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LE PROBLÈME DE LA VIE
théories évolutionnistes? Ne s'explicite-t-elle pas tout de suite, si l'on y tient, en termes darwiniens ou lamarckiens?
Enfin, quand MetchnikolT croit pouvoir expliquer l'immunité non comme une propriété des éléments chimiques conslitulifs de la cellule, mais en restant fidèle au darwinisme le plus mécaniste, comme le résultat de la lutte pour la vie, de la sélection naturelle et de l'adaptation de certains organismes cellulaires (phagocytose), on crie à la restauration du vitalisme. U est vrai que Mclchnikoiï, pour montrer que sa théorie substitue à des rnoJilîcations purement chimiques l'action de petits organismes, a employé dans un tout autre H'us le mot vifalisnie, en l'opposant, non plus à liiécanisme, mais à chiini^mc.
La liste de ces erreurs londancicuses pourrait se prolonger presque indéfiniment. ClIe ne saurait en rien atteindre cette conclusion : dans l'état actuel de la science, aucunecxpériencen établit qu'un phénomène biologique ne pourra pas être expliqué par une théorie ijhysico-chimique mécaniste. pas plus uu'aucune expérience ne peut établir que le mécanisme ne sera pas forcé un jour de s'arrêter devant quelque chose d'irréductible. — Avec cette réserve toutefois : jusqu'ici, c'est aux hypothèses mécaiiistcs qu'on doit tous les progrès de la biologie; . t tout ce qui est établi d'une façon positive, dans
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LA PriII.OSOIMIIE MOOFRXP.
celle science, s^accorde avec les théories mccanisles et pliysico-chimi<iiies de la vie.
Si le philosophe veut synthétiser les résultats actuels des sciences biologiques, il semble donc qu'il puisse, — et môme qu*il doive — le faire dans la direction suivante :
Comme jadis les scienres de la nature inanim(''e, les sciences de la nature vivante répugnent de plus en plus à user de la notion de finalité. Celle-ci apparaît comme une chimère de la métaphysi(|uc ; elle est restée la < \iovi:o stérile » que Bacon avait dénoncée à l'aurore de la période scientin«iue moderne. Tout ce qui a été fait de durable dans le domaine des sciences biologiques, l'a été sans elle et contre elle. La théorie mécaniste de l'évolution et la théorie physico-chimi(pie de la vie — (juelque grossières que soient encore leurs a[)plications — gagnent chaciue jour du terrain. Et elles gagnent du terrain, parce qu'elles sont le résultat nécessaire de l'emploi de la discipline scientifique, de la méthode expérimentale dans les sciences biologi(iues. Celle-ci n'est autre chose, en cfl*et, que la recherche d'un déterminisme causal, plus exactement, fonctionnel, dans les phénomènes de la nature, et la réduction de toute la nature à un même système de détermination. Essayant d'établir entre tous les faits auxquels elle s'applique de> liens de cause à eiïet. elle est forcément exclusive
LE rnOBLKME DE LA VIE
de toute idée de finalité et de toute idée d'irréductibilité, de spécificité définitives, irrémédiables, entre les divers groupes formés par ces faits. Elle devait donc aboutir, à propos de la vie, à une biologie mécaniste.
La discipline scientifique essaye d'abord de chercher, sous les apparences que nous donnent nos sensations directes des objets et des êtres, les relations i\u\ les unissent entre elles, les liens de dépenlance(iuiexpli(|uent leurs apparitions ou leurs (Jis|)arilions ou leurs variations. La théorie mécaniste de l'évolution n'est rien autre (jue l'elfort pour déterminer ces relations de dépendance à jiropos des aspects, des formes, des caractères sous lesciuels nous apparaissent la vie et les êtres vivants.
La discipline scientifique essaye ensuite de relier tout domaine spécial qu'elle étudie aux autres domaines auxciuels elle s'aj)pli(iuc. La science ne ^.cut pas se résoudre à considérer comme isolés à jamais les divers ordres de faits pour lesquels elle s'est divisée en sciences j>arliculières. Cette division a des causes toutes subjectives et anthropoiiiorphi(iues. Elle procède uniquement des nécessités (le l'étude qui forcent à sérier les (jucstions, à ajq)liquer son attention séparément à chacune «relies, là partir du particulier pour atteindre le général. La nature, en elle-mênic, est un tout.
