DE LA BIOLOGIE
Il faut donc considérer avec altention les hy|. thèses générales que les savants esquissent cmi!
LE PRonr FMr nr ta vie
nuellement au cours de leur travail. Et dans les sciences biologiques en particulier, l'hypothèse niécaniste est faite et bien faite pour retenir notre attention, plus que notre attention, notre confiance; mais à la condition qu'on ne la com- [)romettra point par des outrances ridicules et qu'on ne prétendra pas cerlitude ce qui n'est encore qu'hypothèse. S'il est certain que la théorie physico-chimique de la vie s'est vérifiée jusqu ici dans toutes les analyses de détail, il est non moins certain que jusqu'ici aussi, aucune de ces analyses de détail n'a épuisé complètement son objet. Par conséquent toute explication physicochimique n'est encore que partielle. En particulier, si l'on a réussi une infinité d'analyses et un très ^Tand nombre de synthèses de substances organiques, on n'a jamais pu jusqu'ici réussir l'analyse iomplètc d'un protoplasma et encore bien moins réussir la synthèse de la matière vivante.
La matière vivante est douée d'une telle instal'i'ité qu'on peut dire sans doute que sa composili'ii doit varier avec chaque individu, avec chaque • nient organique et à chaque instant considéré. Lu tout cas les phénomènes d'habitude et d'héré- <l'(f' ne peuvent se comprendre que par une dilTé- I :ice très complexe dans le protoplasma d'un ' 'iividu comparé à celui d'un autre. Aussi voiiloi-' ' i Tcher actuellement, comme on le dit quelques-
I A PHIÎ.OSOPIFIE MODERXE
fo.s, a synthèse de la maliôre vivante paraii l'd.cule Tout ce qu'on pourra faire, c'est réaliser la synthèse d'une matière vivante qui sera dJfT,.. rente de toutes les matières vivantes oue nous connaissons, et vraiseml.Iablcmout bi'en plu. d.m rentes de ces matières vivante, que peut l'être de a foudre réiincclle électrique produite artinciclloment dans un laboratoire.
Certains biologistes ont mén.e prétendu que •s. d aventure, se réalisait jamais dans un Inl.ora-' o.re la Kénération spontanée, la svnlhèse créance .l'un être vivant, il serait sans .loule fort diila-.le dy reconnaître une matière vivante. .Songeons que les êtres vivants que nous pouvons oLscrvcr actuellcn.ent sont le r.-.sullal d'une év„luhon transformai riee qui a duré des milliers >!,• siècles et que nous n'avons aucun moven de non-
représenter ce qu'a pu être à l'ni-ioin« i„ •
' I " v,iit,, a 1 oiigine, la vie sur
la terre.
Mais quoi qu'en pensent les utopistes, les demisavants, et souvent le vulgaire, mal informé et très simpliste, le problème de la création d'un être vivant, de la découverte d'une génération spontanée, n'est pas, et ne doit pas être, dans l'état présent des sciences biologiques, considéré comme le problème capital. Ce qui est capital et doit ètr. retenu par le philosophe c'est que. chaque foi. qu ..n savant étudie un phénomène biologique,
LE PROnLK.ME DE I A VIE
0» bien il établit sa dépendance directe par rapport aux phénomènes physico-chimiques, ou bien il montre une analogie remarquable entre le règne inorganique et le règne organique.
Il ne se passe pas d'année depuis quelque temps sans que ceux qui font le roman de la science plutôt que de la véritable science croient pouvoir affirmer ces singulières et enfantines chimères : on a trouvé l'élre vivant d'où dérivent tous les autres; ou l'on vient de réaliser, de créer de la vie. Et, quand on a montré qu'il n'y avait là que méprise grossière, les adversaires de l'esprit scien- \\lu\nQ de triompher avec éclat de ces prétendues défailes de la science. Mais, depuis quelque temps, il n'y a pas d'année non plus où l'on n'ait pas découvert une analogie remarquable entre quelque phénomène de la vie et quelque phénomène physico-chimique; et c'est cela qui est important, et c'est cela qui ouvre à la science des espoirs infinis.
