‹ La philosophie française [microform]Chapitre 6 sur 24 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

PASCAL

Entre Descartes et Pascal il y a plus que des différences profondes de pensée atténuées en certains points par quelques accords et par une commune participation à l'esprit de la science nouvelle : il y a une différence saisissante de dispositions intellectuelles ou, pour mieux dire, d'états d'âme. — Chez Descartes la recherche est excitée et soutenue par une curiosité vive sans doute, mais toute de sang-froid cependant, par une curiosité qui se fraie sa voie régulière et presque inflexible, et que même l'exaltation momentanée d'une admirable découverte ne porte pas à se précipiter : chez Descartes le doute n'a pas d'angoisses ; il est une méthode critique ; il n'est pas une crise, et la certitude peu à peu conquise assure à la fois la possession de l'esprit par lui-même et la puissance de l'esprit sur la nature : la métaphysique intervient pour justifier la physique, et la morale du contentement intellectuel et de l'amour intellectuel de Dieu pour couronner, sans les dégrader, la morale et l'intégrité de l'existence naturelle. — Chez Pascal la curiosité déborde l'esprit de méthode ; la puissance d'invention et de découverte brise les cadres de tout système ; la recherche de la vérité est passionnée et impétueuse : elle ne se rattache pas seulement à un intense désir d'épuiser toutes les forces de l'evsprit, mais elle se ramène avant tout sur l'homme et sur ce qui l'intéresse éminemment, sur le sens de sa nature qui est pleine de contradictions

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PASCAL

et de sa destinée qui est pleine de mystères. Ce n'est pas seulement un philosophe qui développe des théories, c'est un homme qui cherche en gémissant.

Mais, y a-t-il une philosophie de Pascal? On sait ce qu'il a dit de toute philosophie : « La philosophie ne vaut pas une heure de peine. » Mais c'est que pour lui toute philosophie était une œuvre artificielle d'unification par un principe. Les philosophes ont confondu l'unification et l'ordre. Pascal révélera les difficultés et les contradictions qui s'opposent aux systèmes. Quelle qu'elle soit, cherchant à réaliser l'ordre par l'unification, la philosophie est toujours incomplète : mais si pour lui il n'a pas voulu être philosophe, ses pensées n'en constituent pas moins une philosophie, et il apporte des vues nouvelles en étudiant la physique, la géométrie, et surtout l'homme.

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