Cette gloire-là est incompatible avec la gran
deur d'âme ; car il n'est pas d’une grande âme d’estimer les petites choses assez pour en tirer gloire. Aussi a-t-on dit du magnanime : « Que l'honneur lui soit de peu »‘. Et l’on n'exige pas moins qu’il estime petites les choses qui sont recherchées en vue de l’honneur : telles la puissance et les richesses.
De même, il répugne à la grandeur d'âme de se complaire glorieusement dans le témoignage des hommes, comme si cela était grand. Aussi est-il dit du magnanime : « Il n’a cure des louanges » ?.
L'opposition qui se montre ainsi entre la magnanimité et l’appétit de vaine gloire est à la fois en plus et en moins. En moins, parce que le glorieux estime ce qui n’est rien, ce que la grande âme méprise. En plus, parce que l’estimation du glorieux porte très haut ce qui le tente, et qu’il s’exalte aïnsi en intention audessus de lui-même, alors que le magnanime, tout en recherchant de plus grandes choses, reste à sa place*.
4. — L'appétit de vaine gloire a coutume d'entraîner beaucoup de vices. Par exemple la rébellion, la jactance, l’hypocrisie, la contention, la pertinacité, la discorde, la recherche des nouveautés.
À cause de cela, certains en ont fait un vice capital*,
à la place de l’orgueil qu'ils reportaient plus haut:
dans leur liste, disant de lui qu’il est le père de tous les maux, en tant que tout mal est une poursuite désordonnée d’une certaine excellence *.
Cette opinion est de beaucoup la plus profonde, bien qu’elle n’ait pas prévalu auprès du grand nombre. Ce que recherche l’orgueil, à savoir l'excellence, doit lui