LA rilILOSOPIIIE MOnERXE
Tous les faits sont liés les nus aux autres. Un domaine isolé serait forcément inexplicable en lui-môme. 11 se poserait comme un mystère ou un miracle. Or, ces deux mois n'ont pas droit d'entrée dans la science, parce (ju'ils en sont la négation. Ils ne recouvrent ([u'une ignorance. 11 suit de là (jue. pour savoir, la science est amenéo à considérer tous les déterminismes ({u'ellc cuuslitue à propos de chaque ordre de faits (mécaniques, physiques, chimi(iiies, biologi([ues, etc. comme autantde déterminismes partiels, fragments du déterminisme total de la nature. Ils ont dans ce déterminisme total, dans le « système de la nature », pour reprendre le mot favori du xviir siècle, leur fondement nécessaire. Afin do mcllrc cela en évidence, la science est fatalement conduite à chercher si les relations de dépendance (ju'elle ;i découvertes entre les phénomènes qui coiistltiieiil le domaine d'une science particulière, ne se rattachent pas à des relations découvertes entre d'autre> groupes de phénomènes. Si l'expérience permet de vériiier certaines relations de dépendance, la science a alors non seulement le droit, mais la stricte obligation, d'expli<[uer le premier gionp' de relations à l'aide du second et en continuii*^ avec lui. C'est à quoi réi)ond pour la biologie I théorie physico-chimique de la vie. Elle ex[)li(iu' celle-ci à Taidc d'un ensemble déterminé de rela-
LE PnOBLlîME DE LA VIE
lions que Texpérience nous révèle chaque jour liune façon plus complète et plus précise entre les manifestations organiques et les phénomènes de la matière inorganique.
La matière nous est apparue comme un ensemble de relations — incroyablement plus riches et plus complexes — qui se rattachent aux relations mathémaliques et géométriques ; la vie à son tour nous a|»paraît comme un ensemble de relations — plus riches et plus complexes encore — qui se rattachent aux relations mécaniques et physico-chimiques. La science, malgré la complication sans cosse croissante de son développement, se présente donc à nous, jusqu'ici, comme poursuivant une marche régulière et directe. Dans cette marche, plie étend peu à peu les lois de la quantité à des portions de plus en plus grandes du monde qualitatif que nous donnent les premières et gros- ^:i^res approximations de nos sens. Elle accomplit cette œuvre en cherchant derrière ces sensations les relations complexes qu'elles ont entre elles et dont elles dépendent, et souvent en nous révélant, i:rAce à des expériences qui les décèlent, des sensations nouvelles, ignorées jusqu'ici, et d'importance capitale. La science découvre peu à peu, sous les apparences contingentes, le déterminisme universel des relations nécessaires, des lois qui
^ous-tendent et expliquent ces apparences.
LE PROnLÈME DE LA VIE
Ce résultat mérite d'autant plus d'attirer l'atfention à propos des sciences biologiques qu'on a mis plus de temps à l'apercevoir et qu'on a ])lus de répugnance et de mauvaise volonté à l'accepter. L'homme s'est toujours considéré « comme un empire danii un empire », comme h roi de la création. Roi, il ne pouvait pas être assujeUi aux mômes lois que ses sujets. Il devait avoir des privilèges, et une autre essence. Ces privilèges, cette essence supérieure furent surtout cherchés dans le domaine psychologiciue. Mais comme il était impossible de ne pas voir très vite les rapports étroits qu'il y a entre res[)rit et la vie, la vie participa en quelque sorte de la situation spéciale (juc l'on faisait à l'esprit. Elle fut, elle aussi, considérée comme un monde à part, comme un monde déjà supérieur, par rapport au inonde matériel qui Im servait de cadre. Et c est là qu'il faut chercher, crois, l'origine des théories animiste, vitalislc finaliste.
La science moderne, au contraire, de ni.n qu'elle s'elTorcera de réintégrer l'esprit dans I nature, y a réintégré déjà tous les phénomènes <! la vie. Et le courant positiviste de la philosof»li contemporaine, pour rester fidèle aux enseign. ments de la science, doit considérer à son tour I vie comme le prolongement— beaucoup plus ron. plexCi sans doute, -— mais enfin comme le prolu .
gement pur et simple des relations qui définissent les phénomènes de la matière inorganique. Cette plus grande complexité nécessite évidemment pour être débrouillée et systématisée la position de princip3s nouveaux qui caractérisent les sciences biologiques. Ces principes sont à la base de toutes les explications, de toutes les théories scientifiques dans ce domaine particulier du réel qu'est le règne organiciue. On les rencontre dans les préliminaires de la théorie de l'assimilation et de la théorie de révolution. Mais si spécifiques que nous apparaissent ces principes, envisagés dans leurs applications proprement biologifjues, n'oublions pas que, de plus en plus, la science vise à ne voir en eux qu'une spécialisation des principes qui sont à la hase des sciences physico-chimi(|ues.
El là aussi la philosophie scientiste doit supposer qu'au terme des recherches scientifiques il n'y ;iura plus ni hiatus, ni lacunes, si elle veut rester fidèle aux tendances que laissent peu à pou deviner la biologie contemporaine, si elle veut les synlhéti- }r et en prolonger hypolhétiquement la direction présente, dans la prévision de leur direction liture.
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CHAPITHE V
Le Problème de l'esprit.
1. La psychologie et les métaphysiciens. -§ 2. L ancien empirismc et l-s anciennes conceptions antimrtnpl.vMques . Le parallélisme psycho-phyMologique. - ^ 3. La cnt.que moderne du parallélisme. - § 4. Conception générale de raclivité psychologique. - § 5. Le problème de l «nconsc.enL — ^ 6 La psychologie et la notion do finalité. — ï? /• ^e problème de la survie. - § 8. Conclusions générales.