naturelles^ avec l'étude des plantes, owphytologie (soit pour les connaître, botanique; soit pour les utiliser, agriculture), et l'étude des animaux, zoologie, aux deux mêmes points de vue [zoologie proprement dite et zootechnie) ; et sciences médicales, qui sont ou physico-médicales (étude de la santé et des moyens de la conserver, physique médicale et hygiène), ou médicales proprement dites (étude de la maladie et des moyens de guérir, nosologie et médecine pratique), etc.
Le règne des sciences noologiques, à son tour, a deux sousrègnes, selon qu'on étudie l'homme seul ou la société humaine : sciences noologiques proprement dites, et sciences sociales.
Les premières ont deux embranchements, selon qu'on étudie les opérations de l'âme en elles-mêmes ou leur exercice et leur produit au dehors: sciences philosophiques, qui deviennent elles-mêmes philosophiques proprement dites {a\ec la psi/chologie et Y ontologie), et morales {avec V éthique et la thélésiologie) ; sciences nootechniques, qui deviennent nootechniqnes proprement dites (avec la technesthè tique et la glossologie, étude de tous les arts, et, en particulier, de ce chef-d'œuvre de l'art humain qui est le langage), et didagmatiqties (avec la littérature et la pédagogique, les deux moyens d'instruction pour Thomme). D'autre part, le sousrègne des sciences sociales a comme embranchements: l'étude des peuples et du gouvernement des peuples, sciences ethnologiques et politiques , les premières qui se subdivisent en ethnologiques proprement dites (ayec Y ethnologie et l'archéologie (étude du caractère des peuples dans le présent, et aussi dans le passé au moyen des monuments), et historiques (avec V histoire ei Vhiérologie, c'est-à-dire encore l'histoire, mais des religions) ; quant aux sciences politiques, elles deviennent, selon qu'elles étudient les conditions d'existence matérielle pour un État ou les conditions d'une société proprement l\m\\ame, physico-sociales (avec l'économie sociale, car à la fin Ampère ne dit plus économie politique, et Y art militaire)^ et ethnégétiqiies (étude des lois et de leur application, nomologie ei politique^.
Sans nous enfoncer davantage dans un détail qui ne s'arrête qu'aux dernières subdivisions, remarquons chez Ampère ce parti pris de retrouver dans la science exactement les mêmes degrés de classification que dans l'histoire naturelle: règnes, embranchements, classes, ordres, familles, genres, espèces. Convaincu de l'excellence de ces cadres, où l'on avait si heureusement fait rentrer et disposé tous les animaux et végétaux, il pense que ce qui avait réussi Ih réussirait aussi
bien avec toutes nos sciences : elles sont un miroir fidèle de la nature; les divisions qui conviennent à la nature doivent donc se retrouver dans une œuvre de l'esprit qui est calquée sur elle. En outre, Ampère pousse la rigueur du mathématicien et du logicien jusqu'à n'admettre à tous les degrés que des couples de sciences ; celles-ci vont deux par deux dans sa classification, chacune ne marche qu'accompagnée de sa suivante, qui dépend d'elle comme l'application dépend de la théorie ou la servante de la maîtresse. Et le tableau dichotomique qu'il présente n'est pas aussi artificiel qu'on aurait pu craindre, en réfléchissant à la rigueur des conditions imposées ; si c'est une gageure, elle a été tenue assez heureusement. Ampère raconte qu'il a d'abord groupé les sciences trois à trois, puis quatre à quatre ; ce n'est qu'au printemps de 1831 qu'il les groupe deux à deux. Il travaille à cette classification depuis 18:29 surtout, s'occupant des sciences cosmologiques cette année méme,etnoologiques l'année suivante. Il l'expose dans son cours au Collège de France en 1831-183::2, et, au mois d'août 1832, il la rédige en commun avec un professeur de Clermont, M. Gonod, et le premier volume est prêt à paraître en décembre 1833, au grand regret d'Ampère, qui vient d'imaginer trop tard un perfectionnement nouveau. Ces dates ne sont pas indilFérentes ; car, pendant les années 1829 et 1830, Auguste Comte enseigne une autre classification des sciences, et commence à la publier à partir de 1830; toutefois, en 1837, Littré, son futur disciple, l'ignorait encore, puisqu'il ne parle, avec admiration d'ailleurs, que de celle d'Ampère. Comte, afin d'assurer un caractère plus scientifique, pense-t-il, à l'étude de tout ce qui se rapporte à l'homme, rattache immédiatement, sous le nom de sociologie, la science des choses humaines aux sciences précédentes, biologie, chimie, physique, etc., tandis qu'Ampère maintient la séparation cartésienne en deux règnes, cosmologique et noolo-
gique, c'est-à-dire rétendue ou la matière, et la pensée ou Tesprit. II déclare aussi d'ailleurs que l'étude de l'homme ne doit venir qu'après celle de la nature, parce que l'étude de son intelligence, de ses sentiments, de ses passions, suppose celle de ses organes et du monde quil habite.
