PRÉFACE. XXI
propose un examen de conscience intellectuel, indispensable et salutaire, et des règles pour la direction de l'esprit, règles simples, règles communes, mais appropriées aux circonstances présentes, aux besoins présents. Que par là il soit utile, c'est tout le vœu de son auteur.
Nous traversons une crise, disions-nous plus haut. C'est bien le mot exact, le mot propre. Toute cette agitation sera pour le salut, non pour la perte, pour la vie, non pour la mort, si nous osons vouloir comme il faut. De nos efforts présents ou de notre mollesse présente dépendent beaucoup de choses. Ce qui se fait vaut surtout comme prélude de ce qui se fera plus tard. Jamais il ne fut plus vrai de dire que le présent est gros de l'avenir. C'est une crise. Quelque chose donc est à discerner, à décider. Le discernement et la décision s'annoncent et s'essaient. Chacun de nos actes prépare le dénouement. L'avenir sera, en partie, ce que nous voudrons qu'il soit, ce que nous le ferons.
Voyons-nous assez toute la portée de cela?
Pensons-nous assez à l'importance de notre
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tâche, nous qui avons le sentiment et la conscience que chacune de nos paroles aura un retentissement prolongé bien loin par delà Finstant présent, et que ceci que nous pensons et que nous disons et que nous faisons, sert à préparer et comme à préformer l'avenir, c'est-à-dire à procurer à des hommes des trésors de force ou des trésors de faiblesse, si je puis parler ainsi, des joies ou des souffrances, des biens ou des maux?
Cela étant, nos devoirs, dans l'ordre de la pensée, le seul dont nous voulions parler ici, prennent une importance tragique, ou, plutôt, ils sont tout simplement des devoirs très sérieux et trop oubliés. Oserai-je dire qu'ils se résument tous dans le courage, et que, pour ranimer ce courage prêt à s'éteindre, c'est faire quelque chose que de travailler le plus et le mieux possible à rendre à l'esprit confiance dans la vérité, son objet, et confiance dans ses ressources bien employées?
Paris, le 24 décembre 1893.