‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 28 sur 440 · Le volontaire coïncide donc avec le moral et en · texte numérisé non relu

Le volontaire coïncide donc avec le moral et en

détermine les conditions spécifiques ou circonstancielles.

Mais le volontaire n’est pas indivis. Il se distribue tout d’abord en deux classes, qui auront ensuite leurs sous-titres. [1 y a des actes dits volontaires parce que la volonté les émet (actus eliciti) ; il en est d’autres qui

sont volontaires en ce sens que la volonté les commande

(actus imperati).

De la fin toute dernière qui définit la volonté jusqu’à Pultime achèvement de nos actes moraux pris dans la réalité interne ou externe, un processus d’activité s’institue qui fait, au point de vue moral, toute la vie intérieure de l’homme. Cestemps de l’action ont prêté, dans l’Ecole, à des discussions infinies. On se contentera ici de les noter, pour aider à l'intelligence du langage et

pour marquer avec plus de précision des points de vue

largement utilisés par la suite.

2. — Le point de départ de l’activité morale est évidemmentdansl'intelligence. Onnefaitrien, moralement, sans le vouloir ; mais aussi ne veut-on rien sans l’avoir connu : ignoti nulla cupido. Le premier temps est donc celui-ci : voir le bien ; ce qui revient à dire : prendre conscience d’une fin, car le bien et la fin coïncident.

3. — Et comme la volonté est dans la raison (vo/untas estin ratione) ; comme la volonté n’est autre chose qu'un appétit des biens à nous proposés par la raison, selon que les propose la raison : à ce premier regard de l’esprit correspond un premier geste volontaire quiretiendra, par antonomase, le nom de vouloir (voluntas, simplex volitio), de la même manière que dans l’ordre spécu-

latif on donne à l'acte relatifaux principes le nom même. de la faculté (intellectus, simplex intelligentia) ; comme

dans certaines familles on donne au fils aîné le nom du père. ;

4. — C'est là, on le voit, du volontaire assurément ; mais non pas du libre; car l’inclination de la volonté vers ce qui lui est proposé comme un bien est inévitable‘. Si ce bien était le bien suprême ou jugé suprême, la volonté s’y jetterait d’un élan total, et le processus serait clos, puisqu'il n’y a plus lieu à recherche quand le suprême est dans nos prises. Si, comme à l'ordinaire, le bien proposé est relatif, partiel, on ne le voudra pas nécessairement; mais nécessairement on y sera favorable, füt-il même impossible”. On y sera favorable, dis-je, dans la mesure où il se présentera comme un bien. Le simple vouloir sera alors une velléité (velleitas, appetitus inefficax) qui appellera une suite.

5. — Ce n’est pas qu’on ne puisse s’en tenir là : tout voyageur ne va pas au bout de la route. Mais si ce mouvement de volonté est intense, il éveille le jugement, en vue d'examiner si ce bien, jugé tel au premier regard, convient vraiment à notre cas et s’il est à la portée de nos poursuites. Seulement ainsi on saura s’il y a lieu d’y tendre efficacement, au lieu de lui faire en nous un simple succès d'estime, |

6. — Ce jugement (judicium convenientiæ et possibilitatis) estthéorique encore, puisqu'il vise à établir non les conditions immédiates de l’action, mais sa raison d’être. S'il est affirmatif, la volonté, comme toujours, suit :

1. Il est à peine utile de noter qu'un tel acte peut être pleinement

libre, si l'on suppose que le regard d'intelligence qui le déclenche a

été délibéré. Mais alors on présuppose un processus antérieur avec tous ses stades. é

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