‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 238 sur 440 · Ile IT®, Q. XXV, art. 6, ad 2» ; In IX Efhic, lect · texte numérisé non relu

Ile IT®, Q. XXV, art. 6, ad 2» ; In IX Efhic, lect

A non un acte du Ce qui revient au du

. par le fait d'être aimé, c’est la qualité d’aimable, et par < là de bon, cen est pas la qualité d’ami, tout au moins

à titre dires,

On peut donner de cela deux signes. Premièrement, ce fait qu'on estime les hommes qui se montrent 7 capables d'aimer plus que ceux qui reçoivent l'amour. Tellement que-ces derniers, s’ils ne paient pas de retour, apparaissent méprisables. Deuxièmement, le cas des . mères, qui, modèles de l’amour ardent, font voir par leur conduite qu'elles cherchentà aimer plusqu’à être aimées. Celles, par exemple, qui mettent leurs enfants en nourrice les y suivent de leur affection et se privent volontiers du retour, consentant à être oubliées et même inconnues, pourvu que l'enfant profite. se

ll est bien vrai que les meilleurs, comme on le du doivent être aimés davantage, et que les meilleurs étant sans doute les meilleurs amis, il y a apparence que l'amitié en ce qu’elle a de meilleur consiste à recevoir plus qu’à rendre. Mais si le meilleur a plus de droit à être aimé, aussi est-il plus capable et plus en disposition d’aimer. Il est, encore une fois, plus aimable en tant que bon, mais plus aimant en tant que bon ami. Il peut, lui, aimer le second selon tout son mérite, tandis que le second peut n'être pas suffisant à payer sa dette.

Ilest vrai aussi que la plupart des hommes se montrent plus empressés à recevoir qu’à donner de l'amitié ; mais ce n’est pas une bonne marque. En effet, si l'on veut être aimé plutôt que d’aimer, ce n’est point par estime de l'amitié, comme si l'on y participait ainsi | davantage”: c’est parce qu’on voit dans l'affection une preuve d’estime qui nous assure de notre propre valeur. C'est un témoignage. Mais ceux qui prisent l'amitié pour elle-même tendent à aimer, d’abord ; à être aimés,

uniquement selon que le retour est une condition du

lien, et provoque à aimer d’ avantage”.

8. — L'amitié peut s'étendre non seulement, pour l'ami, à tout ce qui est de l'ami; mais aussi, à cause de l'ami, à d’autres sujets qui sans lui nous seraient indifférents ou antipathiques. On pourra, de cette façon, aimer d’un amour d'amitié ses ennemis même. Non pas qu'on soit leur ami à eux; mais on sera, en eux, l’ami de celui qu’on y retrouve. N'est-ce pas ce que sousentend l'Évangile, quand il nous ordonne d’aimer, à cause de Dieu, même nos ennemis ? *

9. — L'amitié a des causes diverses suivant sa nature. S'il s’agit d'amitié jouisseuse, il y suffit de l’inclination naturelle. S'il s’agit d'intérêts à lier, les ambitions et les cupidités, naturelles aussi, y pourvoiront. Mais l'amitié désintéressée, la vraie, requiert évidemment les vertus, en plus des sympathies et des attraits que la nature donne *. Et comme elle naît ainsi, ainsi elle se conserve et s'accroît. Lasympathie, si elle est profonde, s'affermit par le commerce. Les actes nés de l'amitié lui profitent, comme font toujours les opérations de la vie. La réflexion et l’expérience y ajoutent leur poids ; car elles révèlent toujours plus le prix de l’amitié et en écartent les obstacles‘. Enfin, le développement des vertus affermit les raisons d’aimer et les assurances d’être aimé. Au contraire, la légèreté, les vices, l’éloignement prolongé, la cessation des œuvres amicales militent contre le lien et vont à le dissoudre.

On peut voir par là que l’amitié doit être une chose

1. IR Ile, Q. XXVIL, art. 4, cum resp. ad arg.; In VIII Ethic, lect. 8.

2. IR ITæ, Q. XXIII, art. 4, ad 2» et 82; Q. XXV, art. 8; Q. II de Virtutib., art. 4 et 8.

3. In III Sent., Dist. XXVII, Q. IT, art. 2, ad 1». 4. Ie Ilæ, Q. LXXXIL, art. 2, ad 2»; Q. CVI, art. À, ad 32. 5. Ibid., Q. CVI, art. 43. Ë

LR CAT ES

rare, délicate, impossible à maintenir entre beaucoup de -

gens. On peut voir aussi qu’il n’y a de solidité et de permanence à espérer que dans l'amitié vertueuse; car le plaisir et l’utilité sont variables, celle-ci surtout, alors que la vertu est de sa nature durable, étant un état de homme lui-même en ce qu’il a de permanent, non un accident de situation, de fortune, d'âge, d'impression fugitive ‘.

10. — La valeur de l'amitié vraie ne saurait être exagérée ; elle a été louée par l’Écriture comme un inestimable trésor. Elle est supérieure à la consanguinité qui lui serait étrangère”. Elle est le plus haut des

amours et elle les contient tous d’une certaine façon *.

Jouir de Fami n'est pas sa fin, et pourtant elle est parmi les plus douces choses de la vie. Désireuse de son

objet, empressée à sa conversation, elle y trouve la con-

solation de ses anxiétés et le meilleur appui de sa vie intérieure comme de l’autre’. Ce qu'on porte en soi à sous ce rapport moins de valeur consolatrice et réconfortante, parce que le sentiment qu’on en a est moins vif. Nous jugeons mieux de ce qui nous est à la fois extérieur et sympathique *.

Peut-on dire à cause de cela que l’amitié fondée sur la vertu et que l’ami lui-même soient une récompense? Ce ne serait pas assez dire. Qu’on appelle récompense les douceurs et les utilités de l'amitié ; mais elle-même et son objet sont pour nous quelque chose de meilleur. Us achèvent notre personne et procurent son progrès.

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