II
LE rnonLÈAiE de la vie
traie, si bien que les embryons d'êtres fort dissemblables ^ont à peu près idenli(jues si on les examine avant qu'ils aient atteint, dans ce résumé de leur arbre généalogique, la reproduction de la phase où leurs espèces respectives se sont mises à diverger.
De là se déduisait une théorie secondaire, d'après laquelle les organes })Ourraient se classer selon les feuillets (ou parties) de l'embryon dont ils proviennent : la théorie de la spécificité de feuillets embryonnaires.
Eh bi(Mi î l'observation et l'exi^érience ont fait justice aussi bien de la théorie principale que de celle qui en dérive. Les organes similaires peuvent être produits par les parties de l'embryon les plus différentes, et chez les animaux capables de ré'-énération, régénérés par des tissus divers. La rétine des vertébrés est une expansion de l'encéphale. La rétine du mollusque est produite directement aux dépens de l'ectoderme. Le cristallin du Triton '^f régénéré par l'iris. Or, il est embryogéniquement formé par l'ectoderme. l'iris par le mésoderme (Bergson).
Les néo-vitalistes concluent de ces faits que l'évolution d'un être vivant n'est pas prédéterminée par les éléments aux dépens desquels il se lorme. Le vivant n'est ni la résultante nécessaire, fatale, des éléments que l'analyse retrouve
lituiîiMiriilii
TitftiiiM
r E PROBLÈME DE LA VIE
en lui, ni l'eiTot fatal des causes antécédentes, puisque la même création vitale peut se faire aux dépens d'éléments absolument dilîérents et se présenter à la suite d'antécédents tout à fait dissemblables.
La vie est bien créatrice. Elle réalise ses fins, comme l'ouvrier, en tirant partie des matériaux qu'elle rencontre. Là où il y a identité dans le résultat, ce n'est pas que le processus causal ait éU\ identique. C'est seulement que la fin était idontioue.
Une conclusion analogue peut être tirée de la fameuse controverse, entre les partisans du mécanisme, sur l'bérédité ou la non hérédité des modifications acquises. 11 n'y a ni loi nécessaire, fatale, conservatrice de toutes les modifications, sous le bénéfice de la sélection naturelle ^Darwiniens), ni loi nécessaire, fatale, de rinfiuence du milieu (Lamarckiens), ni loi nécessaire, fatale, de mutations accidentelles et individuelles dans tous les sens possibles et absence totale de conservation, le plasma germinatif se continuant dans une évolution absolument distincte du plasma somatique (Weissmann — De Vries).
< En réalité, chaque descendant s'écarte de ses ascendants, grâce à la force créatrice de la vie ; ou plutôt chaque descendance est création nouvelle, mais cette création répondant aux mêmes
fins que les créations antérieures, se trouve en iL;rande partie semblable.
Bergson a insisté beaucoup encore sur l'apparition d'organes identiques chez des êtres absolumont dissemblables et a])parlenant à des souches qui divergeaient bien avant l'apparition de ces organes en chacune d'elles : par exemple l'œil des mollusques et l'œil des verlél)rés. Comment supposer que les causes aient pu être identiques chez dos êtres si différents, soumis à des milieux si différents? Et pourtant il faudrait dans Thypothèse mécaniste supposer l'identité de ces causes pour expliquer l'identité des effets. N'est-il pas plus simple d'admettre que la vie pour des fins identiques a été amenée à créer des apj)aroils identiques, sans qu'il n'y ait entre ces créations d'autre rapport que la satisfaction donnée à des besoins analogues.
Tous ces faits, relevés avec soin par les néovitalistes. interprétés avec ingéniosité, donnent à h U.Aso-rande allure philosophique, et l'on comi'i. iid que des savants, auxquels la science est ro<!evabIe de travaux excellents, n'aient pas hésité à -v rallier. La vie est essentiellement force ' irice bien qu'elle crée aux dépens d'éléments ii'ortes et matériels. La biologie doit donc comp!('ler le mécanisme qui n'explique que les conditi' is d'existence de ces éléments matériels et
oQo IV rniio«^nriiiE moderne
» .inc principes finalistes ou
v.lal.stes. Vo.la en contemporain,
au mécanisme dans le nco ^
la ligne de démarcafon qu. les sé,.a.e, l
,e néo-vilalisme ajoute au mécan.sme.