Voici d'un côté certaines formes d'équilibre mécanique qui réalisent certaines formes des êtres vivants : dispositions cellulaires des liquides dans lesquels se manifestent des courants (Expériences de Bernard); disposition de certaines cristallisations rappelant à s'y méprendre des formes végétales (Expériences de Traube et de Stéphane Leduc). Voici d'un autre côté les analogies entre l'apparition de l'état cristallin et celle
de la vie (la nécessité commune d'un germe et d'une karyokinèse} ~ les analogies entre le rôle des ferments et la catalyse, etc., etc.
La conchision qui s'impose est donc celle-ci : Plus l'étude de la vie progresse et plus nombreux apparaissent des phénomènes identiques ou très analogues entre le monde de la vie et le monde de la matière. Par suite, les dissemblances, les lacunes semblent s'atténuer entre ces deux mondes. Mais, pourquoi le nier, il subsiste des dissemblances et des lacunes.
Seulement, si, dans l'état actuel de la science, rien ne peut autoriser les vulgarisations grossières qui dissimulent ces lacunes, rien ne peut autoriser non plus la philosophie et la critique à soutenir que ces lacunes ne pourront jamais être comblées. Ce serait d'une métaphysique aussi grossière et aussi aventureuse que les vulgarisations dont nous venons de parler, surtout si l'on songe qu'il no s'agit pas, pour justifier ou vérifier les hypothèse> mécanistes, de créer la vie dans une synthèse chimique, mais simplement d'expliquer ce qui se passe dans un être vivant en continuité avec ce qui se passe dans la matière brute; — absolument comme le mécanisme physique ne prétend plus à rien autre qu'à expliquer les phénomènes physicochimiques en continuité avec les phénomènes purement mécaniques.
LE PnOBLÈME DE LA VIE
Or, dans le camp des philosophes, on a toujours eu une tendance déloyale, — qui s'excuse par beaucoup d'ignorance. — à exploiter toute lacune actuelle comme un abîme à jamais infranchissable, et, par suite, à condamner en bloc toute hypothèse mécaniste.
La matière vivante est conditionnée d'une façon manifeste par l'habitude et l'hérédité : tout se passe comme si elle se souvenait de tous ses états antérieurs. Or, dit-on, la matière brute ne manifeste jamais cette propriété. 11 serait môme contradictoire de l'imaginer. Tous les phénomènes matériels sont réversibles. Tous les phénomènes biologiques sont irréversibles.
On oublie dans ces conclusions que le deuxième jiiincipe de la thermodynamique a pu être appelé principe d'évolution ou d'hérédité ^ On oublie tous les phénomènes de rémanence et d'hystérésis. On oublie que la physique ne recule môme plus devant cette conclusion : aucun phénomène réel n'est absolument réversible , ce qui n'empôche pas, d'ailleurs, que celte irréversibilité de systèmes partiels ne puisse, transposée dans l'infini du temps et de l'espace, c'est-à-dire dans l'univers total, être Conditionnée par des phénomènes réversibles, —
1. Clausius l'avait appelé principe de Ventropie, co qui est 1 'orrespondaiit exact du mot cv(iIution, mais formé sur le {■• ', an lieu de IVtrc sur le latin.
t,\ PIlILOSOrillE MODEUNE
de môme que le hasard et la contingence ne sont vraisemblablement que l'ignorance de lois nécessaires très complexes. Quoi qu'il en soit et de quelque manière qu'on envisage rirréversibililé, l'hérédité ne peut être un obslacle insurmontable aux biologies mécanihtes.
tJn biologiste philosophe, Quinton, croit pouvoir dire que la vie a conservé essentiellement les conditions générales du milieu, en parliculier, du milieu aqueux, salin et assez chaucM, dans lequel elle a apparu. Immédiatement, on rcslaure, à ce sujet, la formule vilalisle de Bichat : la vie est l'ensemble des conditions qui luttent, pour se conserver, contre le monde matériel et les lois physico-chimiques. On oublie tout simplement (prà supposer, ce que beaucoup de savants contestent, la légitimité de la théorie de Quinton, on p<'ut trouver dans les théorèmes de Le Châtelier mif les équilibres physicochimi(iuos et même dans le phénomène de self-induction des analogies fort remarquables avec cette hypothèse biologique. En quoi une résistance au changement peut-elle bien faire échec aux exigences mécanistes? En quoi ' i conservation d'un milieu intérieur, à peu près constant dans tout être vivant depuis les origiias de la vie sur la terre, peut-elle bien êtreprésenti c à supposer qu'elle soit exacte, comme la ruine <1 s