VOLONTÉ HUMAINE
Est-il nécessaire de prouver Dieu, quand non seulement la doctrine des Idées, mais toute doctrine le suppose? Il n'y a dans le fond aucune vérité qui ait plus de preuves que celle de l'existence de Dieu. On peut même, pour mieux frapper certains esprits, en employer de sensibles, montrer par exemple que la moindre modification de notre âme étant inexplicable par Taction extérieure des corps, ne peut trouver son explication complète que dans l'existence et l'action d'un Être, cap8d)le pour la produire de connaître dans leur ensemble et dans leurs moindres effets les lois générales de la nature et spécialement les lois de l'union des âmes et des corps. Mais les meilleures preuves, selon Malebranche, sont les preuves métaphysiques, celles qui considèrent directement l'idée de l'Infini, ou, pour parler plus exactement, l'Infini. Ce sont elles que Descartes a fait valoir et comme résumées quand, de ce que l'on doit attribuer à une chose ce que l'on conçoit clairement enfermé dans l'idée qui la représente, et de ce que l'existence nécessaire est enfermée dans l'idée qui représente im Être infiniment parfait, il a conclu que l'Être infiniment parlait existe. Cet argument cartésien apparaît irréfutable, surtout si l'on prend bien garde que l'idée de Dieu, qui est l'idée, non de tel être, mais de l'Être en général, de l'Être sans restriction, de l'Être infini, n'est point une idée composée qui enferme par là ijuelque limitation et puisse même enfermer quelque
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contradiction, mais l'idée simple de l'Être absolument véritable, et qu'il n'y aurait de contradiction précisément que si l'Être aibsolument véritable était sans existence. Cependant le raisonnement de Descartes, si décisif qu'il lui semble, a aux yeux de Malebranche ce défaut d'être un raisonnement. Il va de l'idée de Dieu à l'existence de Dieu comme si pour la pensée l'existence de Dieu pouvait être un moment séparée de l'idée de Dieu. Il est plus conforme à ce qu'est l'existence de Dieu de dire qu'elle est aperçue par simple vue. Rien de fini en effet ne peut représenter rinfmi : si l'Infini se voit, il ne peut se voir qu'en luimême. C'est même une impropriété de langage, quoique souvent inévitable, de parler de l'idée de Dieu : car les idées, au sens très précis du mot, ont pour rôle de représenter intelligiblement des êtres dont l'existence n'est point nécessaire ; elles impliquent la distinction de l'essence et de l'existence; l'Être infini n'a point d'idée qui le représente et par rapport* à laquelle on pourrait se demander s'il existe ou non : le concevoir, c'est le voir, et on ne peut le voir qu'il n'existe. {Recherche de la Vérité^ liv. III, partie II, chap. VI ; chap. vu, 2; liv. IV, chap. xi, 2; liv. VI, 2^ partie, chap. vi ; Entretiens sur la Métaphysique : Deuxième entretien.)
Dieu est donc : mais qu'est Dieu? On doit lui attribuer toutes les perfections réelles qui sont capables d'être portées à l'infini, c'est-à-dire qui n'impliquent pas de limitations essentielles. En elles-mêmes ces perfections sont intelligibles, c'est-à-dire assez clairement et distinctement conçues comme telles pour qu'elles soient jugées appartenir à la nature de Dieu ; mais, portées à l'infini, elles sont incompréhensibles, c'est-à-dire qu'elles ne peuvent être embrassées par nos esprits dans tout ce qu'elles sont, et qu'elles no doivent jamais être ramenées à notre mesure. Malebrancbe fait un vigoureux effort pour éliminer de sa doctrine des attributs divins tout anthropomorphisme.
En ce sens il va même jusqu'à dire que c'est, rigou* reusement parlant, une impropriété que d'appeler Dieu un esprit : quand on l'appelle de ce nom, ce doit être moins pour montrer positivement ce qu'il est que pour signifier qu'il n'est pas matériel. Dieu est plus au-dessus des esprits créés que ces esprits ne sont au-dessus des corps ; do même qu'il enferme en lui les perfections de la matière sans être matériel, il comprend l^s perfections des esprits créés sans être esprit comme nous le sommes. Son nom véritable est : Celui qui est^ l'être sans restriction, l'être infini et universel. {Recherche de la Vérité, III, partie II, chap. ix,