PROBLÈME DE LA CONNAISSANCE ET DE LA VÉRITÉ
humains participent : principes universels et nécessaires, directeurs de la connaissance, vérités éternelles, idées innées et a priori^ — autant de noms pour désigner les mêmes choses, et autant de choses pour répondre à la mr«mo préoccupation. Les rationalistes modernes se sont énergiquement défendus contre les attaques du pragmatisme, lorsque celui-ci a prétendu que la raison des rationalistes avait en somm(^ pour résultat de garantir à notre esprit la rnp,,' fidèle de la réalité. Le pragmatisme en elTct a reproché au rationalisme de dédoubler la connaissance en deux parties syncliroriiques : les objets ou choses en soi et les représentations que s'en fait l'esprit. La vérité consisterait dans la conformité parfaite de cette représentation avec les choses représentées, dans Vad<''qitation de la pcusre aux choses.
Or, il semble bien que la critique pragmatique ne soit pas si absurde que cela, et ce dualisme grossier, remarquablement déguisé, il est vrai, avec l'idéalisme, laisse quand même des traces profondes dans la façon dont les métaphysiques ont toujours posé le problème de la connaissance.
§ 2. - LA CRITIQUE PRAGUflATISTE.
Dans le rationalisme du xix* siècle, comme dans l'empirisme évolulioniste, et aussi chez les ratio-
nalistes contemporains, nous trouvons bien déjà cette idée que l'esprit n'est pas un miroir, et la vérité, l'image fidèle des choses. On prétend d'ordinaire que la vérité est le résultat d'un travail de Tesprit sur les choses. Mais c'est encore poser les choses en face de l'esprit. Le pragmatisme va plus
loin.
Toute expérience, toute connaissance est en même temps action : vivre, c'est agir, et ce n'est qu'aiiir. 11 en résulte — et c'est là ce qui a fait donner à ce système son nom de pragmatisme, oVst là ce qui le définit essentiellement dans lupiniou — que la vérité se définit en fonction de l'action, c'est-à-dire en fonction de ses résultats pratiques. C'est la réussite. Toute expérience qui réussit, c'ost-à-dire qui permet d'atteindre le résultat attendu, détermine une vérité. Pour sortir des abstractions philosophiques, remarquons que rette conclusion n'est en somme que la traduction généralisée de la confiance des savants en l'expérimentation. A quel moment un savant dit-il que la proposition qu'il émet est vraie? C'est au moment où le résultat, qu'il s'attendait à voir apparaître dans l'opération qu'il tente, apparaît effectivement. Comme cette opération correspond à la proposition, ou plutôt à l'enchaînement de propositions qu'il avait dans l'esprit, et que le résultat apparu correspond à la conclusion de cet enchaînement
LA PHILoSOPniF MODn;;\E
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des épigones. Aussi à propos du problème de la vérité, le pragmatisme esl-il devenu synonyme de scepticisme, comme à propos de morale ou de croyance, de tradilionnalisme irrationnel.
Et cependant, comme dans toutes les critiques, il y a certainement une part de vérité dans la iriliqueque le pragmatisme fait du rationalisme. On peut dire de lui ce qu'on a souvent à dire des Ihéories critiques : la partie destructive est excellente, mais la partie conslructive laisse à désirer. 11 ,.<! certain que la théorie de rcspril, miroir des rhoscs, et de la v.'Tilé-copic, est grossièrement . upcrnciello. L'évoliilion des vérités scicntilkjues :i travers toutes les erreurs dont est semé le chemin de la science est là pour le montrer.
l)-autre part, lor-que nous nous considérons nous-mêmes en tant qu'organisme agissant au milieu de l'univers, il est exact que nous ne pouvons séparer le domaine de la pratique du .omaine de la vérité, puispie nous ne pouvons M-.parcr. d'après tout ce que nous avons dit précédemment el d'après tous les enseignements des sciences, la vérité de la vérification expérimentale. Seules sont vraies les conceptions qui réussissent. Mais reste à savoir si elles sont vraies parce qu'elles nM>.sissenl ou si elles réussissent parce qu'elles .ont vraie.. Le pragmatisme tend toujours a résoudre l'alternative dans le premier sens. Le bon
sens semble ne pouvoir le résoudre que dans le second.