‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 23 sur 440 · Cf. Ia [Te, Q. LXXVE art · texte numérisé non relu

Cf. Ia [Te, Q. LXXVE art

| CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA MORALITÉ

et ne pas agir peuvent être également volontaires. Soit done que sous le coup de la passion ou d’une habitude perverse, l’agent n’envisage point, au moment d'agir, ce qui devrait diriger son acte; soit que, antérieurement à cet acte, il néelige d'acquérir la connaissance de ses devoirs (2gnorance de droit) ou encore celle des circonstances de la cause (ignorance de fait); soit enfin que, sans rien négliger en soi, il pose des actes volontaires d'où résulte, directement. ou indirectement, mais toujours par accident, l'ignorance : dans tous ces cas,

polie i. devait savoir ce qu'il ignore. On sait que agir

on ne saurait dire qu “] y a involontaire. L’agent répond

de son acte.

On doit pourtant remarquer que le cas moral n’est pas le même, de l'ignorance voulue directement ou indirectement, en soi ou accidentellement, selon les diverses combinaisons décrites. Celui qui veut ne pas savoir afin de mieux pécher prouve par là son attache-

ment au péché. Son ignorance accentue donc, loin de

l’atténuer, le volontaire de ses actes. Celui qui ne choisit pas l'ignorance en elle-même, mais l’inclut dans son choix, comme c’est le cas de l’homme de passion, lorsqu'il écarteles considérants rationnels pour n’écouter que l’âme inférieure, celui-là garde simplement sa responsabilité en face de l’acte, sans que l’ignorance dite de mauvais choix (ignorantia malæ electionis) laggrave

ou l’allège. Celui enfin qui ne condamne ni n’écarte le savoir, mais le néglige, laissant de s’instruire quand il

le doit, ou appliquant sa volonté à des actes qui entraînent accidentellement l'ignorance, ce dernier reste responsable, mais partiellement, car on ne peut trouver également volontaire ce qu’on veut ainsi par accident ou à titre indirect, et ce qu’on veut en soi, directement, en

. pleine connaissance de cause.

On peut remarquer, d’ailleurs, utilement que dans certains cas, l’ignorance voulue et l'acte qui s'ensuit

ne formant qu'un tout moral, il peut se faire que la responsabilité soit aggravée d’un côté par le volontaire de l'ignorance ; allégée de l’autre par l’involontaire relatif de l'acte ‘.

Enfin, on appelle antécédente l'ignorance qui, sans être voulue elle-même, . d'aucune manière, se trouve cause d’un acte qui sans elle ne serait pas posé. Si par exemple un homme, en s’exerçant à l’arc, et aprèsavoir fait les diligences nécessaires, tue un passant dont il ignorait et ne pouvait qu'ignorer le danger, évidemment son homicide est involontaire. C’est là ce qu'on nomme encore ignorance invincible.

Page 1