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LA MÉTHODE DES PHILOSOPHES

On doit s'attendre naturellement à ce que celle différence de points de vue entraîne une différence de méthode très sensible entre les travaux scientifiques et les travaux philosophiques.

Dans les travaux scientifiques, j'entends par là ceux qui constituent actuellement nos sciences ou qui ont contribué à leur développement, au cours de l'histoire, la méthode est toujours ou mathématique, ou expérimentale. Les savants, en tout cas, n'en veulent pas employer d'autres. Ce qui n'est pas établi par l'une de ces deux méthodes générales (aux multiples nuances) n'est pas recevable scientifiquement.

Le philosophe procède toujours d'autre façon.

A examiner, même très sommairement, l'histoire des systèmes philosophiques jusqu'à nos jours, on s'aperçoit que leurs méthodes se ressemblent toutes, par certains traits généraux. Elles ne sont que les espèces d'un même genre. Faute d'un meilleur nom, nous pouvons appeler cette méthode générale : la méthode constructive. Elle consiste toujours à reconstruire l'univers en tout ou en partie. Elle fait nécessairement leur part à la conjecture, à rhypothèse, à ce qu'on a appelé l'a priori, c'est-à-dire, dans une certaine mesure, à l'arbi-

traire. Certes, je ne veux pas dire que tout dans les constructions philosophiques soit arbitraire. Rien ne serait plus loin de ma pensée. Mais il y a toujours dans ces constructions de l'hypothétique et de l'arbitraire. Les mots : construction^ méthode constniriirr, 1 expriment assez bien, car dans toute construction, si le constructeur est obligé d'employer des matériaux, leur choix et leur disposition restent arbitraires.

L'emploi de cette méthode a donné à l'histoire de la philosophie une physionomie très originale. Quand on prétend tirer d'une idée, ou d'une image et d'une observation de fait, le point de départ d'une explication générale de l'univers, n'est-il pas nécessaire, étant donnée la somme de nos ignorances, que le contenu que l'on veut faire entrer dans ce cadre ne le brise en quelque endroit? Aussi, la réflexion critique est-elle de suite éveillée par les lacunes inévitables d'une telle entreprise. Remarquant tout ce qu'un penseur a été obligé de déformer ou d'omettre pour mettre debout la chaîne de ses déductions ou de ses inductions, elle est attirée invinciblement par les remarques qui contredisent les principes adoptés par ce penseur. Il est tout naturel alors de chercher dans ces remarques, qui pour avoir été laissées de côté, ont été la cause de l'échec, les principes d'une explication nouvelle. Et ainsi se dresse devant le premier

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