LE TON NOUVEAU DE LA PHILOSOPHIE
Une réaction très forte s'est dessinée de nos jours contre celte tendance déplorable à un divorce absolu entre la science et la philosophie. Sauf chez les fossiles, la philosophie actuelle, même celle que la science est loin, très loin de satisfaire, commence toujours par prendre une connaissance scrupuleuse des résultats, des méthodes, des hypothèses de la science. Celte préoccupation est très sensible dans les ouvrages d'Hamelin, deBoulroux ou de Bergson, par exemple, et parmi ceux qui s'occupent plus particulièrement de philosophie morale, chez Sôailles, Fouillée, Hauh, etc., pour ne parler que de la France. La première tâche de la philosophie, acceptée aujourd'hui par tons ceux que l'opinion désigne comme les maîtres de la pensée contemporaine, c'est de « penser la science ».
Ainsi, la courte déviation dont on vient dé parlef, malgré le péril momentané qu'elle fît courir à la philosophie, a eu après tout une conséquence heureuse : elle a donné à la philosophie une conscience Rentière de la nécessité de ses rapports aveô la science. La direction suivie jusqu'à celte dévialioti d'iihe façon instinctive, puisque inconsciente, a élé reprise, en connaissance de cause, comme la seule possible. C'est la marque essentielle de la philosophie sérieuse du jour, que son effort pour atteindre une connaissance approfondie de la science.
Mais si la philosophie s'est aujourd'hui rapprochée â nouveau — et plus intimement que jamais, — de la science, elle a continué tiéceèsairenîent à subir l'influence de l'âge précédent. Il S'est produit, comme il arrive d'ordinaire, danâ cette dialectique historique des systèmes, une sorte d'intégration des deux points de vue opposés. Après avoir heurté violemment la science contre l'action, après avoir, au nom du primat dé la pratiqué, méprisé d'une façon ouverte ou implicite reîTort proprement sciehtiQque, les deux problèmes de la science et de l'action ont été, en même temps que la philosophie revenait vers la science, rapprochés et réunis par les efforts des philosophes.
Et ceci est quelque chose de nouveau, je crois, dans l'histoire de la philosophie. C'est par là que
le problème philpgophiqqe prend sb^ physionomie originale, ss^ caractërislique actuelle. C'est aussi par rapport à ce point de vue quo peut se défipir, à mon ayis, le problème fondamental autour duquel . s'agite la dialectique philosophique, au temps présept.
Jusqu'ici le problème de la connaissance et celui de l'activité étaient considérais, en général, séparément. L'opinion vulgaire opposait même le plus souvent la théorie et la pratique. Les principes invoqués dans ces deux ordres, en tout cas, ou étaient absolument différents, ou n'avaient entre eux que des rapports éloignés et assez superficiels.
Il semble par contre qu'aujourd'hui le problème de la science et Ip problème de l'action ne tendent plus i en faire qu'un, et à être résolus, sinon par la m^uie solution, du moins par la môme méthode. Par action, d'ailleurs, il ne faut pas entendre, au sons étroit, le problème moral, mais l'activité pratique en général, l'activité utilitaire comme l'activité désintéressée, en un mot, toute la catégorie de r a agir ». ^