3. PASSivnÉ ET ACTIVITÉ DE l'ame. — Dès 1804, Ampère réduit à quatre toutes nos opérations intellectuelles : sentir, agir, comparer pour classer, enûn expliquer par des causes. Plus tard, peut-être en 1813, sûrement en 1817 (lettre du 28 mars), il les groupe aussi deux à deux, en distinguant ce qui se passe dans l'esprit avant et après l'acquisition du langage. C'est reconnaître, d'une part, l'importance et la nécessité des termes généraux pour exprimer les idées qui sont, en eflfet, des idées générales. D'autre part, c'est étendre bien au delà des bornes ordinaires le domaine de la vie psychologique, puisqu'il y fait place, avant que l'enfant parle, à tout un inonde de sensations et déjà môme à une certaine conscience du moi. Et Ampère ne se contente pas d'observer les enfants; les animaux sont aussi appelés en témoignage pour Tétude de cette vie psychologique si rudimentaire encore. Ici c"est l'analyse qui éclaire et instruit le savant, une analyse semblable à celle des chimistes, comme tout à l'heure il employait de préférence pour sa classification les cadres des naturalistes.
Toute sensation est à la fois représentation de quelque chose et affection de plaisir ou de douleur. Tantôt l'un des deux éléments domine, tantôt l'autre ; mais les deux se trouvent toujours ensemble. Les sensations du goût et de l'odorat sont surtout affectives; pourtant elles deviennent aussi représentatives chez l'aveugle, par exemple, qui dans la boutique d'un pharmacien reconnaît les médicaments à l'odeur, chez le botaniste qui porte certaines plantes à ses narines et parfois à sa bouche pour les discerner, chez le chien
de chasse qui sent par le flair les traces du gibier. Par contre, les sensations de la vue et du toucher, qui sont surtout représentatives, ont commencé par être affectives, et le sont môme encore parfois : la lumière et les couleurs impressionnent agréablement les yeux du petit enfant, et le rouge suffit pour mettre certains animaux erv fureur. Règle générale, dans toute sensation l'habitude seule a flétri la partie affective, pour le plus grand avantage de la partie représenta tive, que, sans cela, l'autre couvre et dérobe.
Ampère analyse aussi les perceptions formées de plusieurs sensations. Il montre comment à chaque sensation présente s'ajoute le souvenir des sensations semblables antérieurement éprouvées, qui renforcent et complètent cette dernière. A l'Opéra italien vous avez beau tendre l'oreille : le chant n'est pour vous qu'une suite de modulations ou de notes, et non pas de mots ; mais prenez en main le livret et suivez des yeux les paroles qu'on chante : ces caractères vus et lus réveillent en vous comme un écho des sons correspondants, et ceux-ci donnent un sens à l'air que vous écoutez ; vous entendez maintenant chaque mot, et même chaque syllabe, dans la voix du chanteur. Ampère donne le nom de concrétion à ce curieux phénomène que lui avait signalé Laplace, et qci'il explique si bien par cette addition d'anciennes sensations que la lecture renouvelle, aux sensations présentes qui sans cela ne suffiraient pas à produire une audition parfaite. Il montre aussi comment deux séries de sensations, assez complexes Tune et l'autre, peuvent trouver place ensemble dans l'esprit sans se confondre, et se déroulent parallèlement. Un ouvrier poursuit son travail manuel tout en causant ; il est attentif, d'un côté, aux paroles qu'il entend et à ce qu'elles signifient, et il y répond ; d'un autre côté, ses mains continuent leur besogne et font à propos tous les mouvements que l'ouvrage demande. C'est là un cas très perfectionné déjà; Am-
père étudie aussi des cas plus simples, les associations d'images visuelles, tactiles, auditives, qui demeurent unies par le seul lait quelles se sont une fois produites ensemble, et qui plus tard, dans des circonstances à peu près pareilles, se reproduisent toujours en bloc avec une régularité mécanique qui nous donne lillusion de la conscience et de la mémoire chez les animaux : est-on sur cependant qu'ils reconnaissent toujours les sensations qu'ils ont éprouvées, et qu'ils les reportent à un certain moment de leur passé ?
