‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 217 sur 440 · C. — L'ESPRIT DE LITIGE · texte numérisé non relu

C. — L'ESPRIT DE LITIGE

1. L'esprit de litige et la contention. — 2. L'esprit de litige et l’adulation au point de vue de leur gravité.

4. — Au rebours de la flatterie, l'esprit de litige (/6:gium) s'oppose à l’affabilité par défaut. Il consiste dans la tendance à contredire son prochain. Mais il faut observer que cela a lieu de deux manières. Quelquefois on contredit par aversion, ne voulant pas convenir de quelque chose avec une personne antipathique. Ce défaut-là est contraire à la charité plus qu’à la justice, dont l’affabilité est une branche. C’est une facon de dis-

corde, et on l’appellera proprement contention.

4, Ibid, art. 2» ; Q. VII de Malo, art. 4, ad ln,

D’autres fois, on contredit indûment faute de craindre suffisamment de contrister, faute d’avoir égard à autrui ei aux devoirs d’une société harmonieuse avec ses semblables. De là naissent proprement les lfiges, chez ceux qui oublient autrui et « ne prennent garde à rien‘ ».

2. — Que si l’on compare l’une à l’autre, en malice, l'adulation et l'esprit de litige, on devra dire que toutes choses égales d’ailleurs, le dernier est plus grave. En effet, l’affabilité, à laquelle tous deux s'opposent, ne prend son parti de contrister que par occasion, si quelque bien nécessaire l’exige. De soi, elle tend à plaire et à réjouir. L’adulation, bien qu’elle pèche par excès, s’en rapproche donc davantage, et doit être préférée aux litiges comme un mal moindre. « 1! convient d’incliner plutôt, a dit Aristote, vers le vice plus proche de la veriu. »

Mais cette considération, prise des choses en soi, peut céder à des circonstances particulières. Le motif de l’adulation ou du litige est ici le principal, et à ce point de vue, tour à tour l’un dépasse l’autre. Celui qui flatte par avarice ou par ambition est plus coupable que celui qui contredit par humeur. Celui qui contredit pour humilier l'interlocuteur ou en haine de la vérité, est plus coupable que celui qui flatte par légèreté ou platitude *.

Il convient d’ajouter que toutes choses égales d’ailleurs, l'attaque ouverte provoquée par l’esprit de litige est plus coupable que le dommage indirect auquel tend la flatterie. Il en estcomme du vol et de la rapine, dont on a dit que la dernière est plus grave, parce qu'elle est violente.

Il est bien vrai que la flatterie est plus honteuse.

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