IL — LA FAUSSE INTRÉPIDITÉ
La raison exigeant, comme il a été dit, que l’on soit ferme, sans doute, à l’égard de ce qui doit être supporté ; mais aussi que l’on craigne sagement ce qui est à craindre, l’homme qui ne craint rien ou qui ne craint pas suffisamment ce qui lui est vraiment ennemi tombe dans un vice qui est contraire, lui aussi, à la force d'âme, cette fois par défaut *.
Les causes de ce vice peuvent être diverses. En général, la crainte naît de l’amour, et l’amour ou la crainte dont il est question à propos de la vertu de force, c’est l'amour de la vie et de ce qui la favorise ; c’est la crainte de la mort et de ce qui lui ressemble. Or cet amour et cette crainte sont naturels à l’homme. L'homme ne peut donc y échapper tout à fait. « Personne ne prend sa chair en haine », a dit l'Apôtre. Ceux mêmes qui se tuent le font par amour de cette chair, qu’ils entendent délivrer de ses maux. Il peut donc bien se faire que faute d'aimer suffisamment le bien humain, quelqu'un ne craigne pas assez la mort et les autres