C'est qu'Ampère distingue avec un soin extrême un premier système de connaissances, tout sensitif, et un second, le système actif. Jusque-là Uétre sentant n'a pas le sentiment du moi ni de sa propre durée; il est tout entier à la sensation présente, ou plutôt, puisque celle-ci est toujours jointe au souvenir des sensations antérieures, son moi est comme répandu et absorbé dans toute la masse de ses sensations ; il y subsiste à l'état diffus, et ne s'est pas encore condensé et concentré en lui-même à part. Ceci exige une révolution véritable, qui s'opère avec le premier effort, lorsque l'être sentant agit enfin ; l'effet de cet effort est pour lui de se détacher de la sensation, de s'en distinguer et d'avoir conscience de soi. Le moi, qui était tout à l'heure, par exemple, odeur de rose, selon un mot de Condillac que rappelle Ampère, n'était pas encore luimôme. Ils le devient de plus en plus par son attention aux objets et à leur impression sur lui. Non content de voir, d'entendre, il regarde maintenant, il écoute, dit Ampère, et son fils corrige après lui le vers bien connu de Delisle sur le visiteur égaré seul et sans lumière dans les catacombes de Rome :
Il ue voit que la nuit, u'euteud que le silence.
Le silence et la nuit s'offrent en effet à sajue, à son ouïe, mais lorsqu'il a d'abord regardé et écoulé. La ménioh'e présente les mômes cas, comme le prouve l'expression « je me rappelle »
(je fais moi-môme appel à mes souvenirs), et cette autre, un peu vieillie, mais si juste, « il me souvient » (cela me revient tout seul à l'esprit). Une preuve aussi que dans la perception il y a deux choses, la sensation, et l'attention ou l'effort qui se porte sur elle, c'est que souvent le souvenir n'est pas égal pour les deux : on se souvient d'un certain effort qu'on a fait, on ne se souvient plus de ce qui en était l'objet. La nuit, dans le rêve, on n'a plus de perception actuelle ni des objets ni du moi ; alors les sensations passées reviennent et sont comme présentes, de même les sentiments passés qu'on avait du moi; ou plutôt il n'y a pas plus de passé qu'il n'y a de présent, il n'y a plus d'objet ni de sujet nettement distinct ; avec l'activité de l'âme, avec l'effort, disparaît la vraie vie psychologique et tout ce qu'elle produit, et l'on retombe dans un état simplement sensitif ou passif. Ampère distingue, contre Maine de Biran, l'effort, qui n'est pas toujours la sensation musculaire, celle-ci pouvant exister sans lui, comme lorsqu'on saisit le bras d'un petit enfant, et qu'on le secoue; l'enfant reste passif dans ce mouvement, dont il n'est pas cause, et ne prend pas pour cela conscience de lui-même, de son moi. Ajoutons enfin que l'activité n'est jamais pleine et entière, et qu'elle ne peut s'exercer sans rencontrer une résistance et ressentir en soi une passivité qu'elle subit ; c'est dire qu'au sentiment du moi se joint aussitôt la sensation de quelque chose qui n'est pas moi, d'un non-moi, comme on dit, qui n'en existe pas moins. Maine de Biran avait analysé ce système actif de nos connaissances, ainsi que le premier, purement sensitif, en même temps qu'Ampère. Celui-ci le savait, et marque ainsi la différence entre eux dans une lettre d'août 1806 : « Ma manière de concevoir les phénomènes intellectuels est plus simple, et, à ce qu'il me semble, plus d'accord avec les faits ; mais elle n'élève point l'âme autant que la sienne, et ne donne pas une si haute idée de cette
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force innée de la volonté, libre par essence, dont il fait découler toutes ses explications. »
4. Lk subjectif ht l"obji;ctif. — AmpÎTC, en effet, ne se détourne pas, comme Maine de Biran, vers la volonté, ce qui l'eût conduit à une doctrine morale, voisine du stoïcisme; il s'enfonce dans l'étude de l'intelligence et de la raison, et se contente d'une théorie plutôt intellectuelle. Il est assez préoccupé, on le voit dans une lettre du 18 septembre 1810, des conséquences fâcheuses et funestes que peut avoir la psychologie comme on l'entend d'ordinaire. N'enferme-t-elle pas chacun de nous dans son âme, comme dans une prison solitaire, dont il lui est impossible de sortir? Le moi existe sans doute; et encore de quelle sorte d'existence? purement apparente et de surface? ou fondamentale et substantielle? Mais les choses, n'en avons-nous aussi que des représentations dont nous pouvons toujours douter, parce que ce ne sont que nos sensations, nos modifications, lesquelles ne nous assurent pas de l'existence des objets réels? Ampère, qui est un savant, se montre moins disposé qu'un simple psychologue à faire bon marché du monde extérieur. Le monde de Copernic et de Kepler, de Galilée, de Lavoisier, de Jussieu, dont il connaît, dont il découvre môme les lois, ce n'est pas lui qui en mettrait en doute la réahté objective. Aux justes réclamations du savant s'ajoutent les protestations non moins légitimes de l'homme en faveur des autres hommes, ses amis ou ses semblables, qui existent bien aussi en eux-mêmes, et qui ne sont pas de simples groupes de sensations en lui seul. La morale, encore plus que la science, se refuse à accepter une psychologie qui mène droit à l'idéalisme, c'est-à-dire pour Ampère au scepticisme, et il est très inquiet de cette conséquence. L'Écossais Reid déjà, en bon père de famille, n'entendait pas que sa femme, que ses enfants n'eussent d'existence que
