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QU'ILS SURAJOUTENT A LA SCIENCE

Faut-il conclure de ce qui précède que le néovitalisme doive, à bref délai, l'emporter sur le mécanisme, dans le domaine des sciences biologiques? Ou doit-on, cette fois, s'incliner devant l'éternel refrain des sceptiques : l'inéluctable diversité des opinions? Les sciences biologiques, artifices commodes pour agir sur certains phénomènes partiels, devront-elles, impuissantes à nous apprendre quoi que ce soit sur la vie elle-même, se débattre à jamais entre des conclusions contradictoires?

Mais, à y regarder avec plus d'attention, on pourrait peut-être s'apercevoir que chez les néovitalistes, comme chez les mécanistes, tout ce qui est explication scientifique, tout ce qui est obtenu par les méthodes de la science biologique n'est pas

seulement équivalent, mais encore identique. Ouvrez un livre de biologie, qu'il soit vitaliste ou mécaniste, vous y verrez, comme conclusions affirmatives, donc comme contenu scientifique, des propositions rigoureusement contrôlées par la méthode expérimentale; et si vous avez à faire à un savant rigoureux, vous n'y verrez affirmé, d'une façon certaine, que cela. Or, de même que dans les sciences physico-chimiques, le contrôle expérimental, dans des conditions semblables, peut-il ne pas donner des résultats rigoureusement semblables? Le contraira serait incompréhensible.

En quoi donc alors et où le vitalisme difîère-t-il du mécanisme? La conclusion est nécessaire : partout où Ton voudra, pourvu que ce soit ailleurs que dans le contenu de la science, ailleurs que dans ce qui est de stricte observance scientifique. Et en même temps que tombe Tobjection chère à l'agnosticisme se précise définitivement le domaine commun du vitalisme et du mécanisme, la part que le premier fait au second, et la ligne à partir de laquelle ils divergent : les divergences des biologistes n'ont rien qui puissent diminuer la confiance que nous pouvons avoir en la biologie, parce qu'elles ne concernent pas la biologie.

On voit aussitôt dans quel domaine se heurtent lés divergences entre vitalit-tcs et mécanistes. puisqu'elles n'existent pas dans le domaine scien-

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tifique : dans le domaine des hypothèses très générales, partant dans celui de la métaphysique, comme il est tout naturel. Mais avant d'entrer dans ce domaine du rêve individuel, nous sommes forcés de traverser, si nous voulons renoncer aux chimères qui ne sont chères qu'aux ignorants, le domaine de l'universel et du nécessaire : le domaine de la science pure. Et, dans ce domaine, vitalistes et mécanistes s'accordent ; ou plutôt il n'y a pas de place pour le vitalisme, il n'y a que du mécanisme. La science etpérimentaleraent contrôlée n'a rien établi encore qui ne soit en harmonie avec la conception physico-chimique de la vie et la conception mécaniste de l'évolution. Là où celles-ci sont insuffisantes, — et ces insuffisances sont nombreuses et considérables, il faut le reconnaître impartialement et explicitement, — elle n'a pas mis autre chose. Elle a simplement laissé ouverte notre ignorance actuelle le champ de Thypothèse et c'est là seulement que peuvent paraître spécieuses les hypothèses vitalistes.

Les philosophes les mieux instruits des sciences biologiques, et qui seraient, par leurs tendances, les plus portés à outrepasser cette ligne de démarcation entre la science contrôlée et les hypothèses théoriques, ne Tadmettent-ils pas nettement?

« Maintenant, je reconnais que la science positive peut et doit procéder comme si Torçanisation

était un travail du même genre (c'est-à-dire mécanique). A cette condition seulement elle aura prise sur les corps organisés. Son objet n'est pas, en effet, de nous révéler le fond des choses, mais de nous fournir le meilleur moyen d'agir sur elles. Or la physique et la chimie sont des sciences déjà avancées, et la matière vivante ne se prête à notre action que dans la mesure oCi nous pouvons la traiter par les procédés de notre physique et de notre chimie. L'organisation ne sera donc étudiable scientifiquement que si le corps organisé a élé assimilé d'abord à une machine. Les cellule» seront les pièces de la machine, l'organisme en sera l'assemblage.

Et les travaux élémentaires qui ont organisé les parties seront censés être les éléments réels du travail qui a organisé le tout. Voilà le point de vue de la science. [Tout autre, à notre avis, est celui de la philosophie » *.

Si nous nous adressons aux vitalistes plus purement savants, Driesch ou Reinke, nous voyons aussi que leur vitalisme n'apparaît jamais qu'à l'heure de l'hypothèse; et les hypothèses vitalistes prôsentept même de très près les caractères des hypothèses métaphysiques, car elles ne semblent guère conçues en termes vérifiables. Les « dominantes »

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