LE PROBLÈME DE LA VIE
j.^ w.Tâi KîME ET LE MÉCANISME ^ '■ - 'SoÎnTe HYPOTHESES PHILOSOPHIQUES NE DIFFÈRENT QUE ""^ ^^ "' ^ ,^ SCIENCE. QU'ILS SURAJOUTENT » L» ov-
P«„t il conclure de ce qui précède que le néo- Faut-il conclure l'emporter sur le
vilalisme doive, a bref delà., le p
^nn« 1p domaine des science»
mécanisme, dans le aoi ^,:„.i;ner devant
mènes parl.cls. deMonl eii- , elle-mèm.',
Pst explication scientifique, tout ce qu. est oD parTes^éthodes de la science biolog.quene.l,..^~
seulement équivalent, mais encore identique. Ouvrez un livre de biologie, qu'il soit vitaiisto ou mécaniste, vous y verrez, comme conclusions affirmatives, donc comme contenu scientifique, des propositions rigoureusement contrôlées par la méthode expérimentale: ol si vous avez à faire àun savant rigoureux, vous n y verrez affirmé, d'une façon certaine, que cela. Or, de même que dans les sciences physico-chimiques, le contrôle expérimental, dans des conditions semblables, peut-il ne pas donner des résultats rigoureusement semblables? Le contraire serait incompréhensible.
En quoi donc alors et où le vilalisme dilTère-t-il du mécanisme? La conclusion est nécessaire : partout où l'on voudra, pourvu que ce soit ailleurs que dans le contenu de la science, ailleurs que dans ce qui est de stricte observance scientifique. Kl en même temps que tombe l'objection chère à Ijgnosticisme se précise définitivement le domaine commun du vilalisme et du mécanisme, la part que le premier fait au second, et la ligne à partir de la»iuelle ils divergent : les divergences des biolo- ^'istes n'ont rien qui puissent diminuer la confiance jue nous pouvons avoir en la biologie, parce quelles ne concernent pas la biologie.
On voit aussitôt dans quel domaine se heurlent les divergences entre vilalisles et mécanistes, puisqu'elles n'existent pas dans le domaine scien-
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LA PIIIIOSOrniE MODERNE
LE PROBLEME DE LA VIE
lilique : dans le domaine des hypothèses très générales, parlant dans celui de la métaphysique, comme il est tout naturel. Mais avant d'entrer dans ce domaine du rôve individuel, nous sommes forcés (le traverser, si nous voulons renoncer aux chimères qui ne sont chères qu'aux ignorants, le domaine de l'universel et du nécessaire : le domaine de la science pure. Et, dans ce domaine, vitalistes et mécanisles s'accordent; ou plutôt il n^ a pas de place pour le vitalisme, il n'y a que du mécanisme. La science expérimentalement contrôlée n'a rien établi encore qui ne soit en harmonie avec la conception physico-chimique de la vie et la conception mécaniste de l'évolution. Là où celles-ci sont insuffisantes, - et ces insuffisances sont nombreuses et considérables, il faut le reconnaître impartialement et explicitement, — elle n'a pas mis autre chose. Elle a simplement laissé ouvert à notre ignorance actuelle le champ de Fhypothèse et c'est là seulement que peuvent paraître spécieuses les hypothèses vitalistes.
Les philosophes les mieux instruits des sciences biologiques, et qui seraient, par leurs tendance-, les plus portés à outrepasser cette ligne de démarcation entre la science contrôlée et les hypothèse-^ théoriques, ne l'admettent-ils pas nettement?
« Maintenant, je reconnais que la science positive peut et doit procéder comme si l'organisation
était un travail du môme genre ( c'est-à-dire mécanique . A cette condition seulement elle aura prise hur les cnrps organisés. Son objet n'est pas, en effet, de nous révéler le fond des choses, mais de nous fournir le meilleur moyen d'agir sur elles. Or la physique et la chimie sont des sciences déjà avancées, et la matière vivante ne se prête à notre action que dans la mesure où nous pouvons la traiter par les procédés de notre physique et de notre chimie. L'organisation ne sera donc éludiable scientifiquement que si le corps organisé a été assimilé d'abord à une machine. Les cellules seront les pièces de la machine, l'organisme en sera l'assemblage.
Et les travaux élémentaires qui ont organisé les parties seront censés être les éléments réels du travail qui a organisé le tout. Voilà le point de vno (lo la science. Tout autre, à notre avis, est celui de la philosophie » *.
Si nous nous adressons aux vitalistes plus purement savants, Driesch ou Reinke, nous voyons aussi que leur vitalisme n'apparaît jamais qu'à l'heure de l'hypothèse; et les hypothèses vitalistes présentent môme de très près les caractères des hypothèses métaphysiques, car elles ne semblent guère (-•nçues en termes vérifiables. Les « dominantes »