comme de simples images ou hallucinations de son propre cerveau. C'est le bon sens qui parle ainsi, et Ampère, de crainte que la psychologie ne creuse un abîme entre chacun de nous, c'est-à-dire le moi, et tous les autres êtres et objets, cherche, comme il dit, « un pont « qui permette de rejoindre ceux-ci, de rentrer en communication avec eux et de s'assurer de leur existence.
Si pourtant cet abîme était imaginaire, si rien ne nous séparait des réalités extérieures, « un pont » serait inutile, et c'est ce que prétendait Reid. Nous saisissons du premier coup les objets, selon lui, nous en avons l'intuition directe et immédiate, grâce à la perception. On aurait tort de croire que celle-ci nous ramène à nous seuls, et qu'elle se réduise à de simples sensations ou modifications de notre âme. Elle n'est pas si simple ni si vide, elle contient quoique chose de réel extérieurement, sur quoi nous avons prise et que nous tenons par elle, et que nous ne devons pas laisser échapper. Maine de Biran est bien de cet avis, mais pour un seul genre de perceptions et non pour toutes : il réserve à la sensation musculaire le privilège de nous faire connaître autre chose qu'une sensation pure et simple ; grâce à ulle nous connaissons une réalité, et même deux, la nôtre et celle du dehors. A quoi bon, s'il en est ainsi, se tourmenter pour la solution d'un problème qui ne se pose même pas ? Vous vous imaginiez ne connaître que vous au monde, et vous vous en plaigniez: regardez-y de plus près, vous connaissez véritablement et vous, et vos semblables, et les objets qui composent la nature.
Par bonheur Ampère, grâce à ses amis de Lyon, paraît avoir connu Kant, avant d'être informé à Paris de la philosophie écossaise, et c'est ce qui l'empêche d'accepter, comme Maine de Biran, l'expédientli'op commode deReid. lll'écarte en 1812. Si nous avons, en effet, la connaissance immédiate des réalités extérieures aussi bien que de nos sensations propres, quelle
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différence y a-t-il entre les unes et les autres ? Celles-ci, de laveu de tous, sont entièrement subjectives, sans doute parce <{ue nous en avons immédiatement conscience. Mais, s'il en est lie môme des autres, ne deviennent-elles pas aussi subjectives ? Vous voulez que les réalités bénéficient des mômes conditions de certitude que ce qui se passe uniquement, exclusivement en nous ; vous les faites ainsi rentrer en nous, vous les réduisez à n'ôti-e également que des sensations ; elles cessent d'ôtre des réalités ; et alors en ôtes-vous plus avancés avec la certitude que vous leur attribuez ? Demander pour les objets de la connaissance scientifique la môme adhésion, ni plus ni moins, que pour ce que nous ressentons et éprouvons en nous-mêmes, c'est dégrader et dénaturer ces objets, leur ôter le caractère d'objets intellectuels et réels à la fois, et les faire tomber à l'état de sensations variables et incertaines ; c'est changer en apparence purement sensible la réalité intelligible, et en simple phénomène ce qu'on donnait pour un noumène. Le problème subsiste donc tout entier : comment la psychologie nous perinettra-t-elle de rétablir les communications qu'elle-même a rompues, semble- t-il, entre le moi et toute réalité extérieure? Car le sentiment de l'effort ne nous donne lui-même que deux apparences de réalité, qui ne sont certainement pas les réalités véritables : un moi qui nous apparaît comme un tissu de sensations, et un monde extérieur qui nous apparaît également tout revêtu de qualités sensibles ; mais le ciel de Newton n'est pas celui que chacun de nous peut voir, par une nuit étoilée, avec ses propres yeux, et le moi dont nous avons à chaque instant conscience n'est sans doute pas non plus l'autre moi, intime et profond, qui subsiste toujours pendant le sommeil et les rêves, la substance réelle du moi. l'âme, enfin, dont la spiritualité et l'immortalité importent si fort à la morale. Immédiatement nous ne percevons que le monde phénoménique et le moi phénoménal :
reste à établir l'existence du monde nouménique, et celle du moi nouménal.
