‹ La philosophie françaiseChapitre 14 sur 21 · PONTENELLE ET BAYLE IM · texte numérisé non relu

PONTENELLE ET BAYLE IM

sa doctrine, mais pour sa personne? C'est fort possible. Mais il s'attaque également aux idées religieuses en tant qu'elles prennent la forme dogmatique : création, providence. — En particulier, lorsque la raison s'applique à la conception chrétienne du Dieu-providence, elle aboutit, selon lui, à d'inextricables contradictions. Le problème du mal sert à Bayle à rassembler contre l'idée de la Providence toutes les objections anciennes et modernes ; il établit par l'histoire qu'elle est une selle à tous chevaux, une idée commode dont toutes les sectes, se servent pour attribuer chacune à Dieu des desseins contraires ; il établit par la philosophie qu'à l'objection insoluble du mal physique et du mal moral, rh3rpothèse des Manichéens, qui admettent un double principe du monde, un principe du mal et un principe du bien, sans être exempte de difficultés, est la plus plausible ; c'est pour répondre à Bayle que Leibniz écrivit sa Théodicie, — Ainsi est mis en relief l'antagonisme de l'esprit de Bayle et de celui de Leibniz ; s'ils manifestent l'un et l'autre une curiosité vraiment universelle, ils n'en représentent pas moins des tendances inconciliables; le premier s'offrant à nous comme le type de l'esprit critique pur, le second apparaissant comme le modèle du génie créateur qui sent le besoin d'être l'architecte d'une construction positive.

Néanmoins, il ne serait pas impossible de. relever dans les écrits de Bayle quelques éléments positifs. Telle apparaîtrait par exemple sa conception des atomes animés, qui semble le rapprocher de la Monadologie. Mais elle le rapproche davantage en réalité du naturalisme du dix-huitième siècle et d'une espèce d'hylozoïsme. Au fond Bayle n'est détourné du mécanisme cartésien que par ce que celui-ci a de trop intelligible. Et si l'on peut trouver chez lui les lignes d'une certaine méthode rationnelle, elles ne sont pas très fermes, ni très rigoureusement tracées. Il faut laisser Bayle à son rôle, qui a été d'user du raisonnement

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contre la raison, et d'avoir fait du rationalisme une méthode de critique formaliste soutenue par l'érudition. En fait, il préside à la dissolution de l'esprit cartésien, dont nous allons maintenant trouver la négation directe avec le dix-huitième siècle proprement dit.

Une œuvre comme celle de Bayle reste uniquement critique^ et c'est pour cela. que nous ne pouvons croire qu'elle ait le dernier mot. Mais des œuvres de ce genre, si irritantes qu'elles soient provisoirement, sont utiles en ce qu'elles préparent de nouvelles façons de voir les problèmes et de nouvelles méthodes pour les résoudre.

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