‹ La philosophie morale de saint Thomas d'AquinChapitre 34 sur 440 · I. — LE BIEN ET LE MAL DANS L'OBJET · texte numérisé non relu

I. — LE BIEN ET LE MAL DANS L'OBJET

… 4. Le bien moral et le bien ontologique. — 2. L’objection de Kant. at

4. — Les actions volontaires, quelles qu elles soient, se ° divisent en deux classes, sous'ces titres si fréquemment laissés à l’imprécision par les philosophes : le bien etle

mal. =

Cette distinction domine toute la morale.

Pour saint Thomas, le bien moral se rattache au bien __ ontologique d’une façon toute directe, à savoir par le simple intermédiaire du vouloir. Leibnitz dira, lui aussi : Bonum mentis naturale cum sit voluntarium, fit bonum

morale, et ce sera la réponse aux arguties aprioristiques

de Kant, lorsqu'il cherche à montrer que le bien naturel ne peut servir de norme morale qu’à condition d’en

passer d’abord par l'arbitraire de son impératif caté-

gorique. Il faudra seulement se souvenir que cette volonté qui transforme ainsi en bien moral le bien naturel qu’elle adopte, ce n’est pas une simple puissance de désir, ainsi que le voudrait Kant, mais l'appétit rationnel du thomiste. :

Cela posé, voici comme saint Thomas raisonne.

L'ordre moral, c’est l’ordre du volontaire. La morale étant relative à La conduite humaine, et l’homme étant

capable de se conduire en tant que doué de volonté, c’est à ce pouvoir qu’il convient de rattacher ce qu’on

DB as in La MORALE DE SAINT THOMAS D'AQUIN

dit être d'essence morale. Or, on sait que la. volonté a

pour objet le bien; que le bien est identique à la fin (bonum est quod omnia appetunt) ; mais que la fin, chez l’homme qui se meut lui-même à sa destinée, ne joue

son rôle que proposée par la raison, jugée par elle à la

lumière de fins plus générales, et, pour conclure, de la fin suprême qui est sa norme. L'acte de choix (elect10) est un jugement en même temps qu’un vouloir, une synthèse spirituelle impliquant lumière et force, déter-

. mination rationnelle et motion effective’. Il suit de là :

que les valeurs volontaires ou valeurs morales et les espèces où se rangeront ces valeurs se détermineront selon les déterminations du bien ontologique vers lequel le vouloir s'oriente; mais en tant que ce bien est soumis au jugement de la raison, en tant qu'il est conforme ou

contraire à ses normes. « Moralia speciem sortiuntur a

fine », dit toujours saint Thomas. On est ce qu'on est, moralement, selon ce qu’on se propose ; car « la fin est « le principe déterminateur de l'action volontaire, « comme la forme active de l'agent naturel ce le prin- « cipe déterminateur de l’action physique » ?

Cette assimilation est éclairante. On a dit nes fois déjà que pour saint Thomas, la forme appréhendée par l'intelligence, forme représentative du bien, estun principe d'action tout semblable à ce que sont, dans les

corps, les propriétés naturelles, ou, plus précisément, les

formes d’être qu'elles manifestent*. Comme donc la

chaleur détermine la nature de l’activité qui part d’elle

et la dénomme calorifique, ainsi la fin conçue et acceptée par l'agent moral, son propos (propositum) caractérise son action et la dénomme, à condition que cette fin du

vouloir soit envisagée selon sa relation à la raison régulatrice.

Cf. Saint Thomas d'Aquin, p. 260 et seq.

III Contra Gentes, cap. 9: In II Sent, Dist. XL, Q. I, art. 1. Cf. Saint Thomas d'Aquin, t. II, p. 213, in fine.

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Le ne Din la atire “qu' est lacbon librement voulue, les fins particulières conçues et acceptées impriment des formes: elles donnent lieu ainsi à des espèces. Par exemple, le respect du bien d'autrui envisagé comme fin détermine la justice; la résistance aux dangers imminents crée la force, et ainsi du reste. Mais ces espèces ont pour genre commun l’activité morale comme telle, c’est-à-dire l’activité voulue et jugée, de telle sorte que leurs caractéristiques, sigéné rales soient-elles, dépendent de ce qui rend un objet objet moral, à savoir sa relation avec la règle de l’acti- vité qui l’adopte'. AE Comment les notions de bien et de mal moral Lorteut de là, età quel rang il convient de les placer par rapport | au genre SHAE : la moralité, et aux espèces particuï lières qui s’y classent, c'est ce qu'il est facile de com- prendre. | Ontolog giquement, la fin et le bien sont Hubade cela est une fin qui est un bien ; cela est étranger à toute finalité qui est un mal. Rien ne tend vers le mal; tout s'efforce au contraire vers le bien, qui est réalisation, acte, et qui, par là, sert à définir, en la justifiant, toute tendance. Si donc la fin s’introduit en morale, et selon qu'elle s’yintroduira, elle y entraînera avec elle la notion . de bien; elle la pliera à son rôle, et le rang tenu par la première de ces notions y sera Joué également par l’autre. Or, la fin joue en morale un rôle premier, puisque l’activité morale n’a de raison d’être que de réaliser la fin humaine. Le bien sera donc premier aussi, et l’opposition du bien et du mal constituera la première différence morale *.

Par ailleurs, on vient de dire que la fin n appartient

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