‹ La Philosophie et le temps présent (volume 2)Chapitre 24 sur 30 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DU aUI.E DE LA FOI xMORALE EX PHILOSOPHIE

Ainsi peu à peu se forme à nos yeux l'image complète d'une philosophie vraiment universelle et vraiment humcàine. A cette philosophie rien d'humain n'est étranger. Elle emploie toute l'âme, toutes les ressources intellectuelles et morales. L'imagination y concourt, et aussi le sentiment et la volonté. L'erreur n'est pas de voir dans la métaphysique un art, une œuvre morale : c'est de n'y voir que cela, et de prétendre que cela en exclut le savoir. Nous venons de montrer comment l'imagination, le sentiment, la volonté, la bonne volonté rendent d'une certaine manière le savoir lui-même possible. Et il faut dire aussi qu'ils y ajoutent. Pour l'imagination, nous avons vu comment elle permet de dépasser les limites de la

science. Voyons comment la volonté fait de même d'une autre manière.

Croire est un acte à la fois, intellectuel et moral très naturel, très nécessaire, très légitime, qui a sa place en philosophie. 11 y a une façon d'entendre cet acte qui est tout à fait dangereuse et fausse. Il semble que pour croire il faille renoncer à la raison. La foi est conçue comme entièrement indépendante de là raison, sinon comme en oppo- ^sition et en contradiction avec elle. On en parle comme si dans ce nouveau domaine les lois de la pensée n'avaient plus cours. On dit que tout fondement rationnel est inutile, et impossible. On se réjouit de ne pouvoir plus prouver, de n'avoir plus, pense-t-on, besoin de prouver. Il suffit de vouloir que l'ordre moral soit, que Dieu soit, que l'être soit, et ce vouloir communique aux objets de la pensée, comment dirai-je? une vitalité inattendue. 11 a une vertu magique. En vain la pensée, appliquant à ses objets une analyse à outrance, les dissout et y découvre une impossibilité d'exister, une inaptitude radicale à l'existence. Parmi ces contradictions la foi triomphe. Tant mieux pour elle si sans elle rien ne subsiste. Ainsi l'on

se fait de Ja foi une idée chimérique, et l'on va se persuadant qu'elle se passe de tout fondement rationnel, et persuadant aux esprits moins prévenus en sa faveur qu'en effet tout fondement rationnel lui manquant, rien n'est plus ruineux que la croyance. Quelques-uns rejettent même ce mot comme impliquant encore quelque reste ou quelque germe de connaissance. Croire, c'est encore en quelque manière penser. On ne veut plus conserver qu'une espérance. Et la métaphysique, sans savoir, sans croyance, n'est plus ,' qu'un espoir, mais quel espoir que celui que nulle raison proprement dite ne justifie ! C'est un enchantement, rien de plus, et pour nommer enfin cela de son nom véritable;, c'est une illusion.

. Je voudrais montrer que la notion juste de la foi est tout autre.

On sait proprement quand la raison d'affirmer est dans la chose même. On croit^ quand on affirme , non pas sans raison , mais pour des raisons plus ou moins étrangères à la chose même.

Voilà une notion élémentaire qu'il importe de se remettre sous les yeux. C'est une essentielle

règle de méthode qu'il faut d'abord prendre les mots dans leur sens exact et précis. Rien de plus périlleux que de les amplifier et de leur donner des proportions démesurées. C'est, en parlant, ne plus savoir ce que Ton dit. On retrouvera d'autant mieux l'ampleur, celle qui est naturelle et légitime, qu'on aura commencé par une notion juste. L'agrandissement du sens sera développement, non déviation.

Quand a la vérité est prouvée par des raisons tirées de l'intérieur de la chose », il y a savoir proprement dit. « La science se tire de l'objet même... La raison qui détermine l'assentiment est dans l'objet même. » Quand cyi contraire la raison d'adhérer à une proposition a se tire de celui qui propose », il y a croyance ou foi. « La raison qui détermine est dans l'autorité de la personne qui parle. » La chçse, en elle-même, demeure, en partie du moine, cachée à nos regards. « La foi suppose toujours quelque obscurité dans la chose \ »

Le type de toute croyance ou de toute foi, c'est donc l'affirmation d'une chose sur le témoi-

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