5, Monde phénoménique et monde nouménique. — C'est à l'activité du moi qu'Ampère rapportait déjà la conscience que celui-ci prend de lui-môme. Cette activité va lui fournir encore l'explication des idées et du langage. Répondant là-dessus à M, de Donald : l'homme, disait-il, ne conçoit point des idées parce qu'il parle ; mais il parle parce qu'il conçoit, et les signes ne pourraient faire concevoii' ce qu'on n'a pas encore conçu. 'Il s'étonne qu'un philosophe spiritualiste cependant traite l'àme comme une chose inerte, recevant tout du dehors, ainsi que le soutiennent sensualistes et matérialistes. Ceux-ci ne voient au dehors que des choses particulières, i-ien de général : ils n'admettent donc aussi dans l'àme que des sensations particulières, point d'idées. Les partisans des idées, à leur tour, ceux du moins qui ne comprennent que ce même mode, tout extérieur et matériel, d'acquisition de la connaissance, se croient forcés, pour admettre des idées dans l'àme, de supposer d'abord des types ou des exemplaires de ces idées, comme autant de réalités hors d'elle. Ampère ne l'entend pas ainsi, précisément parce qu'il va, non pas des objets à l'àme, o,u des choses à la pensée; mais il s'établit d'abord, en bon psychologue, dans le sujet pensant, et s'occupe ensuite d'en sortir pour atteindre le réel.
L'esprit se plaît à faire, entre les objets qui lui apparaissent, des comparaisons, non pas toujours seulement pour observer et noter les parties qui peuvent leur être communes ; on explique bien ainsi l'idée comparative d'oiseau, par exemple : c'est, tout animal qui a des ailes, un bec, des pattes, etc. (Ampère remarque même, comme une condition de cette association et réunion de parties communes, une séparation et dissociation préalable, que l'homme seul
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semble capable de faire, iioii pas ranimai). Mais comment expliquer Tidée de couleur, par exemple ? Qu'est-ce que le rouge, le bleu, le jaune ont de commun, j'entends matériellement, comme une partie qui pourrait se détacher de l'ensemble ainsi que les ailes se détachent du corps do loiseau? Ici l'idée générale consiste donc surtout, manifestement, dans l'acte de l'esprit qui rapproche l'une de l'autre les différentes sensations de l'œil, et les réunit sous un même nom. Le mot exprime à la fois cet acte de rassembler des sensations, et le fait d'une ressemblance entre elles. Cette idée d'ailleurs est inséparable des éléments mêmes qui la fournissent, c'està-dire de nos propres sensations, ou des choses telles qu'elles nous apparaissent, c'est-à-dire de leurs apparences en nous, dans notre organisme et dans notre esprit. Aussi disons-nous qu'il y a sans doute dans les objets quelque chose qui nous les fait apparaître colorés, chauds ou froids, etc., mais eux-mêmes ne sont pas précisément cela. Nous ne devons pas transporter en eux comme des qualités qui leur appartiennent ce que nous savons fort bien ne tenir qu'à la constitution de notre être sensible.
Il n'en est pas de même de certains autres rapports. Voici, par exemple, trois branches d'arbre : je remplace celle du milieu, ou deux d'entre elles, ou même les trois par des feuilles ou par des fruits : les objets sont changés et avec eux leur aspect sensible ; mais ce qui ne change pas, c'est leur position et leur nombre. Voici trois oranges vertes, et deux autres jaunes : je dis que celles-ci sont mûres et les premières non ; mais cette différence ne m'empêche pas de les compter^ ensemble et de trouver qu'elles sont trois et deux, c'est-à-dire cinq, et qu'il y en a plus de vertes que de jaunes, ou moins de jaunes que de vertes. Quelle ressemblance, d'autre part, entre cinq hommes et cinq étoiles ? Aucune, sinon que j'en compte cinq d'un côté et cinq aussi de